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Cameroun| Paul Atanga NJI : « Anicet EKANE n’était ni un martyr, ni un héros »

Invité de l’émission Tribune Spéciale sur PRC TV face au journaliste Jean Atangana, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, est revenu de manière appuyée sur le décès d’Anicet Ekane, survenu le 1er décembre 2025. Pendant quelques minutes, il a livré une longue clarification, revenant sur les circonstances de son interpellation, ses antécédents politiques et les faits qui, selon lui, justifient de « lever tout amalgame » autour de la trajectoire du leader du Manidem.

« Il faut éviter les amalgames »

Au début de cette partie de l’entretien, Paul Atanga Nji dit constater « beaucoup d’amalgames » autour de la mort d’Anicet Ekane. Il récuse d’emblée les qualificatifs circulant dans l’espace public, précisant que l’intéressé « n’était ni un martyr, ni un héros ». Pour le ministre de l’Administration Territoriale, associer son décès à une forme de sacrifice est une erreur qu’il juge dangereuse. Il affirme que « seul Jésus est mort pour sauver l’humanité », et qu’aucune comparaison ne peut être tolérée avec un acteur politique impliqué dans des faits qualifiés de  » graves « .

Pour appuyer sa position, Paul Atanga Nji rappelle que la mort ne doit pas servir de prétexte à la réécriture des responsabilités. Il insiste sur l’idée que « être malade n’est pas un passe-droit pour violer les lois de la République », revenant ainsi sur le statut juridique d’Anicet Ekane au moment de son interpellation. À travers ce premier cadrage, il établit la trame d’un discours centré sur la légalité et la cohérence institutionnelle.

Un homme présenté comme « une connaissance », pas un ami

Paul Atanga Nji dément également les affirmations selon lesquelles il entretenait des liens d’amitié avec Anicet Ekane. « C’est une connaissance, pas un ami », martèle-t-il, tout en reconnaissant lui avoir apporté assistance lorsqu’il avait sollicité son aide. Il décrit une visite effectuée « il y a environ un an » au CHU, puis une semaine plus tard, au moment où l’homme politique traversait une grave dégradation de santé.

Le ministre affirme lui avoir tenu « un langage de vérité ». Il raconte avoir conseillé à Ekane de « laisser le désordre » et de se retirer de « ce côté de la République où l’on brûle, où l’on pille, où l’on vandalise ». Selon lui, cette discussion avait la valeur d’une mise en garde. Après sa guérison partielle, Anicet Ekane était venu le remercier avant de disparaître des radars, jusqu’à l’annonce de son soutien à Maurice Kamto pour la présidentielle de 2025, décision que Paul Atanga Nji qualifie de « choix politique normal », tout en précisant qu’il avait signalé à Elecam après avoir vérifier dans les archives de son département ministériel qu’Ekane « n’était pas président du Manidem » , et par conséquent n’avoir pas le droit d’investir le professeur Kamto.

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Des actes jugés « d’une extrême gravité »

À plusieurs reprises, Paul Atanga Nji insiste sur la gravité des faits reprochés à Anicet Ekane. Il revient notamment sur la nuit de l’élection présidentielle du 12 octobre, citant un communiqué signé par Ekane et Djeukam Tchameni à 20 h, proclamant la « prétendue victoire » du candidat Issa Tchiroma Bakary du FSNC avant même la clôture nationale du scrutin. « On aurait dû l’interpeller ce jour-là », dit-il, estimant que l’acte démontrait une « obstruction au processus électoral ».

Le gendarme de la République ajoute que les deux hommes avaient ensuite « décidé d’acheter du tramadol et de la drogue pour donner aux enfants ». Selon sa version, ce projet s’inscrivait dans une stratégie d’insurrection annoncée publiquement. « Ils ont signé eux-mêmes un communiqué disant qu’il y aurait l’insurrection jusqu’à récupérer une prétendue victoire », rappelle-t-il. Il décrit ainsi une séquence organisée, documentée selon lui, et « motivée par des actions subversives contre l’autorité de l’État ».

Une interpellation « conforme à la loi »

Paul Atanga Nji explique que l’interpellation d’Anicet Ekane était « normale », compte tenu des poursuites judiciaires déjà ouvertes contre lui. Il rejette les accusations selon lesquelles une personne malade devrait être exemptée de mesures coercitives. « Vous pouvez être à l’hôpital et votre pied est enchaîné », affirme-t-il, rappelant que la loi s’applique « à tout le monde », quelles que soient les circonstances médicales.

Selon lui, la prise en charge du défunt a respecté les procédures. Il assure que la gendarmerie et les services de santé militaires lui ont « accordé toutes les commodités » et qu’il a été soigné par des « médecins compétents ». Il insiste : « Il n’a pas été enchaîné », comme pour souligner que son traitement a été plus souple que dans d’autres situations similaires. Le ministre se dit « très gêné » par ceux qui suggèrent qu’Anicet Ekane devait être placé en résidence surveillée plutôt qu’en garde à vue dite classique.

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Le rappel historique de 1992

Au milieu de l’entretien, le ministre évoque un parallèle avec l’élection présidentielle de 1992. Il affirme que les mêmes noms étaient déjà impliqués dans des actes similaires : « Tchiroma, Djeukam Tchameni et Ekane Anicet ». À l’époque, dit-il, les trois hommes avaient adopté les mêmes stratégies contestataires, allant jusqu’à « demander de tout brûler » et mettant en place un système de « cartons rouges et cartons jaunes » dans les rues de Douala.

Ce rappel historique sert à étayer son propos sur une continuité dans les méthodes. Paul Atanga Nji raconte qu’après une réunion avec le regretté Jean Fochivé, alors délégué général à la Sûreté nationale, la décision avait été de les interpeller. Ils avaient ensuite été relâchés. « Nous avons pensé qu’à un certain âge, ils sont devenus sages », dit-il, avant d’ajouter qu’il fallait désormais que la justice « doit suivre son cours ».

« Paix à son âme », mais une responsabilité maintenue

À plusieurs reprises, Paul Atanga Nji formule des paroles de compassion, affirmant que, « en tant que chrétien », il souhaite que l’âme d’Anicet Ekane repose en paix. Mais il précise constamment que ce souhait ne saurait effacer les faits : « Il était sous le coup de poursuites judiciaires, rébellion contre la République, incitation à la haine, financement d’une insurrection ». Le ministre répète que les preuves existaient et que « les enquêteurs n’ont fait que leur travail ».

Au terme de l’entretien, Paul Atanga Nji estime que le communiqué du ministère de la Défense a « rétabli la vérité ». Il réitère une dernière fois sa position : « Ce n’était ni un martyr, ni un héros », insistant sur l’importance de ne pas déformer les responsabilités ni d’instrumentaliser un décès survenu dans un contexte qu’il considère comme strictement judiciaire.

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