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Cameroun | Le journaliste Brand Kamga écroué à Kondengui, une onde de choc pour la presse

Mardi 20 janvier, la prison centrale de Kondengui est devenue le centre de toutes les attentions : Brand Kamga, journaliste à NAJA TV, y a été écroué pour tentative d’enlèvement d’enfant. Depuis sa cellule, il clame son innocence, tandis que son avocat dénonce des irrégularités dans la procédure. L’affaire secoue la presse camerounaise et ravive les débats sur la liberté d’informer.

Sous les verrous : Brand Kamga raconte

C’est depuis la prison centrale de Yaoundé que Brand Kamga a livré sa version des faits, quelques heures après son incarcération. « Je suis écroué à la prison centrale de Yaoundé depuis hier soir », écrit-il, précisant être poursuivi par une dame dont son média avait réalisé le portrait, pour « tentative d’enlèvement de sa fille, en complicité avec son “fiancé” en France ».

Selon le journaliste, l’origine de l’affaire remonte à une prise de contact avec ce fiancé, qui l’aurait sollicité pour dénoncer une escroquerie sentimentale présumée. Faute d’éléments probants, Brand Kamga affirme n’avoir jamais réalisé le reportage. « faute de preuves suffisantes », indique-t-il, rappelant qu’une audition et une confrontation avaient déjà eu lieu en mai 2025.

À cette occasion, explique-t-il, il avait été demandé à la plaignante d’apporter la preuve qu’il se serait rendu dans l’école de sa fille, un lieu qu’il affirme ne pas connaître. Craignant une affaire montée pour lui nuire, le journaliste affirme que le procureur du TGI du Mfoundi avait adressé une requête visant à contraindre la plaignante à étayer ses accusations pour faits mensongers.

C’est dans ce cadre qu’il dit s’être rendu de lui-même, lundi, à la brigade de Nkolmesseng pour le suivi du dossier. « L’affaire amenée au parquet m’a conduit à la prison centrale de Kondengui », résume-t-il. À l’audience du mardi, sa libération n’a pas été accordée. Il souligne notamment « l’absence de la plaignante, représentée par une tante sans procuration», laquelle aurait justifié son départ du pays par des menaces présumées.

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Brand Kamga affirme n’avoir jamais échangé avec la plaignante depuis la confrontation de mai 2025 et relève que l’enfant présentée comme victime présumée est toujours au Cameroun. « Je dois donc attendre en prison pour une accusation que je ne me reconnais point », écrit-il, s’étonnant de rester détenu « en dépit des dispositions en matière de flagrant délit » et du traitement du dossier devant le TPI d’Ekounou.

« Se taire ou faire de la prison »

C’est sous ce titre que l’avocat de Brand Kamga, Me Hippolyte BT Meli, a rendu publique sa lecture de la procédure. Il revient sur une « journée marathon » ayant abouti à la mise en détention provisoire du journaliste, intervenue, selon lui, à l’issue d’un déferrement express.

L’avocat indique que son client s’est présenté volontairement devant l’officier de police judiciaire qui l’avait contacté, avant d’être informé de son déferrement au parquet. À l’audience, l’affaire a été inscrite au rôle des affaires nouvelles. Défait de ses menottes, Brand Kamga a comparu à la barre et, interrogé par la juge sur son souhait d’être jugé immédiatement ou de solliciter un délai, a répondu vouloir être jugé sur-le-champ.

La prévention retenue est unique : tentative d’enlèvement d’enfant mineur. Selon la défense, le ministère public détenait les procès-verbaux d’enquête, mais la plaignante, Dame Annette Wandji, était absente. Une autre dame s’est présentée comme partie civile, sans procuration formelle, évoquant un lien avec la plaignante et affirmant que celle-ci aurait quitté le pays.

Face à ce flou, le ministère public a demandé un renvoi afin de produire ses réquisitions. La défense a attiré l’attention du tribunal sur la nature de la procédure, une procédure de flagrant délit qui, selon elle, ne s’accommode pas d’un report non sollicité par la défense. La mise en liberté d’office a été évoquée comme solution, mais le ministère public a à nouveau requis un renvoi.

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L’affaire a finalement été renvoyée au 3 février prochain, dans un délai de deux semaines, et Brand Kamga a été reconduit à la prison centrale de Kondengui. « Que cache cette affaire ? », interroge l’avocat, indiquant que l’opinion serait tenue informée de la suite judiciaire.

Une profession sous le choc et en alerte

L’incarcération du journaliste a immédiatement suscité de nombreuses réactions au sein de la classe médiatique camerounaise, notamment sur les réseaux sociaux. Plusieurs journalistes ont exprimé leur indignation et relayé la version des faits du concerné, estimant que l’affaire pose question sur les conditions d’exercice du métier.

La journaliste Armelle Sitchoma a qualifié la situation de « pas croyable », appelant à la libération de Brand Kamga à travers des hashtags largement relayés. Didier Ndengue, journaliste et blogueur, s’est interrogé publiquement sur les circonstances ayant conduit à l’incarcération, affirmant que « la place d’un journaliste est dans une rédaction et non dans une prison ». Auguste Bitambo a, de son côté, évoqué un « danger » pour le journalisme, décrivant une affaire qu’il juge difficilement compréhensible.

Parallèlement, certains médias et comptes d’information ont adopté un traitement plus factuel, rappelant les accusations portées, la contestation de Brand Kamga et l’absence de la plaignante à l’audience. D’autres ont insisté sur la nécessité de laisser la justice établir les faits, tout en soulignant le caractère sensible du dossier.

À ce stade, Brand Kamga demeure en détention provisoire dans l’attente de la prochaine audience. L’affaire, désormais suivie de près par la profession et l’opinion publique, s’inscrit dans un contexte plus large de débats sur la justice, la procédure pénale et la liberté de la presse au Cameroun.

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