Hier, les zones d’ombre persistaient. Aujourd’hui, la confirmation est formelle : Saïf al-Islam Kadhafi, héritier déchu de l’ancien guide libyen, a bien été assassiné mardi 3 février 2026 à son domicile de Zintan, comme l’avait affirmé Moussa Ibrahim, ancien porte-parole de Mouammar Kadhafi. Tué par balles, le fils cadet du défunt dirigeant a été abattu dans des circonstances qui témoignent d’une opération minutieusement orchestrée. Le parquet de Tripoli a ouvert une enquête.
L’annonce est tombée dans la soirée du mardi 3 février. Saïf al-Islam Kadhafi, 53 ans, fils cadet de Mouammar Kadhafi et figure emblématique de l’ancien régime libyen, a été assassiné à son domicile de Zintan, ville du nord-ouest du pays. Sa mort, confirmée par ses proches, marque un tournant dans l’histoire politique libyenne, près de quinze ans après la chute du régime de son père en 2011.
Le parquet général de Tripoli a réagi rapidement. Tard dans la nuit de mardi à mercredi, il a annoncé l’ouverture d’une enquête officielle. Selon le communiqué publié par le bureau du procureur, une équipe composée de médecins légistes et d’experts s’est rendue sur place pour examiner la dépouille. Leurs conclusions ont établi que la victime avait été mortellement atteinte par balles, sans toutefois préciser le nombre de projectiles reçus ni l’état exact du corps. Une procédure pénale visant à identifier et à retrouver les suspects a été engagée, mais aucun détail n’a filtré sur leur profil ou leurs motivations possibles.
Une opération minutieusement préparée
Les circonstances de l’assassinat révèlent une planification méticuleuse. Mardi, le conseiller politique de Saïf al-Islam Kadhafi a livré des détails troublants sur le déroulement de l’attaque. Quatre hommes armés non identifiés ont pris d’assaut la résidence. Avant de passer à l’acte, ils ont brouillé les communications autour de la maison, débranché l’ensemble des caméras de surveillance installées à l’intérieur et à l’extérieur, puis ont franchi la clôture du jardin où se trouvait leur cible.
Selon les témoignages recueillis, Saïf al-Islam Kadhafi aurait tenté de se défendre en échangeant des tirs avec ses assaillants. Mais face à un commando manifestement rodé à ce type d’opération, il n’a pas eu de chance. La manière professionnelle dont cet assassinat a été exécuté indique qu’il ne s’agissait pas d’une attaque improvisée, mais bien d’une mission soigneusement orchestrée par des hommes entraînés.
Un journaliste joint à Zintan a confirmé que la dépouille avait été remise mercredi matin à la tribu Kadhafa et aux proches du défunt. L’équipe politique de Saïf al-Islam, dans un communiqué publié mardi soir sur les réseaux sociaux, a dénoncé l’intervention de quatre traîtres masqués ayant pris d’assaut la demeure et coupé les caméras dans une tentative pathétique d’effacer les traces de leur crime odieux.
Une vie en reclusion depuis 2016
Depuis sa libération de prison en 2017, après cinq années de détention aux mains de milices de Zintan, Saïf al-Islam Kadhafi menait une existence retirée. Il vivait dans une villa isolée sur les hauteurs d’une montagne bordant le désert de Hamada, accompagné seulement de deux employés. Pour des raisons de sécurité évidentes, il avait adopté un mode de vie extrêmement discret, ne communiquant qu’avec un cercle très restreint, comptable sur les doigts d’une main, selon son entourage.
Cette prudence s’expliquait par son statut particulier. Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, condamné à mort par contumace en 2015 par un tribunal de Tripoli, puis amnistié, Saïf al-Islam incarnait une figure controversée de la Libye post-révolutionnaire. Longtemps présenté comme le successeur potentiel de son père, il avait tenté un retour politique en déposant sa candidature à l’élection présidentielle prévue en 2021, scrutin qui n’a finalement jamais eu lieu.
Pourtant, depuis cette candidature, Saïf al-Islam s’était pratiquement effacé de la scène publique. Il n’avait aucun canal YouTube, pas de réseaux sociaux actifs, et ses rares apparitions médiatiques avaient déçu ses partisans. Son interview au New York Times en 2021 avait notamment été perçue comme un échec par les sympathisants du mouvement kadhafiste, les Verts. Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye auprès du Royal United Services Institute, a souligné que Saïf al-Islam « était incapable d’argumenter, car trop diminué psychologiquement ».
Le dernier héritier d’une ère révolue
Avant la révolution de 2011, Saïf al-Islam s’était forgé une image de modéré et de réformateur. Étudiant en économie à Londres, à l’aise dans les cercles internationaux, il incarnait une possible ouverture du régime libyen. Mais lorsque le soulèvement a éclaté en février 2011, il a brutalement changé de ton. Dans un discours resté gravé dans les mémoires, il a menacé les révolutionnaires de rivières de sang, se rangeant résolument du côté de son père.
Ce virage a créé une fracture au sein même de la mouvance kadhafiste. Ses partisans, qui espéraient des réformes, se sont sentis trahis. De leur côté, les fidèles de Mouammar Kadhafi n’ont jamais complètement pardonné ses tentatives d’ouverture passées. À la veille de la révolution, le kadhafisme s’essoufflait déjà, avec différentes factions : les partisans du père, ceux de Mouatassem, son frère actif dans l’armée et décédé pendant la révolution, la vieille génération, les réformateurs. Saïf al-Islam se positionnait parmi ces derniers, mais sans réussir à fédérer.
Avec sa mort, c’est la dernière grande figure du mouvement kadhafiste qui disparaît. Depuis le décès de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, la mouvance n’a jamais réussi à reprendre son souffle. Les tentatives de résurrection politique ont échoué, et l’assassinat de Saïf al-Islam acte définitivement la fin d’une dynastie qui a marqué la Libye pendant plus de quatre décennies.
Des conséquences politiques incertaines
La mort de Saïf al-Islam Kadhafi va certainement avoir des répercussions sur le processus politique libyen, déjà fragilisé par des années d’instabilité et de divisions. Le pays reste coincé entre deux gouvernements rivaux, l’un basé à Tripoli et l’autre dans l’est, sans qu’aucune élection nationale crédible n’ait pu se tenir depuis 2014.
Pour l’heure, l’enquête du parquet de Tripoli avance sans que des pistes claires ne se dessinent publiquement. L’identité des quatre assaillants, leurs commanditaires éventuels et leurs motivations restent un mystère. Dans un pays où les milices, les intérêts tribaux et les influences étrangères s’entremêlent, l’élucidation de cet assassinat s’annonce complexe.
Ce qui est certain, c’est que la disparition de Saïf al-Islam Kadhafi referme définitivement un chapitre de l’histoire libyenne. Celle d’un homme qui incarnait à la fois l’espoir d’une transition pacifique et le souvenir d’un régime tombé dans la violence. Un homme diminué, isolé, qui n’aura finalement jamais pu jouer le rôle que le destin semblait lui avoir réservé.

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