Moins de protocoles, plus de contrats. En ouvrant la Cameroon-EU Business Week 2026 en marge du salon PROMOTE, Yaoundé et Bruxelles ont redéfini les règles de leur coopération économique. Si l’État camerounais se positionne en facilitateur de marchés pour les entreprises, l’Union européenne, par la voix de son ambassadeur, pose ses conditions : le développement passera par une Team Europe mobilisée et des réformes concrètes du climat des affaires local.
La scène s’est jouée en milieu de matinée, sous la grande tente blanche du Village Europe dressée au cœur du Palais des Congrès. Paul Tasong a procédé à la coupure du ruban aux couleurs de l’Union européenne, entouré de Jean-Marc Chataîgner et d’une délégation de personnalités camerounaises et européennes, sous les yeux d’une foule de jeunes venus en masse découvrir cet espace d’exposition pensé comme la vitrine de la Team Europe au Cameroun. Cette image, reprise par l’ensemble des médias présents, a marqué le lancement officiel d’un rendez-vous économique que les organisateurs présentent comme l’un des plus structurants de l’année.
Cette cérémonie d’ouverture s’inscrit dans un format pensé pour durer : la Business Week se déploie du 16 au 19 juin 2026, soit quatre jours d’activités économiques rassemblant plus de mille participants attendus, des délégations européennes et camerounaises de haut niveau, ainsi qu’une série de rencontres déclinées sous trois formats — entre entreprises (B2B), entre entreprises et gouvernement (B2G), et entre gouvernements (G2G). L’EuroVillage, où s’est tenue la cérémonie, doit accueillir tout au long de la semaine des stands institutionnels, des espaces de démonstration et des animations interactives.
Derrière le protocole de la coupure de ruban, c’est bien la philosophie de cette deuxième édition que les deux orateurs ont tenu à expliciter devant la presse. Jean-Marc Chataîgner a d’emblée situé l’enjeu : « Les autorités camerounaises, sur un point très important, c’est le développement du secteur privé. Donc cette EU Cameroon Business Week, c’est la seconde, est une opportunité d’abord de favoriser le débat, les échanges, les discussions sur le secteur privé ». L’ambassadeur a insisté sur la dimension de rencontre directe que doit offrir l’événement, entre entrepreneurs européens désireux de s’installer au Cameroun et opérateurs camerounais en quête de débouchés à l’exportation vers l’Europe.
Paul Tasong, de son côté, a resitué la cérémonie dans le temps long d’une coopération qu’il qualifie de « précieuse » et durable. « Nous avons profité depuis ce matin et pour le reste de la journée à passer un peu en revue la coopération, d’apprécier la densité et l’importance de la coopération entre l’Europe et le Cameroun », a-t-il déclaré, avant de préciser que cette Business Week vise « essentiellement deux choses » : faire le point sur l’état du partenariat institutionnel, et offrir au secteur privé des deux continents l’occasion de nouer des relations d’affaires concrètes.
Le ministre délégué a par ailleurs défini avec netteté le rôle qu’il entend voir jouer aux pouvoirs publics dans ce processus, plaçant gouvernement et ambassades du côté de la facilitation plutôt que de la prescription : « Comme gouvernement, les ambassadeurs et nous, notre responsabilité, c’est de rendre ça possible, de faire en sorte que nos deux secteurs privés puissent se rencontrer, puisse nouer des relations qui peuvent s’inscrire sur le long terme et qui, surtout, prennent attention aux priorités du gouvernement » .
Au-delà de la symbolique, cette ouverture confirme aussi la montée en puissance d’un format encore jeune. Lancée pour sa première édition il y a deux ans, la Cameroon-EU Business Week change d’échelle en 2026, en s’arrimant directement au calendrier de PROMOTE, le plus grand salon économique du pays, et en mobilisant un nombre inédit de partenaires financiers et institutionnels — une montée en gamme que les déclarations des deux orateurs ont largement contribué à mettre en perspective.
Ce que disent les officiels : un secteur privé au cœur du dialogue
Si la coupure du ruban a ouvert la journée, c’est le contenu du point de presse qui a permis de comprendre les priorités réelles portées par les deux délégations. Jean-Marc Chataîgner a consacré une large partie de son intervention aux outils financiers mobilisés pour accompagner les investisseurs, énumérant la présence sur place de plusieurs institutions de financement du développement : « Nous avons un grand nombre de banques européennes de développement qui sont ici présentes. Je pense à Proparco, je pense à la KFW, je pense à la Banque Européenne d’Investissement, je pense à une banque polonaise de développement qui vient ici pour la première fois ». Cette diversité d’acteurs financiers, française, allemande, communautaire et désormais polonaise, illustre la dimension multinationale de l’approche Team Europe revendiquée par Bruxelles.
L’ambassadeur n’a pas éludé les sujets les plus sensibles de la coopération économique. Interrogé sur le climat des affaires, il a livré une formule qui résume sa vision du partage des responsabilités entre les deux partenaires : « Le climat des affaires, ce n’est pas simplement une question européenne, c’est avant tout une question camerounaise ». Une phrase qui, sans rien retirer à l’engagement européen, replace clairement le Cameroun au centre de l’effort de réforme attendu, notamment sur les formalités administratives et la lutte contre la corruption, deux chantiers que Chataîgner a cités nommément comme prioritaires dans le dialogue avec le gouvernement.
Cette approche collective, l’ambassadeur la décrit comme la condition même de l’efficacité de l’action européenne au Cameroun. « C’est parce qu’on travaille en team, tous ensemble, l’Europe, le Cameroun, nos États membres, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, la France, parce qu’on travaille ensemble qu’on peut faire avancer les choses », a-t-il résumé, reprenant l’esprit de la stratégie Team Europe qui structure l’ensemble du dossier de presse remis aux médias : une coordination assumée entre l’Union européenne et ses États membres plutôt qu’une addition d’initiatives bilatérales dispersées.
Du côté camerounais, Paul Tasong a choisi un registre plus institutionnel, insistant sur la continuité d’une relation ancienne plutôt que sur l’annonce de mesures nouvelles. Il a salué un partenaire qu’il qualifie de « classique » et de « précieux », soulignant que la journée avait permis de mesurer concrètement « la densité et l’importance de la coopération entre l’Europe et le Cameroun » à travers les multiples rencontres organisées depuis le matin. Cette tonalité, plus protocolaire que celle de l’ambassadeur, traduit la position d’un gouvernement qui se présente avant tout comme facilitateur de rencontres entre opérateurs économiques.
Les deux interventions, bien que de registre différent, convergent sur un point central : le secteur privé, et non les seules administrations, doit rester le moteur de cette Business Week. Chataîgner l’a formulé en termes d’opportunités concrètes pour les entrepreneurs des deux continents ; Tasong, en termes de responsabilité gouvernementale à « rendre ça possible ». Cette complémentarité de discours, loin d’être anecdotique, dessine la ligne de partage des rôles qui doit, en théorie, structurer les quatre jours de rencontres B2B, B2G et G2G annoncés dans le dossier de presse.
Enfin, ce point de presse a permis de mesurer combien le sujet du financement occupe une place centrale dans cette édition 2026. Entre les institutions financières citées par l’ambassadeur et les ateliers thématiques consacrés au financement des entreprises prévus dans le programme officiel, la Business Week se présente moins comme un forum de discours que comme une plateforme d’accès au capital pour des opérateurs camerounais souvent en quête de financements structurants.
Le Cameroun, partenaire stratégique de l’UE : enjeux et perspectives
Au-delà des déclarations du jour, cette Business Week dans une ambition plus large, celle du Global Gateway, l’initiative phare de l’Union européenne destinée à soutenir des investissements durables, créateurs de valeur et d’emplois dans les économies partenaires. Le thème retenu pour cette édition 2026, « Accélérer la transformation structurelle par le commerce et l’investissement », résume cette ambition : il ne s’agit plus seulement de dialogue diplomatique, mais de mécanismes concrets de garantie et de réformes structurelles censés orienter les capitaux vers les projets porteurs du pays.
Le projet insiste sur le poids économique du Cameroun dans cette relation. Avec près de 29 millions d’habitants et l’une des économies les plus diversifiées d’Afrique centrale, le pays est présenté comme un marché stratégique pour les investisseurs internationaux, l’Union européenne s’y positionnant comme le premier partenaire commercial, un investisseur de référence et un acteur majeur du développement du secteur privé local. L’Accord de partenariat économique, qui lie les deux parties, offre par ailleurs aux entreprises camerounaises un accès privilégié au marché européen, un levier que les organisateurs présentent comme déterminant pour la compétitivité des exportateurs locaux.
Cette stratégie se traduit déjà par des investissements structurants dans plusieurs secteurs clés : les infrastructures de transport et de connectivité, l’énergie et la transition verte, le numérique et l’innovation, l’agriculture durable et la transformation agro-industrielle, ainsi que l’accompagnement des industries culturelles et créatives et de la jeunesse. C’est précisément autour de ces filières que s’organisent les ateliers thématiques annoncés pour les prochains jours : logistique et transport, énergies renouvelables, agrobusiness durable, transformation digitale, services numériques et financement des entreprises.
Reste à savoir si cette mobilisation de moyens, financiers et diplomatiques, se traduira par des résultats tangibles une fois les projecteurs éteints. Les paroles de Jean-Marc Chataîgner sur le climat des affaires comme « question camerounaise » avant tout suggèrent que Bruxelles attend désormais des gestes concrets de Yaoundé sur les formalités administratives et la gouvernance, au-delà des seuls financements mis sur la table. De ce point de vue, les trois jours qui restent à courir jusqu’au 19 juin constitueront un test, non pas tant pour l’Union européenne que pour la capacité du Cameroun à transformer cette semaine d’échanges en partenariats durables.










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