Le Palais des Congrès de Yaoundé a accueilli ce mercredi 29 avril la cérémonie d’ouverture de la 61e session ministérielle de la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN). Après deux jours de travaux préparatoires en commission à l’hôtel Mont Fébé, les délégations de 44 États et gouvernements membres se sont réunies en séance plénière sous le très haut patronage du Président de la République, Son Excellence Paul Biya, représenté par le Ministre de L’éducation de base. Thème central : la valorisation de la profession enseignante comme levier de transformation des systèmes éducatifs francophones.
Un parterre de hautes personnalités pour une ouverture solennelle
Le Palais des Congrès de Yaoundé affichait ce mercredi sa configuration des grands rendez-vous diplomatiques. Les drapeaux des 44 États et gouvernements membres de la CONFEMEN, alignés en rang serré devant le pupitre officiel, donnaient d’emblée la mesure de l’événement. Dans la grande salle, une assistance dense composée de ministres en exercice, de délégations officielles, de parlementaires, de représentants de missions diplomatiques et d’organisations internationales accréditées au Cameroun, de responsables d’administrations publiques et de membres de la société civile avait pris place sur les gradins en velours bordeaux. Parmi les personnalités présentes en tribune officielle, le Secrétaire général de la CONFEMEN, le Professeur Abdel Rahman Baba Moussa, le représentant de la Secrétaire générale de la Francophonie, le Président en exercice sortant Koffi Lessan au nom de la Côte d’Ivoire, la Secrétaire générale de la CONFEJES, ainsi que le Ministre de l’Éducation de Base et nouveau Président en exercice, le Professeur Laurent Serge Etoundi Ngoa.
La cérémonie a débuté à 15h00. L’exécution de l’hymne national par un groupe d’élèves a marqué le début officiel des festivités. Le programme, soigneusement ordonné, a enchaîné le mot de bienvenue du Maire de la ville de Yaoundé, les discours successifs du Secrétaire général de la CONFEMEN, du Président en exercice sortant, de la représentante de la Secrétaire générale de la Francophonie, puis du nouveau Président en exercice. Le passage de maillet a constitué le moment symbolique fort de la soirée, avant que le Premier ministre ne prononce le discours d’ouverture officielle. La cérémonie s’est refermée sur une prestation du Ballet national, une visite de l’exposition officielle et un cocktail.
Baba Moussa tire le bilan, pose le cap
C’est le Secrétaire général sortant, le Professeur Abdel Rahman Baba Moussa, dont le mandat arrive à son terme, qui a ouvert le bal des discours institutionnels. Devant une salle attentive, il a situé d’emblée les enjeux de cette session autour d’une question centrale qu’il a posée sans détour : « Comment replacer l’enseignant au cœur des systèmes éducatifs comme un acteur clé de la qualité des apprentissages et de la transformation de l’éducation ? » Une interrogation qui résume à elle seule la raison d’être de la 61e session.
Le Secrétaire général a rappelé que la CONFEMEN, à travers ses deux programmes phares — le PASEC, dédié à l’analyse comparative des systèmes éducatifs, et le PACT — continue de mettre à la disposition des États membres des données probantes indispensables au pilotage éclairé des politiques éducatives. Il a insisté sur plusieurs chantiers concrets engagés par l’organisation : le renforcement de la culture numérique des enseignants via la plateforme Imagine École, la formation à l’élaboration de manuels scolaires, et la prise en charge des enseignants des filières alternatives pour ne laisser « aucun enfant en dehors du système ».
Baba Moussa a également inscrit les travaux de Yaoundé dans une dynamique institutionnelle de long terme, soulignant que cette session permettra le suivi du plan stratégique 2022-2026 et la préparation du prochain plan quinquennal 2027-2031. Un horizon stratégique qui traduit, selon lui, « une volonté partagée d’inscrire les réformes dans la durée, en utilisant des approches fondées sur la coopération et l’innovation ». Un hommage appuyé lui a été rendu par le Président sortant Koffi Lessan, qui a salué son « engagement, son leadership et sa contribution au rayonnement de l’organisation ».
La Francophonie en première ligne face à la crise enseignante
Le représentant de la Secrétaire générale de la Francophonie n’a pas usé de précautions oratoires pour dresser le tableau. Il a qualifié la pénurie d’enseignants de « crise structurelle » et non conjoncturelle qui « fragilise l’effectivité du droit à l’éducation dans la quasi-totalité de nos systèmes éducatifs ». Baisse d’attractivité du métier, précarisation des statuts, déséquilibres territoriaux, difficultés d’accès à la formation : le diagnostic, a-t-il affirmé, « est partagé même si nos contextes sont contrastés ».
Face à ce constat, le représentant a présenté les dispositifs déployés par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à travers l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), basé à Dakar. Il a cité notamment l’initiative IFADEM de formation à distance des maîtres, le déploiement de conseils pédagogiques itinérants dans les zones rurales et éloignées, et le développement de plateformes numériques d’apprentissage. Ces outils visent à réduire les inégalités d’accès à la formation continue, particulièrement dans les zones les plus reculées.
La Francophonie entend également accompagner les États dans la prise en compte de la diversité des contextes d’enseignement. À travers le programme Élan — Écoles et langues nationales —, l’OIF travaille à intégrer dans les cursus de formation les compétences nécessaires pour enseigner dans des contextes « marqués par la diversité linguistique, culturelle et religieuse », intégrant interculturalité, plurilinguisme et pédagogies inclusives. L’accent a été mis sur l’équité comme condition non négociable de la qualité.
La Côte d’Ivoire passe le maillet au Cameroun
Le moment le plus symbolique de la soirée a été le passage de maillet, par lequel la Côte d’Ivoire a transmis la présidence en exercice de la CONFEMEN au Cameroun. Koffi Lessan, représentant la délégation ivoirienne, a dressé le bilan des deux années écoulées sous présidence ivoirienne avec un regard à la fois fier et mesuré. Il a rappelé les acquis du mandat : la tenue de la 60e session ministérielle à Abidjan en avril 2024, la réunion du Bureau en juin 2025 à Québec, et le maintien d’un « dialogue constant fondé sur la concertation et la recherche de résultats ». Il a également rendu hommage à la présidente en exercice qui l’avait précédé, la Professeure Maria Toçoné, pour « le travail remarquable accompli ».
S’adressant directement au Professeur Etoundi Ngoa, Koffi Lessan a formulé une passation en bonne et due forme : « Vous prenez les rênes d’une institution dynamique et respectée. Vous pourrez compter sur le soutien de la Côte d’Ivoire dans l’accomplissement de votre mission ». Cette accession camerounaise à la présidence n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un processus amorcé à Abidjan, où la candidature du Cameroun, portée par le Pr Etoundi Ngoa, avait été plébiscitée, lui valant le poste de 1er Vice-président qui ouvre de droit la présidence de la session suivante.
Pour le Cameroun, cette présidence constitue une reconnaissance de son positionnement au sein de la Francophonie éducative. Pays bilingue, membre fondateur de la CONFEMEN, le Cameroun participe depuis 2014 aux évaluations PASEC, dont les résultats ont éclairé plusieurs réformes engagées ces dernières années, notamment en matière de professionnalisation de l’enseignement via le PAPMEC et d’amélioration de l’offre éducative de base via le CAMBESP. La présidence offre au Cameroun une tribune pour défendre, selon les termes du Pr Etoundi Ngoa, « une vision pragmatique et inclusive de l’éducation, centrée sur la qualité des apprentissages, la valorisation effective de la profession enseignante et l’équité entre les territoires ».
Etoundi Ngoa fixe les priorités du Cameroun à la tête de la CONFEMEN
Nouveau Président en exercice, le Professeur Laurent Serge Etoundi Ngoa a pris la parole pour sa première intervention dans ce rôle avec une solennité mesurée. S’appuyant sur le thème retenu pour cette session « Valoriser la profession enseignante pour une transformation réussie de l’éducation », il a adressé un message direct aux enseignants présents et à ceux qui les ont délégués : « Chers enseignants, vous êtes les architectes de la nation de demain. Aucune stratégie sectorielle ne réussira sans votre engagement quotidien dans les salles de classe. L’élève est au centre de toutes nos priorités ».
Le ministre a rappelé que le Cameroun entend pleinement assumer son rôle d’hôte et de président, en s’appuyant sur son expérience avérée dans les réformes éducatives, son modèle bilingue et multiculturel, et sa position géostratégique au cœur du continent africain. Il a décliné les engagements du gouvernement camerounais en faveur des enseignants : amélioration des conditions de travail, renforcement de la formation, valorisation du statut. Ces orientations s’inscrivent dans la continuité des réformes nationales engagées, tout en les inscrivant dans le cadre des priorités portées collectivement par la CONFEMEN.
C’est au nom du Chef de l’État qu’il a déclaré ouverte la 61e session ministérielle. Les travaux se poursuivent jusqu’au 1er mai, avec au programme l’examen du Document de Réflexion et d’Orientation, les présentations par pays de leurs expériences en matière de valorisation enseignante, et l’élection d’un nouveau Secrétaire général de la CONFEMEN pour succéder au Professeur Baba Moussa dont le mandat s’achève.









