Acceuil Politique Mali|Le JNIM impose un blocus sur Bamako, Assimi Goïta brise le silence
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Mali|Le JNIM impose un blocus sur Bamako, Assimi Goïta brise le silence

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Quatre jours après les attaques coordonnées du 25 avril, le Mali fait face à une nouvelle offensive, cette fois économique et psychologique. Le groupe terroriste JNIM a annoncé hier via son porte parole Bina Diarra,  le blocus de la capitale malienne sur tous ses axes. Dans la foulée, le président de la Transition Assimi Goïta est apparu pour la première fois depuis les événements, dans une allocution télévisée très attendue.

Le blocus annoncé — une escalade après le 25 avril

Mardi 28 avril 2026. Trois jours après les attaques coordonnées qui ont ébranlé Bamako, Kati, Gao, Sévaré et Kidal, le JNIM franchit un nouveau palier dans sa stratégie de pression contre le Mali. Un porte-parole du groupe terroriste, Bina Diarra, publie une vidéo dont le contenu ne laisse aucune place à l’interprétation : « À partir d’aujourd’hui, un blocus est imposé à Bamako sur tous les axes. La seule mesure de tolérance est accordée à ceux qui se trouvent déjà à Bamako pour leur permettre de repartir. En revanche, il est désormais interdit de s’y rendre jusqu’à nouvel ordre », a t’il lancé.

Cette déclaration n’est pas une surprise totale pour ceux qui suivent la situation malienne de près. Depuis septembre 2025, le JNIM pratique déjà un blocus économique ciblé sur les principaux axes routiers qui ravitaillent Bamako en carburant provenant essentiellement du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Des attaques répétées contre les camions-citernes, des embuscades sur les routes, le contrôle de points de passage stratégiques, une stratégie d’asphyxie économique progressive qui a déjà provoqué des pénuries chroniques de carburant dans la capitale et une hausse sensible des prix.

Ce que le JNIM annonce ce 28 avril, c’est l’officialisation et l’extension de cette stratégie à l’ensemble des axes menant à Bamako, transformant ce qui était une pression ciblée en une menace totale. La déclaration intervient dans un contexte où le groupe vient de démontrer, le 25 avril, sa capacité à frapper simultanément plusieurs villes maliennes en une seule journée. La combinaison des deux — attaques militaires spectaculaires et pression économique prolongée — dessine une stratégie hybride que les analystes qualifient de « siège économique », visant à décrédibiliser le gouvernement malien aux yeux de sa propre population.

L’objectif déclaré est clair : asphyxier la capitale, montrer l’incapacité du gouvernement à protéger et ravitailler ses citoyens, et alimenter un mécontentement populaire susceptible de fragiliser le pouvoir. Pour une ville de plus de trois millions d’habitants, enclavée dans un pays sahélien qui dépend de longs corridors terrestres pour son approvisionnement en carburant et en denrées de base, la menace est loin d’être symbolique. Les Forces Armées Maliennes ( FAMA ) et leurs alliés Russes ont répondu en promettant de sécuriser les axes d’approvisionnement.

L’aéroport sous tension, les compagnies prudentes

La menace de blocus terrestre a eu des répercussions immédiates sur le trafic aérien, déjà perturbé depuis les attaques du 25 avril. L’Aéroport international Modibo Keïta de Sénou situé à une quinzaine de kilomètres du centre-ville de Bamako avait été temporairement fermé pendant environ vingt-quatre heures après les combats qui avaient éclaté dans sa zone lors de l’offensive jihadiste. La reprise officielle des vols avait été annoncée dès le dimanche 26 avril à partir de 6h00, après renforcement des mesures de sécurité.

Mais la tension ne s’est pas dissipée avec la reprise des opérations. Des détonations ont encore été entendues près de la zone aéroportuaire le 27 avril en soirée. Et plusieurs compagnies aériennes ont choisi la prudence. Tunisair a annulé ses deux vols prévus le mardi 28 avril — le vol TU399 à l’aller et le TU400 au retour via Abidjan — en invoquant explicitement la dégradation de la situation sécuritaire. Les passagers concernés ont été informés qu’ils devront attendre au moins jusqu’au vendredi 1er mai, sous réserve d’amélioration. Sky Mali, compagnie malienne, a de son côté suspendu ses vols vers le Nord et le Centre du pays.

D’autres compagnies internationales surveillent étroitement l’évolution de la situation sans avoir pour l’instant annoncé de suspensions généralisées mais en appliquant des politiques restrictives et en recommandant à leurs passagers de vérifier le statut de leurs vols directement auprès de leurs services. La situation reste fluide et toute nouvelle dégradation sécuritaire pourrait entraîner de nouvelles perturbations.

Le blocus routier annoncé par le JNIM ne vise pas directement le trafic aérien, mais il renforce un sentiment d’insécurité généralisée qui pousse les opérateurs à la prudence. Les autorités maliennes ont instruit le renforcement du dispositif sécuritaire autour de l’aéroport et sur les axes d’accès. Les Forces Armées Maliennes et les forces russes d’Africa Corps sont déployées en renfort sur plusieurs points stratégiques de la capitale et de sa périphérie.

Goïta brise le silence : « Son sacrifice nous oblige »

C’était l’apparition la plus attendue depuis le 25 avril. Pendant trois jours, le président de la Transition, le général d’Armée Assimi Goïta, avait été invisible — exfiltré de Kati dans les heures qui avaient suivi les attaques, absent de tout discours public, laissant le Premier ministre Abdoulaye Maïga occuper le devant de la scène. Ce silence avait alimenté des rumeurs sur son état de santé et sur la capacité du pouvoir à faire face à la crise.

Ce mardi soir, dans une allocution télévisée diffusée sur l’ORTM, Goïta est apparu — calme, grave, déterminé. Son premier discours depuis les attaques a duré une dizaine de minutes. Il a rendu hommage aux victimes civiles et militaires, s’est incliné devant la mémoire du général Sadio Camara avec des mots qui disent le poids de la perte : « Sa disparition constitue une perte immense pour la Nation. Officier valeureux, il a servi le Mali avec loyauté, courage et dignité, animé d’un sens élevé du devoir. Son engagement restera gravé dans notre mémoire collective et son sacrifice nous oblige ».

Sur les attaques elles-mêmes, Goïta a adopté un discours de fermeté sans concession. Reconnaissant leur caractère « complexe, coordonné et simultané », il a salué « la promptitude et le professionnalisme » des forces armées maliennes qui ont, selon lui, « porté un coup d’arrêt décisif aux assaillants » et déjoué « le plan funeste de l’ennemi ». Il a indiqué que « de nombreux assaillants ont été neutralisés, les dispositifs ont été renforcés, la situation est désormais maîtrisée », tout en précisant que « les opérations de ratissage ainsi que d’exploitation du renseignement se poursuivent ».

Le président a également levé un voile sur la lecture politique que le gouvernement fait de ces événements. « Ces attaques ne sont pas des actes isolés », a-t-il affirmé. « Elles s’inscrivent dans un vaste plan de déstabilisation mené par des groupes armés terroristes, appuyés par des soutiens extérieurs leur fournissant renseignements et moyens logistiques». Une formulation qui pointe vers des commanditaires extérieurs sans les nommer — et qui s’inscrit dans le discours souverainiste que le gouvernement malien porte depuis 2020.

Dans sa conclusion, Goïta a appelé les Maliens à l’unité, à la vigilance et à la résistance face à la désinformation « une arme au service des terroristes », avant de réaffirmer la poursuite des opérations militaires « jusqu’à la neutralisation complète des groupes impliqués et au rétablissement total de la sécurité sur l’ensemble du territoire national ». Il a également salué la coopération avec « les partenaires stratégiques, notamment la Fédération de Russie », confirmant que le partenariat avec Moscou reste la colonne vertébrale de la stratégie sécuritaire malienne, même après la mort de son principal architecte.

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