Depuis quelques semaines un débat inattendu enflamme les réseaux sociaux burkinabè et, au-delà, les cercles économiques ouest-africains. À l’origine, un article signé du Dr TEUBISSI NOUTSA Joël, économiste et consultant en stratégie, consacré au projet d’autoroute reliant Ouagadougou à Bobo-Dioulasso. Un sujet technique en apparence, mais qui touche en réalité à une question centrale pour les pays africains : comment investir quand la ressource la plus rare n’est pas l’argent local, mais la devise étrangère.
Dans son analyse, l’auteur ne conteste pas l’utilité d’une infrastructure routière. Il en conteste le moment et la logique économique. Selon lui, dans une économie dont la monnaie n’est pas internationale, l’enjeu principal n’est pas la capacité d’emprunter, mais la capacité de rembourser en devises. Or, rappelle-t-il, le Burkina Faso demeure structurellement déficitaire vis-à-vis du reste du monde : le pays consomme plus de devises qu’il n’en génère. Dans ces conditions, financer une autoroute intérieure fortement importatrice reviendrait à accroître la dépendance extérieure sans augmenter les recettes extérieures.
Sa proposition a surpris plus d’un : plutôt que de prioriser un axe reliant deux grandes villes, il suggère de concentrer d’abord l’investissement sur un corridor exportateur reliant Bobo-Dioulasso au réseau ivoirien et au port d’Abidjan. L’objectif serait de transformer l’infrastructure en outil de production de devises plutôt qu’en simple facilitateur de mobilité interne.
Les réactions n’ont pas tardé. Beaucoup ont défendu le projet au nom du désenclavement, de la sécurité routière ou de l’intégration nationale. Des arguments que l’économiste qualifie d’« intuitifs mais trompeurs ». Il rappelle notamment qu’une autoroute n’est généralement pas conçue pour le trafic quotidien des ménages, mais pour le transport des marchandises lourdes, les péages élevés limitant son usage aux opérateurs économiques.
Au fond, le débat dépasse le cas burkinabè. Il pose une question plus large : les infrastructures doivent-elles précéder la production ou la suivre ? Pour le Dr Teubissi Noutsa Joël, l’histoire économique tranche clairement : les pays qui réussissent construisent d’abord des capacités exportatrices, puis les routes qui les servent. Faire l’inverse revient, selon lui, à « financer la consommation future par la dette ».
Son intervention, saluée par certains et vivement critiquée par d’autres, a au moins eu un mérite : déplacer la discussion du terrain politique vers le terrain économique. Car derrière le bitume, c’est bien la stratégie de développement qui est en jeu.
Constantin Gonnang










