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Bénin| Patrice Talon : « Cette forfaiture ne restera pas impunie »

 » Où est le président Talon  » ? S’il ne s’exprime pas, c’est que le  » coup d’État est consommé  » . « C’est à lui de parler », répétaient des internautes tout au long de cette journée où les rumeurs se mêlaient aux premiers échos de tirs. Patrice Talon est donc apparu. Et il a parlé. Vêtu d’une veste grise claire posée sur une chemise blanche, le visage fermé mais le geste mesuré, le chef de l’État s’est tenu derrière son bureau, un drapeau national à sa gauche, un micro-cravate fixé à la veste. La scénographie institutionnelle – boiseries sobres, symboles républicains – répondait à la gravité du moment.

« Notre pays a vécu des événements d’une gravité extrême » : Talon rompt le silence

Le président béninois a choisi la télévision nationale pour sa première prise de parole depuis le début de la mutinerie. Le pays venait d’assister, hébété, à une tentative de renversement des institutions par un groupe de militaires. Talon n’a pas cherché à atténuer la portée des faits. Il évoque « des événements d’une gravité extrême », menés par un « groupuscule de soldats » animés, selon lui, de « revendications fallacieuses ».

Pendant toute la journée, Cotonou avait bruissé des détonations entendues dans plusieurs quartiers. Les autorités reconnaissaient qu’un groupe de mutins avait tenté de s’approcher à la fois du domicile du chef de l’État et du palais présidentiel. C’est dans ce contexte tendu que Talon est apparu à l’écran, ancrant sa parole dans l’urgence, comme pour reprendre le fil du récit national au moment où celui-ci semblait vaciller.

Dans son discours, il décrit le basculement qui menaçait le pays : une « aventure sans lendemain » qui, dit-il, aurait porté « un coup d’arrêt au processus de développement amorcé » ces dernières années. Il insiste sur la nécessité qui s’est imposée à lui : en tant que « Président de la République, chef suprême des armées et garant de la stabilité du pays », il lui revenait de prendre les « mesures appropriées » pour stopper « l’œuvre des aventuriers ».

Selon le récit présidentiel, les forces de défense ont été immédiatement engagées pour reprendre le contrôle des positions tenues par les mutins. Talon parle de « dernières poches de résistance » qu’il aurait fallu « nettoyer », insistant sur la loyauté de l’armée dans sa grande majorité. C’est sur cette base qu’il prononce la phrase qui deviendra la plus commentée de la soirée : « Cette forfaiture ne restera pas impunie ». 

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Le président a salué « le sens du devoir » de ses forces de défense et de sécurité, tout en exprimant sa « pensée pour les victimes » et pour les personnes « encore retenues par les mutins en fuite ». Il promet de « faire front pour les retrouver sains et saufs ».

Une journée de confusion, de détonations et de signal coupé

Avant la prise de parole du chef de l’État, l’incertitude dominait. Dès l’aube, des coups de feu ont été entendus près du port et aux abords de la présidence. Une habitante de Cotonou raconte avoir cru à « la foudre », avant de comprendre qu’il s’agissait de tirs. Le signal de la chaîne publique Bénin TV a brièvement cessé d’émettre, renforçant les spéculations sur une tentative de prise de contrôle des moyens de communication.

Dans le même temps, une douzaine de militaires étaient arrêtés. Les premiers éléments, diffusés en journée sur la télévision nationale, laissaient penser que plusieurs d’entre eux appartenaient à la Garde nationale. D’autres avaient été signalés dans un camp situé à Togbin, en périphérie de Cotonou. Un officier faisait état de « frappes ciblées » pour reprendre ce site stratégique, des informations encore en attente d’une confirmation officielle.

Les mutins dénonçaient, selon différentes sources, la situation sécuritaire dans le nord du pays et accusaient le gouvernement de laisser « leurs frères d’armes tomber au front ». À ces motifs se mêlaient des griefs plus politiques, au moment où le Bénin se prépare à une élection présidentielle à laquelle Patrice Talon n’est pas candidat. Les motivations exactes, elles, demeurent floues.

« La situation est totalement sous contrôle »

Ce soir, le président a tenu à clore l’angoisse collective. Son message central – répété à deux reprises – se voulait apaisant : « la situation est totalement sous contrôle ». Il invite les populations à « vaquer sereinement » à leurs occupations, affirmant que l’ordre public sera maintenu sur toute l’étendue du territoire pour garantir la liberté de circulation.

Ce passage marque un tournant narratif dans son discours : après le constat, vient la réassurance. Talon remercie particulièrement les citoyens de « l’intérieur comme de l’extérieur » pour leurs messages d’encouragement, qu’il décrit comme un soutien moral déterminant dans la gestion de la crise. Ce remerciement, sobre mais appuyé, semble chercher à reconstruire un sentiment d’unité nationale après une journée où tout paraissait fragmenté.

Les organisations régionales serrent les rangs autour du Bénin

Dans la journée, alors que le Bénin vivait encore au rythme des rumeurs et des détonations sporadiques, les organisations régionales se sont rapidement manifestées, donnant à la crise une dimension continentale. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été la première à prendre position, annonçant dans un communiqué qu’elle propose le déploiement d’éléments de sa Force en attente pour épauler les autorités béninoises. Selon le texte, ces troupes – venant du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone – auraient pour mission de « soutenir le gouvernement et l’armée républicaine du Bénin » et de contribuer à « défendre l’intégrité territoriale».

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Une mesure rare, encore en discussion, mais suffisamment lourde de symboles pour traduire l’inquiétude qui plane désormais sur la sous-région. Dans le même temps, l’Union africaine a adopté une posture tout aussi ferme.

Dans un communiqué publié également dans la journée, la Commission de l’UA a condamné « sans équivoque » la tentative de renversement du président Talon, appelant les militaires impliqués à « cesser immédiatement toutes actions illégales » et à « regagner sans délai leurs obligations professionnelles ». Une déclaration sans ambiguïté, alignée sur celle de la CEDEAO, qui réaffirme la ligne rouge tracée par l’organisation continentale face aux prises de pouvoir par la force.

La circulation des rumeurs, elle, a continué d’alimenter la confusion. La France a dû intervenir pour démentir les informations virales selon lesquelles des responsables béninois auraient trouvé refuge à son ambassade à Cotonou. « Rien de tout cela n’est vrai », a indiqué le Quai d’Orsay, rappelant la nécessité de prudence face à une avalanche de spéculations qui, depuis le matin, participait à brouiller la lecture des événements.

Des interrogations qui planent toujours !!

Si les autorités assurent avoir repris le contrôle, beaucoup de zones d’ombre persistent. Pourquoi cette tentative maintenant, à quelques mois d’une élection ouverte ? Quels étaient les véritables objectifs des mutins ? Y a-t-il des commanditaires encore inconnus ? Les premières arrestations ( une douzaine d’après des sources securitaires ) n’apportent pour l’instant que peu de réponses.

Dans les rues de Cotonou, la soirée retrouve progressivement son calme, mais les interrogations se mêlent à une vigilance silencieuse. L’apparition du chef de l’État, très attendue par les Béninois en particulier et la communauté internationale en générale dans son cadre comme dans son message, visait à réaffirmer la continuité républicaine. Reste désormais à comprendre ce qui, sous la surface, a rendu possible une telle journée de basculement.

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