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RDC| Modification de la Constitution en RDC : Félix Tshisekedi, accusé, levez-vous !!

Vendredi 12 juin 2026, le boulevard Triomphal de Kinshasa s’est transformé en champ de bataille. Gaz lacrymogènes, balles réelles, leaders de l’opposition ensanglantés, sièges de partis saccagés : la capitale congolaise a payé en sang le prix d’une crise politique qui couvait depuis des mois. En toile de fond, une seule question qui embrase la RDC : Félix Tshisekedi cherche-t-il à rester au pouvoir au-delà de 2028, en tordant le bras à une Constitution qu’il avait juré de respecter ?

Ce matin-là, avant même que la ville ne s’éveille pleinement, le dispositif est déjà en place. Les abords du Palais du Peuple, le Parlement congolais, sont bouclés par un cordon policier massif. L’Hôtel de ville de Kinshasa a formellement interdit le sit-in pacifique appelé par la coalition d’opposition C64. Comme alternative, les autorités proposent de délocaliser le rassemblement sur le terrain Asosa. L’opposition refuse. Pour elle, le symbole du Parlement est capital, c’est précisément devant ce bâtiment que la loi qui menace la Constitution a été votée, et c’est devant ce bâtiment que la protestation doit résonner.

Les partisans de la coalition se rassemblent donc au siège du parti ECiDé de Martin Fayulu, sur le boulevard Triomphal, avec pour objectif de marcher vers le Parlement. En milieu de journée, la foule s’élance. À quelques centaines de mètres seulement du Palais du Peuple, la marche se brise contre les lignes de la police. Mais les forces de l’ordre ne sont pas seules. Des civils armés de projectiles et de gourdins, identifiés par des témoins concordants et des rapports de la LUCHA, de la Voix des Sans Voix et d’Human Rights Watch comme des membres de la « Force du Progrès » — une milice informelle pro-pouvoir liée à l’UDPS, le parti présidentiel — chargent les manifestants aux côtés des policiers. Le boulevard se transforme en zone de guerre urbaine.

La riposte policière monte en intensité. Les gaz lacrymogènes sont déployés en premier, puis les tirs à balles réelles retentissent pour disperser la foule. Les affrontements basculent en corps-à-corps, les policiers faisant usage de crosses et de matraques. Les violences se déportent jusqu’au siège de l’ECiDé, qui est pris d’assaut et partiellement saccagé. À l’intérieur du bâtiment, plusieurs figures de la coalition se retrouvent retranchées, blessées et ensanglantées. Martin Fayulu, touché à la tête, saigne abondamment. Depuis son refuge, il lance : « Félix Tshisekedi veut tuer les opposants. Nous sommes blessés, ce n’est pas un problème, il n’y aura pas de troisième mandat ». Delly Sesanga est blessé au pied par un éclat de grenade lacrymogène. Jean-Marc Kabund reçoit des coups de crosse à la tête.

Le bilan de la journée fait immédiatement l’objet d’une guerre des chiffres. L’opposition et les organisations de défense des droits humains font état d’au moins deux militants tués sur le boulevard Triomphal — des corps photographiés et documentés par les médias présents sur place. Des dizaines de blessés graves sont répertoriés dans les hôpitaux de la capitale. Le gouvernement, par la voix du ministre de la Communication Patrick Muyaya, conteste le bilan des morts, reconnaissant des blessés dans les deux camps — civils et forces de l’ordre — ainsi que d’importants dégâts matériels incluant des véhicules incendiés. Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, tente de retourner l’accusation, affirmant que la coalition C64 aurait recruté des miliciens « Mobondo » dans le but d’incendier le Palais du Peuple.

La réaction internationale ne tarde pas. Le 14 juin, l’Union Européenne, par son porte-parole Anouar El Anouni, déplore fermement des événements violents soldés par des morts et des blessés graves, rappelant le droit fondamental à manifester pacifiquement et appelant à l’ouverture d’enquêtes. La Belgique qualifie les débordements et l’usage excessif de la violence d’« interpellants », rappelant qu’ils n’ont pas leur place en démocratie. Preuve de la gravité de la crise, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux se déplace personnellement au chevet des leaders de l’opposition blessés — une démarche rare qui dit mieux que tout discours officiel l’ampleur du séisme politique provoqué par cette journée.

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La mécanique du coup de force constitutionnel

Pour comprendre pourquoi le sang a coulé à Kinshasa ce vendredi, il faut remonter au 7 mai 2026. Ce jour-là, lors d’une conférence de presse fleuve de près de trois heures aux allures de meeting politique, Félix Tshisekedi pose publiquement la première brique d’une stratégie de maintien au pouvoir construite depuis des mois. Sa formulation est soigneusement calibrée pour ne rien affirmer directement tout en disant l’essentiel : « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai. Pour cela, il faudra modifier la Constitution après consultation de la population par référendum ». La feinte est élégante, c’est le peuple qui voudrait, pas lui. Mais le message est reçu cinq sur cinq par tous les acteurs politiques de Kinshasa.

Dans ce même discours, le président ouvre une deuxième porte de sortie, en liant l’avenir électoral du pays à la situation sécuritaire à l’Est : « Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement, on ne pourra pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’ai refusé de les organiser », poursuit t’il. En une seule prise de parole, deux issues de secours sont verrouillées : soit le référendum efface la limite des mandats, soit l’insécurité à l’Est justifie un report indéfini des élections. L’opposition congolaise qualifie immédiatement cette double option de « coup d’État constitutionnel ».

Le montage juridique mis en place pour matérialiser cette stratégie mérite d’être décrypté. La Constitution de 2006 contient en son article 220 une clause dite d’éternité : « Le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».  Théoriquement inviolable, même par un vote parlementaire à l’unanimité. Le camp Tshisekedi a trouvé la faille : puisque la Constitution ne peut pas être révisée sur la question des mandats, il s’agit non pas de la réviser, mais de la remplacer intégralement par un nouveau texte fondant une Quatrième République. En abrogant l’ancienne Constitution, l’article 220 disparaît avec elle, et les compteurs de mandats du président reviennent légalement à zéro. Pour actionner ce mécanisme, un outil technique indispensable manquait : une loi sur les référendums. C’est précisément cette loi que l’Assemblée nationale, à majorité écrasante pro-Tshisekedi, a adoptée le 9 juin 2026, envoyant le texte au Sénat pour seconde lecture.

L’opposition pointe un autre verrou constitutionnel que le pouvoir semble décidé à ignorer. L’article 219 de la Constitution actuelle dispose qu’« aucune révision ne peut être initiée ou poursuivie lorsque le territoire national est occupé en tout ou en partie par une force étrangère ». Or, des territoires majeurs du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont sous le contrôle des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. Le dilemme est implacable : si Tshisekedi organise son référendum en excluant les zones occupées de l’Est, il acte une balkanisation de fait en privant des millions de Congolais de leur droit souverain. S’il attend la libération totale du territoire, le mandat de 2028 sera dépassé, maintenant d’office le président au pouvoir. La coalition C64 accuse le chef de l’État d’instrumentaliser la tragédie sécuritaire de l’Est pour s’éterniser au palais.

Le narratif déployé par la majorité présidentielle pour justifier cette démarche devant l’opinion est celui de la décolonisation juridique. La Constitution de 2006, répète-t-on dans les rangs de l’UDPS, est un texte « importé », rédigé à Liège en Belgique sous la dictée des puissances occidentales à la fin de la guerre civile. Le secrétaire général du parti, Augustin Kabuya, a résumé l’ambition avec une formule-choc : « Nous avons déboulonné le Kabila politique, le Kabila économique, il faut maintenant déboulonner le Kabila juridique à travers la loi fondamentale». Une rhétorique souverainiste destinée à disqualifier l’opposition en la faisant passer pour l’alliée de l’étranger  et qui constitue, pour beaucoup d’observateurs, le vernis idéologique d’une manœuvre de pur maintien au pouvoir.

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Kabila contre Tshisekedi : l’ironie cruelle de l’Histoire

L’élément le plus spectaculaire de la semaine précédant les affrontements n’est pas venu de l’opposition habituelle. Le jeudi 11 juin 2026, Joseph Kabila sort une fois de plus du long silence politique dans lequel il s’était réfugié depuis des années. Via ses relais et notamment le journal Congo Nouveau, l’ancien président qualifie le projet de référendum de « dérive dangereuse », accuse Tshisekedi de trahison de son serment et appelle le peuple congolais à « faire échec au pouvoir ». Il invoque l’article 64 de la Constitution — exactement le même article au nom duquel la coalition de l’opposition a été baptisée C64 — qui dispose que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».

L’ironie de cette posture est mordante, et elle n’échappe à personne à Kinshasa. Car Kabila est précisément l’homme qui, entre 2015 et 2018, a orchestré le premier grand « glissement » de l’histoire politique récente de la RDC — ce report technique et sans fin des élections sous prétexte de manque de moyens et de problèmes d’enrôlement des électeurs, qui lui a permis de se maintenir au pouvoir deux années supplémentaires après la fin de son mandat constitutionnel. À l’époque, c’est l’UDPS d’Étienne Tshisekedi, père de l’actuel président, qui était le fer de lance des manifestations contre ce glissement. À Kinshasa en janvier 2015 et en septembre 2016, des dizaines de personnes étaient mortes sous les balles de la garde républicaine de Kabila lors de protestations contre cette même violation constitutionnelle que Kabila dénonce aujourd’hui.

Tshisekedi lui-même, alors jeune opposant, dénonçait en 2016 la « dérive dictatoriale et sanguinaire » de Kabila. Son parti répétait en boucle que toucher à la Constitution ou reporter les élections était une « haute trahison ». Dix ans plus tard, le logiciel a intégralement pivoté et ce sont désormais les héritiers politiques de Kabila qui reprennent le discours que l’UDPS tenait jadis. Cette inversion des rôles nourrit le sentiment, largement partagé dans la société civile congolaise, que la RDC tourne en rond dans une même boucle temporelle où les présidents passent, les méthodes restent, et seuls les acteurs échangent leurs masques.

La coalition C64 qui s’est structurée autour de cette résistance réunit pour la première fois des ennemis jurés d’hier. Martin Fayulu, que beaucoup considèrent comme le véritable vainqueur de la présidentielle de 2018 se retrouve aujourd’hui dans le même front que les héritiers de Kabila. Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund — l’ancien bras droit de Tshisekedi devenu son adversaire le plus virulent — et des dizaines de mouvements citoyens dont la LUCHA composent cette alliance de circonstance que la menace constitutionnelle a rendue possible. Leur slogan commun est sans ambiguïté : « Ni glissement, ni changement de Constitution, ni troisième mandat ».

Au soir du 12 juin 2026, avec deux militants morts sur le boulevard Triomphal selon l’opposition, des leaders ensanglantés, un siège de parti saccagé et des condamnations internationales en cascade, la RDC se retrouve à un carrefour dangereux. La loi référendaire est au Sénat. La majorité présidentielle tient le Parlement. Et l’opposition, blessée mais debout, promet de continuer la mobilisation. Le prochain acte de cette crise se jouera dans les prochaines semaines, au Sénat d’abord, dans les rues de Kinshasa ensuite.

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