Politique

Cameroun| Depuis Kondengui, Bibou Nissack accuse Cabral Libi’i d’une « étrange clémence » du pouvoir à son égard

Menaces publiques de brûler des magistrats, jerricans d’essence revendiqués pendant la campagne, conseillers régionaux qui votent RDPC : dans sa lettre ouverte, l’ancien porte-parole de Maurice Kamto dresse, depuis sa cellule, la liste des épisodes qui l’amènent à s’interroger sur une possible connivence entre le député Cabral Libii et le pouvoir. « Quel est ton secret génial ? », lui demande-t-il.

Des menaces sans suite judiciaire

Le point de départ de l’accusation est une comparaison que Bibou Nissack construit avec précision. D’un côté, il rappelle sa propre situation : incarcéré depuis septembre 2020 pour avoir eu, selon ses mots, « l’intention de prendre part à une manifestation pacifique, non violente ». De l’autre, il pointe des déclarations attribuées à Cabral Libii pendant la campagne électorale, qu’il qualifie de bien plus graves sur le plan pénal, sans qu’elles n’aient, selon lui, jamais donné lieu à la moindre poursuite.

« Comment expliques-tu tes déclarations sur le rôle déterminant que tes jerricans d’essence ont joué en faveur de la sauvegarde du vote en faveur du PCRN dans les circonscriptions électorales « remportées » par ce parti ? », interroge-t-il directement le député. Il poursuit en évoquant des menaces plus explicites encore, qu’il attribue également à Cabral Libii : celle d’avoir « publiquement revendiqué l’usage de la violence publique en menaçant de brûler vifs des magistrats et les bâtiments publics abritant leurs offices ».

C’est le contraste entre ces deux situations qui structure l’ensemble de son raisonnement. « Comment expliques-tu que dans le même temps moi, le Professeur Fogué, Zamboué Pascal et nombre d’autres militants et sympathisants du MRC (…) avons été arbitrairement arrêtés, jetés en prison et condamnés illégalement pour avoir articulé des mécanismes légaux et constitutionnels d’expression et de manifestation non violents ? », écrit-il, avant d’ajouter que le pouvoir aurait, selon lui, qualifié cette démarche pacifique du MRC d’« insurrection », sans jamais employer ce terme à l’encontre des propos qu’il attribue à son destinataire.

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Nissack pousse la démonstration jusqu’à son terme le plus direct, dans une formule qu’il présente lui-même comme résumant « le recul de la raison et du bon sens » dans le pays : « Moi je suis incarcéré pour avoir eu l’intention de prendre part à une manifestation pacifique, non violente (…) et toi, pour avoir défendu les victoires électorales du PCRN par la menace du carburant et du feu, tu es un député de la nation. » Il ne cite dans sa lettre aucune source tierce documentant ces propos, ni aucune date précise de ces déclarations attribuées au député — un point qui, en l’état, ne permet pas de vérifier indépendamment cette partie de son récit.

Cette asymétrie de traitement, telle que la décrit l’auteur de la lettre, ne se limite pas selon lui à un épisode isolé de la campagne. Il l’inscrit dans une série d’observations plus larges, portant sur le fonctionnement institutionnel du parti de Cabral Libii et sur certaines décisions rendues en sa faveur, qu’il assemble comme autant d’indices d’une relation qu’il qualifie, à mots couverts, d’« occultisme politique ».

Des indices qu’il assemble, sans les démontrer

Le premier de ces indices porte sur un scrutin plus récent : les élections régionales, lors desquelles, affirme Nissack, « les conseillers PCRN ont tous quasiment voté à l’unanimité RDPC ». Il présente ce résultat comme une « anomalie » qui, selon lui, en dirait long sur ce qu’il appelle des « alliances nocturnes » entre le parti du député et le pouvoir en place ..

Le deuxième indice qu’il avance concerne le traitement judiciaire de deux contentieux électoraux qu’il juge comparables : le cas d’un certain Kona, ancien cadre du PCRN dont la candidature aurait été, selon lui, « sauvagement et frauduleusement écartée » du dernier scrutin présidentiel sans réaction publique de Cabral Libii, et celui de Dieudonné Yebga, dont la saisine du Conseil constitutionnel aurait au contraire été jugée illégale par la même instance. « S’agissait-il d’un retour d’ascenseur (…) ? Si ce n’était pas la traduction d’un mysticisme politique nocturne (…), alors pourquoi dans la même affaire et les mêmes faits des décisions aussi contradictoires ? », interroge-t-il.

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Nissack introduit ici un contrepoint qu’il présente comme la preuve, par contraste, du comportement qu’il attendait de son destinataire : il rappelle que lorsque le ministre de l’Administration territoriale a, selon lui, tenté de « s’instrumentaliser » dans les affaires internes du PCRN concernant précisément ce même Kona, Maurice Kamto avait publiquement condamné cette ingérence « de façon immédiate, cinglante et sans appel ». Il reproche à Cabral Libii de ne pas avoir eu la même réaction face à l’éviction de son propre cadre.

Le troisième épisode qu’il mobilise est plus récent et touche à un autre registre : une passe d’armes publique autour du système de santé camerounais, dans laquelle Cabral Libii aurait pris la défense du ministre de la Santé face à une sénatrice du parti au pouvoir qui critiquait l’état des formations sanitaires. « Tu en as fait tout un plat et volé à la rescousse du ministre Manaouda avec un zèle suspect », écrit Nissack, qui y voit un nouvel exemple d’un positionnement politique difficile à expliquer autrement que par une proximité assumée avec le pouvoir.

Au terme de cette accumulation d’épisodes, l’auteur de la lettre reconnaît lui-même la nature de sa démarche : il assemble des faits disparates — un scrutin régional, deux décisions contentieuses, une passe d’armes politique — pour construire une question plutôt qu’une accusation formelle. « Qui crois-tu réellement induire en erreur par cette sorte de tromperie ? », demande-t-il à Cabral Libii, avant de conclure sur une formule qui résume sa position : une accumulation de coïncidences, présentée comme suspecte, mais qu’aucun élément de sa lettre ne permet à ce stade d’établir comme une preuve.

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