La 51e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), à Yaoundé, a été marquée par plusieurs remises de distinctions de l’Ordre de la Pléiade. Théodore Datouo, Aboubakary Abdoulaye et Le Jeune Mbella Mbella ont été élevés au grade de Grand Officier, Cabral Libii fait Officier et Djaïli Amadou Amal faite Chevalier. Une distinction prestigieuse dont la portée reste méconnue. Voici 10 choses à savoir sur son histoire, ses grades et sa signification.
1. Une décoration née à New York, et non dans une capitale francophone
L’Ordre de la Pléiade a été créé le 30 avril 1976, lors de la septième session plénière de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, tenue à New York. À l’époque, l’institution portait encore le nom d’AIPLF (Association internationale des parlementaires de langue française).
C’est donc en marge d’une session tenue au siège des Nations unies que la Francophonie parlementaire s’est dotée de sa première décoration officielle, près de dix ans après la création de l’AIPLF à Luxembourg en 1967.
2. Il remplace une première médaille créée en 1972
Avant l’Ordre de la Pléiade, l’AIPLF avait institué dès 1972 une « Médaille de la Francophonie », frappée par la Monnaie de Paris. Cette médaille rendait hommage à Onésime Reclus, géographe français à qui l’on attribue l’invention du mot « francophonie », dont le portrait y était gravé d’après un cliché du photographe Nadar.
C’est cette première médaille que l’Ordre de la Pléiade est venu remplacer en 1976, avec une ambition plus large : reconnaître les mérites éminents des personnalités qui servent les idéaux de la Francophonie, au-delà du seul hommage à un pionnier.
3. La seule décoration internationale régie par un parlement
L’Ordre de la Pléiade présente une particularité institutionnelle rare : c’est la seule décoration relative à la Francophonie, et la seule décoration internationale de prestige régie par une assemblée parlementaire. Aucun autre ordre honorifique à vocation mondiale ne dépend directement d’une institution parlementaire.
Cette caractéristique le distingue des ordres nationaux (Légion d’honneur, Ordre national du Mérite, etc.), qui relèvent des exécutifs, et des décorations purement diplomatiques décernées par les chancelleries d’État.
4. Le président de l’APF en est le Chancelier
Le président de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie occupe, de droit, la fonction de Chancelier de l’Ordre. C’est à ce titre qu’Hilarion Etong, président sortant de l’APF, a procédé aux remises de distinctions lors des cérémonies organisées à Yaoundé.
Cette fonction de Chancelier accompagne le mandat présidentiel de l’APF : elle change de titulaire à chaque passation de la présidence de l’Assemblée, au même rythme que la présidence elle-même.
5. Une devise empruntée à Léopold Sédar Senghor
Les brevets de l’Ordre portent une devise reprenant les mots de Léopold Sédar Senghor, ancien parlementaire, ancien Président du Sénégal et membre de l’Académie française : « Les mots du français rayonnent de mille feux comme les étoiles de la Pléiade ».
Cette phrase, à l’origine même du nom de l’Ordre, associe la langue française à l’image astronomique de la Pléiade, amas d’étoiles reconnaissable dans le ciel nocturne, ici transposé en symbole du rayonnement francophone à travers le monde.
6. Un insigne chargé de symboles
L’insigne de l’Ordre se présente sous la forme d’un médaillon à double face, entouré de sept branches émaillées de bleu, chacune sertie d’une étoile — une évocation directe de l’amas stellaire de la Pléiade. À l’avers figure une rose des vents entourée de l’inscription « La Pléiade, Ordre de la Francophonie ».
Au revers apparaît le pont Adolphe, à Luxembourg, ville où fut créée l’AIPLF en 1967. Ce choix n’est pas anodin : il fait du pont un symbole d’unité, reliant l’origine historique de l’institution à la portée internationale de la décoration.
7. Cinq grades, du Chevalier au Grand-Croix
L’Ordre de la Pléiade comporte cinq grades, classés par ordre croissant d’importance : Chevalier, Officier, Commandeur, Grand Officier et Grand-Croix. C’est cette hiérarchie qui explique la différence entre les distinctions remises à Yaoundé.
Le grade de Chevalier, remis notamment à l’écrivaine Djaïli Amadou Amal, sanctionne une contribution reconnue au rayonnement de la langue française et au dialogue des cultures. Le grade d’Officier, décerné à l’honorable Cabral Libii, marque un niveau de reconnaissance supérieur, généralement réservé à des personnalités ayant apporté une contribution plus significative à la Francophonie.
Le Grand Officier, remis aux présidents Théodore Datouo et Aboubakary Abdoulaye, se situe encore au-dessus dans cette hiérarchie, réservé aux personnalités ayant apporté une contribution significative au rayonnement international de la Francophonie ; le Grand-Croix, grade le plus élevé, est quant à lui attribué de droit aux présidents du Conseil de l’Ordre ainsi qu’aux plus hautes personnalités ayant marqué durablement cette cause.
8. Des récipiendaires issus de tous les horizons
L’Ordre n’est pas réservé aux seuls parlementaires. Depuis sa création, il a distingué des chefs d’État, des hauts fonctionnaires, mais aussi des écrivains, journalistes, artistes, universitaires et bénévoles ayant contribué, chacun à leur niveau, à la promotion de la langue française et au dialogue entre les cultures.
Cette diversité de profils se reflète directement dans les distinctions remises cette semaine à Yaoundé, entre responsables institutionnels et figures littéraires..
9. Une distinction décernée sur tous les continents de l’espace francophone
L’Ordre de la Pléiade est remis bien au-delà des seules cérémonies internationales de l’APF. Plusieurs sections nationales de l’Assemblée organisent chaque année leurs propres cérémonies de remise, distinguant des personnalités locales engagées pour la langue française : le Québec, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse au Canada, mais aussi Madagascar, sur le continent africain.
Cette pratique décentralisée fait de la Pléiade une décoration vivante et régulièrement décernée à travers les quatre continents que couvre la Francophonie parlementaire — Afrique, Amérique, Europe et Asie-Pacifique — et non une distinction figée, réservée à de rares cérémonies internationales comme celle de Yaoundé.
10. Ce que retient Yaoundé de cette 51e session
À l’occasion de la 51e session de l’APF, quatre personnalités ont ainsi été distinguées : Théodore Datouo et Aboubakary Abdoulaye, élevés au grade de Grand Officier en reconnaissance de leur implication dans l’organisation de la session camerounaise ; Cabral Libii, fait Officier ; et Djaïli Amadou Amal, faite Chevalier, en hommage à son œuvre littéraire… Le Minrex , Le Jeune Mbella Mbella a également été élevé au rang d’officier de l’ordre de la Pléiade.
Ces distinctions, remises par le Chancelier de l’Ordre au nom de l’APF, inscrivent la présence camerounaise dans la continuité d’un demi-siècle de reconnaissance francophone, cinquante ans après la création de l’Ordre à New York en 1976.

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