7,9 millions d’électeurs pour 17 562 bureaux de vote, un seul vrai favori. Ce dimanche, le Bénin élit son président pour les sept prochaines années dans un scrutin dont le verdict semble écrit depuis longtemps. Romuald Wadagni, technocrate adoubé par Patrice Talon, héritier d’une décennie de réformes économiques et candidat d’une majorité sans opposition réelle, marche vers la présidence avec la tranquillité des certitudes.
Lokossa, sud du Bénin, dimanche matin. Romuald Wadagni glisse son bulletin dans l’urne. Le geste est sobre, presque anodin pour un homme qui sait ce que cette journée lui réserve. Dehors, sur l’ensemble du territoire béninois, 7 897 287 électeurs sont appelés à accomplir le même geste dans 17 562 bureaux de vote déployés sur les 77 communes du pays. La Commission électorale nationale autonome a assuré, dès les premières heures, que le matériel était en place et les opérations lancées dans le calme. Un scrutin ordonné à l’image du rapport de forces qu’il est destiné à consacrer.
Dix ans pour construire une légitimité
Wadagni n’est pas tombé dans la politique. Il y a été conduit, méthodiquement, par une décennie passée aux commandes des finances publiques béninoises. Ancien cadre chez Deloitte, formé en France et aux États-Unis, il prend en 2016 le portefeuille des Finances dans le gouvernement Talon et ne le lâche plus. Pendant dix ans, il est l’homme qui triple le budget national, maintient le taux de croissance du PIB au-dessus de 6 % en moyenne annuelle, redresse la crédibilité du pays sur les marchés internationaux et bâtit, chiffre après chiffre, la réputation d’un État qui tient ses engagements. Les agences de notation le saluent. Les investisseurs étrangers reviennent. Le Bénin devient, dans le discours économique ouest-africain, une référence en matière de réformes structurelles.
C’est sur ce socle-là que repose la candidature Wadagni. Pas sur des promesses lancées dans le vide, mais sur un bilan tangible, auditable, que ses adversaires peinent à contester. Quand Patrice Talon, contraint par la Constitution qu’il a lui-même renforcée, cherche un successeur capable de porter l’héritage des dix années du Renouveau, le choix s’impose avec la logique implacable des équations bien posées. « Une relation presque père-fils », dira Wadagni pour décrire ce lien. De cet héritage assumé, il a fait non pas un boulet mais un tremplin.
Le 21 mars 2026, au Palais des Congrès de Cotonou, Wadagni présente son projet de société devant une salle comble. Il l’intitule « Plus loin, Ensemble » une formule qui dit tout sur sa méthode : capitaliser sur les acquis pour aller chercher ce qui manque encore. Car le Bénin de 2026 est un pays qui a réussi sa stabilisation macroéconomique sans encore transformer cette croissance en dividendes concrets pour chaque Béninois. C’est ce fossé que Wadagni veut combler pendant les sept années du mandat qui s’ouvre.
L’architecture de son projet repose sur six pôles de développement territorial — Borgou-Alibori, Atacora-Donga, Zou-Collines, Mono-Couffo, Atlantique-Littoral, Ouémé-Plateau — chacun structuré autour de ses atouts propres, avec une base industrielle de proximité, une agriculture modernisée représentant déjà 25 % du PIB, une vocation touristique valorisée et un moteur numérique. L’objectif est de rompre avec le Bénin à deux vitesses, Cotonou d’un côté, le reste du pays de l’autre en créant des centres de gravité économiques là où les populations vivent réellement. Chaque pôle sera suivi en Conseil des ministres, avec des indicateurs précis et des redditions de comptes régulières.
Pour la jeunesse, qui représente plus de 60 % de la population béninoise, Wadagni promet un accès au crédit en 48 heures, des campus numériques et un écosystème tourné vers l’exportation de solutions technologiques. Pour le Nord, meurtri par les incursions jihadistes venues du Sahel, il annonce la création de polices municipales dans les villes frontalières et une approche civilo-militaire intégrée du développement sécuritaire. Un programme qui n’est pas celui d’un homme qui découvre les problèmes du pays mais d’un technocrate qui les a observés pendant dix ans depuis l’intérieur de l’État et qui sait exactement où appuyer.
La machine majoritaire en ordre de bataille
Derrière Wadagni, c’est tout l’appareil de la majorité présidentielle qui s’est mobilisé. L’Union Progressiste le Renouveau et le Bloc Républicain — les deux piliers du paysage parlementaire béninois — ont mis leur réseau au service de sa candidature. Aux législatives de janvier 2026, ces deux formations avaient remporté la totalité des 109 sièges de l’Assemblée nationale. Maires, préfets, cadres administratifs, relais locaux : tout le maillage institutionnel du pays s’est mis en ordre de marche. Et Patrice Talon lui-même, fidèle à sa promesse, est resté très actif en coulisses pour porter son dauphin jusqu’aux urnes.
Sa colistière, Mariam Chabi Talata, ancienne vice-présidente de la République, complète ce dispositif avec une précision chirurgicale. Elle apporte au ticket une légitimité populaire ancrée dans le territoire, une expérience institutionnelle de premier plan et une visibilité féminine dans un scrutin où la mobilisation des femmes sera déterminante. Ensemble, Wadagni et Chabi Talata forment un duo bâti pour la victoire au premier tour soit 50 % des suffrages exprimés plus une voix, sans second tour nécessaire.
Hounkpè, seul dans l’arène
Paul Hounkpè est là. Il a fait campagne, parcouru le territoire, porté son discours de gouvernance de proximité avec la conviction des hommes qui croient à ce qu’ils font. Mais le candidat des Forces Cauris pour un Bénin Émergent se bat dans des conditions structurellement défavorables. Le principal parti d’opposition, Les Démocrates de Thomas Boni Yayi, a été écarté de la course faute des 28 parrainages requis. Plusieurs de ses cadres, pragmatiques, ont depuis rejoint le camp Wadagni. La campagne de Hounkpè est restée discrète, peu visible, sans les ressources ni le réseau nécessaires pour bousculer une majorité aussi solidement installée.
Ce n’est pas un duel, c’est un face-à-face entre une locomotive et une bicyclette. Les marchés de prédiction résument la situation en un seul chiffre, froid et implacable : 99 % de probabilité de victoire pour Wadagni. Dans les analyses des observateurs internationaux comme dans les couloirs du pouvoir à Cotonou, personne ne s’attend à un second tour le 10 mai. Dans ce contexte, le vrai enjeu du scrutin n’est plus dans le nom du vainqueur. Il est dans le taux de participation. Une abstention massive priverait la victoire annoncée de Wadagni de la légitimité populaire dont il aura besoin pour gouverner pendant sept ans un pays de 60 % de jeunes, un Nord sous pression sécuritaire et une société civile qui observe. C’est pourquoi, après avoir voté ce matin à Lokossa dans le calme, il a lancé un appel solennel à une participation massive, conscient que les urnes ne lui donneront pas seulement un mandat, mais la mesure exacte du contrat qu’il passe avec le peuple béninois.
Les résultats provisoires sont attendus mardi 14 avril. Le Bénin, lui, n’attend plus vraiment, il sait déjà le nom de son prochain président.

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