La 51e session plénière de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie s’est ouverte ce vendredi 10 juillet 2026 au Palais de Verre Paul Biya, à Yaoundé. Près de quatre cents parlementaires issus d’une quarantaine de sections, réunis aux côtés du Parlement francophone des jeunes, ont assisté à une cérémonie d’ouverture marquée par la solennité du protocole et la gravité des enjeux inscrits à l’ordre du jour : le multilatéralisme, la souveraineté des États et la lutte contre le changement climatique.
L’esplanade du Palais de Verre Paul Biya a revêtu, dès les premières heures de la matinée, les attributs d’une cérémonie d’État. Un tapis rouge, bordé de compositions florales, conduisait les délégations depuis le parvis jusqu’aux portes de l’hémicycle, sous une verrière diffusant une lumière propice à la solennité de l’événement. Les cordons protocolaires, les rangées de sièges disposées autour des bassins de la cour, ainsi que le ballet réglé des véhicules officiels, témoignaient de la rigueur avec laquelle le Cameroun avait préparé l’accueil de cette rencontre parlementaire d’envergure internationale.
Les délégations, porteuses des insignes de leurs sections respectives, se sont succédé dans les allées du Palais avant l’entrée en séance, dans une ambiance à la fois protocolaire et cordiale. Cette diversité des origines, propre à l’espace francophone, s’est manifestée jusque dans la variété des tenues vestimentaires, reflet de la pluralité culturelle que revendique l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie depuis sa création.
À l’intérieur de l’hémicycle, l’installation avait été pensée pour la circonstance. Les drapeaux des sections membres, alignés au parvis de l’Assemblée nationale, encadraient les emblèmes du Cameroun, de l’APF et de l’Organisation internationale de la Francophonie.
L’arrivée des plus hautes autorités de l’État a constitué le temps fort de cette entrée en matière. Le Premier ministre, chef du gouvernement Joseph Dion Ngute , le Président du Sénat, Sa Majesté Aboubakary Abdoulaye, et le Très Honorable Théodore Datouo, Président de l’Assemblée nationale, ont été accueillis selon un protocole rigoureusement observé, aux côtés du Président du Conseil constitutionnel, du Premier Président de la Cour suprême, du Procureur général près ladite Cour. Le corps diplomatique, conduit par son doyen, complétait ce parterre d’autorités.
La présence de la Secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, a conféré à cette cérémonie une portée particulièrement internationale. Sa venue, associée à celle des présidents de chambres parlementaires et des chefs de délégations de l’espace francophone, a confirmé la vocation de Yaoundé à devenir, le temps d’une semaine, un centre de la diplomatie parlementaire francophone, selon les termes mêmes employés par le président sortant de l’APF, Hilarion Etong.
La participation remarquée des quatre-vingts jeunes délégués du Parlement francophone des jeunes, réunis en 11e session dans le même cadre institutionnel, a par ailleurs conféré à cette matinée une dimension intergénérationnelle. Leur présence dans les travées de l’hémicycle, aux côtés des parlementaires confirmés, illustrait la volonté de l’APF d’associer la jeunesse francophone aux grandes orientations de l’institution.
L’ensemble de ce dispositif protocolaire n’était pas un simple exercice de forme. Il traduisait, comme l’ont souligné plusieurs intervenants au cours de la cérémonie, l’attachement du Cameroun à recevoir dignement une institution dont la vocation, selon les mots du Président Datouo, dépasse le seul partage d’une langue commune pour constituer une véritable communauté de valeurs et de destin.
Une semaine de travaux préparatoires : bureau, réseaux et commissions en amont de la plénière
La cérémonie officielle de ce vendredi ne constituait pas le point de départ des travaux de la 51e session, mais leur aboutissement institutionnel. Dès le lundi 6 juillet, les membres du Bureau de l’APF étaient arrivés à Yaoundé, accueillis le soir même par une réception de bienvenue offerte par Hilarion Etong, Président de la Section camerounaise, dans les jardins du Palais de Verre. Cette séquence inaugurale a donné le ton d’une semaine dense, structurée autour des différentes instances statutaires de l’Assemblée.
Le mardi 7 juillet a été consacré à la réunion du Bureau de l’APF, tenue à huis clos dans la salle des banquets du Palais de Verre, suivie d’un dîner offert aux membres de cette instance. Cette réunion, réservée aux responsables statutaires, a permis d’examiner les dossiers relatifs au fonctionnement de l’institution, dans la continuité des orientations adoptées lors de la 50e session tenue à Paris en juillet 2025.
Le mercredi 8 juillet a été marqué par la tenue simultanée des réunions des réseaux thématiques de l’APF. Le Réseau des femmes parlementaires s’est réuni à l’hémicycle du Sénat, sous la conduite de l’honorable Époube Lydienne, première vice-présidente du réseau, en présence de la représentante résidente d’ONU Femmes au Cameroun, Marie-Pierre Raky Chaupin, qui a appelé à poursuivre les efforts en faveur d’une participation accrue des femmes aux instances de décision. Dans le même temps, le Réseau des jeunes parlementaires francophones se réunissait au Palais de Verre, où les échanges ont porté sur l’intelligence artificielle, la transition numérique, la désinformation et la participation des jeunes générations à la gouvernance démocratique.
Ce même mercredi, en fin d’après-midi, s’est tenue la réunion des secrétaires administratifs de section, tandis que la soirée était consacrée à la cérémonie de l’Ordre de la Pléiade organisée par la Section camerounaise dans les jardins du Palais de Verre, cérémonie au cours de laquelle deux personnalités camerounaises ont été distinguées.
Le jeudi 9 juillet a vu se dérouler, en parallèle, les travaux des quatre commissions générales de l’Assemblée : la Commission des affaires parlementaires au Sénat, la Commission politique et la Commission des affaires économiques, sociales et environnementales au Palais de Verre, ainsi que la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication à l’hémicycle du Sénat. Ces travaux ont permis d’approfondir les deux thématiques centrales du débat général, avant leur examen en séance plénière. La journée s’est achevée par un dîner offert aux délégués par le Président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye.
Cette montée en puissance progressive, échelonnée sur cinq jours, a permis à la Section camerounaise de démontrer sa capacité d’organisation d’un événement d’une telle ampleur, dans la continuité logique de la session parisienne de 2025. Le Parlement bicaméral du Cameroun a ainsi pu, selon les termes d’Hilarion Etong, bénéficier de l’expérience de son homologue française et du soutien du Secrétariat général de l’APF pour la préparation de cette session.
C’est donc au terme de cette semaine de travaux institutionnels, conduits dans la discrétion propre aux instances statutaires, que s’est ouverte la séquence solennelle du vendredi, conférant une dimension officielle à des concertations déjà largement engagées.
Les allocutions de bienvenue : la Communauté urbaine de Yaoundé et le ministre des Relations extérieures
La cérémonie d’ouverture a débuté par l’allocution du représentant de la Communauté urbaine de Yaoundé, qui a salué le choix porté sur la capitale camerounaise pour accueillir cette session de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Cette intervention inaugurale a souligné la portée du rayonnement institutionnel que confère à une ville l’accueil d’un rendez-vous parlementaire de cette envergure.
Le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, a pris la parole à la suite du représentant municipal. Il a d’abord adressé ses félicitations au président de l’APF pour la conduite de son mandat, avant d’exprimer sa reconnaissance à l’ensemble des chefs de délégations, aux représentants des instances de l’Assemblée ainsi qu’à la Secrétaire générale de l’OIF. Il a résumé la portée de cette semaine en affirmant que les délégations avaient fait de Yaoundé, par leur présence effective, « le cœur battant de la Francophonie ».
Le ministre s’est ensuite attardé sur la pertinence des deux thématiques retenues pour le débat général de cette session : le multilatéralisme et la souveraineté des États d’une part, le changement climatique et le rôle des parlements dans un monde en mutation d’autre part. Il s’est réjoui des échanges déjà conduits en commission durant la semaine, estimant qu’ils avaient permis de faire émerger une vision commune de l’espace francophone face à ces enjeux mondiaux.
Il a par ailleurs inscrit les travaux de Yaoundé dans une perspective internationale plus large, celle du prochain Sommet de l’OIF prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Siem Reap et Phnom Penh. Formulant le vœu que l’esprit des assises camerounaises irrigue ce rendez-vous, il a rappelé le thème retenu pour ce sommet : « Réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable ».
Cette allocution a permis au gouvernement camerounais de réaffirmer, par la voix de son chef de la diplomatie, l’attachement du pays à la diplomatie parlementaire comme complément de l’action des exécutifs. Cette articulation entre les deux canaux diplomatiques a été présentée comme l’une des forces distinctives de l’espace francophone.
Le ministre a conclu son propos en formant le vœu d’un plein succès pour les travaux de la plénière, appelant de ses vœux le rayonnement de la diplomatie interparlementaire. Cette intervention a permis de poser le cadre institutionnel dans lequel allaient s’inscrire les allocutions plus substantielles du président sortant de l’APF et du Président de l’Assemblée nationale.
Par la sobriété de son propos, le ministre a ainsi contribué à installer la tonalité générale de la cérémonie : celle d’une diplomatie mesurée, attentive aux équilibres protocolaires, mais résolument tournée vers les enjeux de fond que la session allait devoir traiter dans les jours suivants.
Hilarion Etong : le bilan d’un mandat et la passation à Nathalie Roy
Le Président sortant de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, Hilarion Etong, a pris la parole en évoquant un contexte international qu’il a qualifié de particulièrement fragile, marqué par la persistance des conflits, la montée des tensions géopolitiques et la contestation des équilibres démocratiques. Dans ce contexte, a-t-il affirmé, la tenue de cette session à Yaoundé témoigne de la volonté de l’Assemblée de continuer à faire le choix du dialogue et de la solidarité.
Il a ensuite développé une réflexion sur les conditions du multilatéralisme contemporain, estimant qu’aucune région du monde ne saurait prétendre détenir seule la mesure universelle du progrès humain. Il a résumé cette conviction en affirmant que la véritable universalité ne naît pas de l’uniformité, mais de la rencontre et de la reconnaissance réciproque entre les cultures.
Le Président sortant a par ailleurs souligné la portée symbolique de cette session, qui marquait à la fois l’ouverture de nouveaux travaux et la clôture de son propre mandat, confié deux ans plus tôt à Montréal, en juillet 2024. Il a annoncé la transmission prochaine de la présidence de l’Assemblée à Madame Nathalie Roy, Présidente de l’Assemblée nationale du Québec, dans un esprit qu’il a décrit comme celui de continuité, d’équilibre et d’amitié entre les sections membres.
Dressant le bilan de son mandat, Hilarion Etong a insisté sur le renforcement du rôle politique de l’APF et la consolidation de ses missions de diplomatie parlementaire, citant les travaux conduits dans la région des Grands Lacs. Il a rappelé, à ce titre, l’accolade entre représentants parlementaires du Rwanda et de la République démocratique du Congo, survenue lors de la 50e session à Paris, qu’il a présentée comme une illustration de la capacité de la diplomatie parlementaire à rapprocher des positions durablement opposées.
Il a cité, parmi les jalons marquants de son mandat, le Sommet de la Francophonie à Paris, les bureaux intersessionnels de Can Tho et de Podgorica, ainsi que l’approfondissement des partenariats avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Organisation mondiale du commerce, le Parlement des États ouest-africains, le Parlement communautaire CEMAC et le Parlement arabe. Il a réservé une place particulière à la 50e session, tenue au Palais Bourbon en juillet 2025, qu’il a qualifiée d’étape la plus significative de sa présidence.
Le président sortant a conclu son intervention par une série de remerciements adressés à la Déléguée générale de l’APF, Amélia Lakrafi, aux membres du Bureau et des commissions générales, au Secrétariat général dirigé par Jean-Baptiste Leclère, ainsi qu’aux autorités parlementaires camerounaises pour l’organisation de cette session. Il a également rendu hommage à leurs prédécesseurs, les présidents Cavaye et Niat, avant d’adresser une dernière marque de gratitude au Chef de l’État, Paul Biya, auquel il a attribué l’ensemble de son parcours institutionnel.
Théodore Datouo : le multilatéralisme, le climat et la paix comme exigences communes
Le discours d’ouverture officielle des travaux a été prononcé par le Très Honorable Théodore Datouo, Président de l’Assemblée nationale du Cameroun. Il a exprimé, en préambule, l’honneur ressenti par le Parlement camerounais d’accueillir les représentants des peuples de l’espace francophone, saluant dans la confiance renouvelée de l’APF le fruit d’une coopération constante et d’un engagement partagé au service des idéaux francophones.
Avant d’aborder les thématiques inscrites au débat général, le Président de l’Assemblée nationale a rendu hommage à la mémoire du Président Léopold Sédar Senghor, dont la vision inspira la création de l’Organisation internationale de la Francophonie en 1967. Il a associé à cet hommage plusieurs figures camerounaises ayant marqué la présence du pays au sein de l’APF, dont Nicolas Amougou Noma, premier Camerounais à avoir accédé à la présidence mondiale de l’Assemblée.
Il a ensuite présenté les deux thèmes retenus pour cette session, en soulignant leur complémentarité : le multilatéralisme et la souveraineté des États d’une part, les changements climatiques dans un espace francophone en quête de développement et de solidarité d’autre part. Ces deux questions, a-t-il affirmé, renvoient à une même exigence, celle de construire un monde où le respect de la souveraineté des États s’accompagne d’une solidarité internationale capable de répondre collectivement aux défis contemporains.
Abordant le multilatéralisme, il a rappelé la position constante du Chef de l’État camerounais, citant les propos tenus par Paul Biya lors de la présentation des vœux du corps diplomatique le 8 janvier 2026, relatifs à l’accueil par le Cameroun de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce. Il a illustré cette conviction par un adage africain rappelant qu’aucune nation, aussi puissante soit-elle, ne peut relever seule les défis de son époque.
Sur le volet climatique, le Président de l’Assemblée nationale a salué les progrès accomplis depuis l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de l’Accord de Paris, tout en reconnaissant que les attentes des pays les plus vulnérables demeurent considérables en matière de financement et de solidarité internationale. Il a appelé les parlements francophones à devenir un espace d’échange de bonnes pratiques et une force de proposition au service du développement durable.
Le troisième axe de son intervention a porté sur la paix, qu’il a présentée comme la condition première du développement et le socle de toute coopération durable entre les peuples. C’est à ce moment de son discours qu’il a formulé la phrase appelée à marquer cette cérémonie d’ouverture : « La paix n’est pas seulement une aspiration universelle. Elle est la condition première du développement. Elle est le fondement de la stabilité des États. Elle est le socle de toute coopération durable entre les peuples. » Il a conclu son propos en définissant l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie comme une communauté de valeurs, de dialogue, de solidarité et de destin, avant de déclarer solennellement ouverts les travaux de la 51e session plénière.
L’Ordre de la Pléiade : une reconnaissance qui inscrit Yaoundé dans la mémoire francophone
Au-delà des discours, cette semaine d’ouverture a été marquée par plusieurs distinctions honorifiques venues souligner la dimension institutionnelle de cette 51e session. Créé en 1976, l’Ordre de la Pléiade, Ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures, récompense les personnalités qui se distinguent par leur engagement en faveur de la langue française et de la coopération entre les peuples francophones.
Lors de la cérémonie d’ouverture de ce jour à l’issue de l’allocution du représentant de la Communauté urbaine de Yaoundé, les Présidents Théodore Datouo et Aboubakary Abdoulaye ont été élevés au grade de Grand Officier de cet ordre, l’un des plus élevés de sa hiérarchie internationale. Cette distinction, remise par Hilarion Etong au nom de l’APF, a constitué un temps protocolaire marquant de la matinée, saluant l’implication personnelle des deux présidents des chambres du Parlement camerounais dans l’organisation de la session.
Dès le mercredi 8 juillet, en amont de la cérémonie officielle, une première remise de distinctions avait eu lieu dans les jardins du Palais de Verre, à l’occasion d’une cérémonie organisée par la Section camerounaise. L’écrivaine Djaïli Amadou Amal y a été élevée au rang de Chevalier, une reconnaissance qui souligne le rayonnement de la littérature camerounaise d’expression française au sein de l’espace francophone.
L’honorable Cabral Libii a également été fait Chevalier de l’Ordre de la Pléiade à cette occasion, consacrant son engagement parlementaire au service des idéaux de la Francophonie. Ces distinctions, décernées en amont de la cérémonie officielle, ont contribué à installer, dès le milieu de la semaine, une dimension symbolique appelée à se prolonger dans les travaux de la plénière.
Ces reconnaissances s’inscrivent dans la continuité de l’hommage rendu par Théodore Datouo, dans son discours d’ouverture, aux pionniers camerounais de la Francophonie parlementaire : Marcel Marigoh Mboua, Théodore Mayi Matip, Gabriel Balla Bounoung et Nicolas Amougou Noma, tous cités comme des figures ayant marqué la présence du Cameroun au sein de l’APF depuis sa création.
En distinguant aujourd’hui de nouvelles personnalités, l’institution affirme la continuité d’un engagement qui traverse les générations de représentants camerounais au sein de l’Assemblée. Cette dimension mémorielle, associée au faste protocolaire de la cérémonie d’ouverture, a conféré à cette 51e session une portée qui dépasse le strict cadre des travaux parlementaires pour toucher à la reconnaissance durable de l’apport camerounais à la Francophonie institutionnelle.
Il restera, de cette matinée, l’image d’une Assemblée qui a choisi ses mots avant de choisir ses actes. Dès 10h30, la plénière a pris le relais des discours ; elle se poursuivra samedi aux côtés du Parlement francophone des jeunes, avant que Yaoundé ne referme, le 12 juillet, une session dont l’histoire retiendra peut-être moins le faste que les résolutions qu’elle aura su, ou non, transformer en actes.

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