Quand le professeur prend la plume, le dictionnaire tremble!!. Ce 4 avril 2026, le Secrétaire à la Communication du RDPC a publié une déclaration structurée en huit points pour défendre l’adoption de la révision constitutionnelle et répondre point par point à ses détracteurs. Un texte dense, argumenté, qui porte la marque d’un homme rompu autant aux arcanes du droit qu’aux joutes de la communication politique.
La légalité comme socle
Jacques Fame Ndongo n’est pas homme à entrer dans le débat par la petite porte. Membre du Bureau Politique du RDPC et Secrétaire à la Communication du parti au pouvoir, il pose d’emblée son raisonnement sur le terrain du droit — celui qu’il connaît le mieux, et sur lequel sa démonstration est la plus solide.
Son argument de départ est constitutionnel et documenté. L’article 63 alinéa 3 de la loi fondamentale dispose que « le Parlement se réunit en Congrès lorsqu’il est appelé à se prononcer sur un projet ou une proposition de révision de la Constitution ». Ce qui s’est passé ce 4 avril dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale respecte donc scrupuleusement cette procédure. Le Congrès était compétent, le texte a été soumis dans les formes requises, le vote a eu lieu dans la transparence. Sur ce point, Fame Ndongo est catégorique : il serait « superfétatoire voire incongru » — inutile et déplacé — de remettre en cause la légalité du mécanisme utilisé. Il rappelle au passage que Paul Biya est juriste de formation, ce qui, dans son raisonnement, renforce la rigueur légaliste de la démarche.
Sur les chiffres, il est précis : 205 voix pour, 16 contre, 2 abstentions sur 223 votants. Des chiffres légèrement différents de ceux annoncés par le Président de l’Assemblée nationale en séance — une divergence mineure que les archives officielles du Congrès permettront de trancher. Pour Fame Ndongo, ce résultat est ce qu’il appelle « apodictique » — incontestable, qui s’impose de lui-même comme une évidence logique. Le verdict des élus du peuple est rendu. Il s’impose à tous.
Il souligne également la dimension représentative du vote : les parlementaires qui ont adopté le texte sont des élus — députés au suffrage universel direct, sénateurs au suffrage indirect. Ils représentent le peuple souverain. En ce sens, contester leur vote revient, selon lui, à contester le fonctionnement même de la démocratie représentative. « Nul n’a le droit de les stipendier ou de les couvrir d’opprobre », écrit-il, dans une formule qui pose clairement les limites qu’il entend fixer au débat post-vote.
La réponse aux détracteurs
C’est dans sa réponse aux critiques de la réforme que la déclaration de Fame Ndongo prend sa pleine dimension politique. Ceux qui parlent de « coup d’État constitutionnel », de dictature ou de dérive monarchique sont renvoyés dans la catégorie de ceux qui « se complaisent dans la logorrhée, les chimères et les fantasmes ». Le professeur qualifie ces expressions de « lexèmes et sémantèmes ubuesques » — des formulations qu’il juge grotesques et dépourvues de fondement juridique sérieux.
Sur la question des pétitions, Fame Ndongo est direct. Sans le nommer explicitement, il vise Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, qui avait annoncé ce matin même dans une vidéo largement diffusée son intention de lancer une pétition contre la révision constitutionnelle adoptée par le Congrès. Ces initiatives sont qualifiées de « canulars » et de « pétards mouillés », leurs auteurs accusés de « s’enfoncer dans un précipice ». Une réponse ferme, qui dit la volonté du parti au pouvoir de ne laisser aucune contestation s’installer dans l’opinion sans être immédiatement contrée.
À l’opposition dans son ensemble, Fame Ndongo adresse un conseil stratégique qu’il formule sans détour : plutôt que de boycotter les élections et de contester les résultats après coup, elle devrait « ratisser le terrain politique, chaque jour », présenter des programmes crédibles, conquérir l’électorat par le débat d’idées. « Stigmatiser le régime RDPC et pondre de gros mensonges, alors que le vote du Congrès est prévu par la Constitution, procèdent de la fantasmagorie et de la cécité politique », écrit-il. Un appel à une opposition républicaine et constructive, débarrassée de ce qu’il considère comme des postures contre-productives.
Pour appuyer son propos, il convoque Jean-Paul Sartre et sa philosophie existentialiste — « l’homme est responsable de tout, devant tous » — pour souligner que Paul Biya assume pleinement ses choix devant l’histoire. Une référence qui illustre sa démarche intellectuelle constante : ancrer la communication politique dans la culture générale pour lui donner une profondeur qui dépasse le simple communiqué de parti.
Ce que le texte annonce
Au-delà de la défense du processus, la déclaration de Fame Ndongo contient une information que peu d’observateurs ont relevée dans le flux des réactions de la journée. Évoquant la suite des événements, il indique que Biya, après promulgation du texte, « pourra nommer un Vice-Président crédité d’importantes responsabilités historiques ». Une formulation qui suggère que la réflexion sur cette nomination est déjà bien avancée — et que le choix, lorsqu’il sera annoncé, sera présenté comme un acte chargé de sens historique, pas comme une simple formalité administrative.
Il insiste également sur la dimension unificatrice que le chef de l’État entend donner à cette réforme. Paul Biya « demande à tous les Camerounais de bonne foi de se joindre à lui pour bâtir un Cameroun uni, fraternel, solidaire, démocratique, sous-tendu par le vivre-ensemble ». Un appel au rassemblement qui clôt la déclaration sur une note volontairement apaisante, après des paragraphes offensifs — le contraste est calculé, et il dit quelque chose de la stratégie de communication du RDPC : frapper fort sur les adversaires, tendre la main au peuple.
Fame Ndongo conclut en citant Voltaire « cultivez votre jardin » pour inviter chacun à œuvrer dans son domaine plutôt que de « gloser et pérorer ». Une chute à la fois littéraire et politique, fidèle au style d’un homme qui a toujours tenu à ce que la communication du parti au pouvoir porte une signature intellectuelle reconnaissable. Ce 4 avril, la signature est intacte.

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