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Cameroun| À Yaoundé, Paul Biya met en garde contre l’effondrement de l’ordre international

Le 8 janvier 2026, au Palais de l’Unité à Etoudi, Paul Biya a reçu les vœux du corps diplomatique accrédité au Cameroun. Une cérémonie codifiée, retransmise en direct à la télévision nationale, mais dont la portée a cette fois largement dépassé le cadre protocolaire. Deux mois après sa prestation de serment, le chef de l’État camerounais a livré un discours marqué par une lecture grave et lucide de l’état du monde, au moment où les équilibres internationaux semblent de plus en plus fragilisés.

Face aux ambassadeurs, conduits par le doyen du corps diplomatique, Armando Kote, ambassadeur de Guinée équatoriale, Paul Biya n’a pas seulement répondu aux félicitations liées à sa réélection et au rôle diplomatique joué par le Cameroun sur la scène internationale. Il a surtout profité de cette tribune pour adresser un message politique clair, centré sur la montée des tensions, le recul du droit international et les atteintes répétées à la souveraineté des États. Un propos mesuré dans la forme, mais lourd de sens dans le contexte géopolitique actuel.

Une alerte sur un monde en rupture

« Malgré les efforts méritoires de la communauté internationale, notre monde continue d’être confronté aux affres du terrorisme, aux multiples atteintes à la souveraineté des États et au recul du droit international ». En quelques phrases, Paul Biya dresse un constat sans concession. Le monde, selon lui, n’avance plus vers la stabilisation promise après la Guerre froide, mais glisse au contraire vers une fragmentation dangereuse.

Le président camerounais évoque une planète secouée par des crises multiples, où les conflits armés prolifèrent, emportant avec eux des vies humaines, détruisant des États, et fragilisant durablement les économies. Ce diagnostic s’inscrit dans une actualité internationale marquée par la résurgence de logiques de force, de sanctions extraterritoriales et d’actions unilatérales, souvent menées au mépris des mécanismes multilatéraux.

Cette lecture s’ancre dans une actualité internationale brûlante, notamment l’intervention militaire américaine au Venezuela, où, le 3 janvier 2026, les forces des États-Unis ont lancé une opération de grande envergure à Caracas pour capturer le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, puis les transférer aux États-Unis pour y être jugés, dans une action dénoncée par plusieurs pays comme une violation de la souveraineté nationale et du droit international ; des autorités vénézuéliennes ont fait état d’au moins 100 morts et de nombreux blessés à la suite des frappes et des combats qui ont accompagné cette opération, et la légalité même de cette intervention a été vivement contestée par des acteurs diplomatiques et juridiques à travers le monde.

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En parlant de « recul du droit international », Paul Biya pointe un phénomène de plus en plus dénoncé dans les forums diplomatiques : la perte d’autorité des règles communes, remplacées par des rapports de puissance. Pour un pays comme le Cameroun, attaché historiquement à la stabilité des institutions internationales, ce basculement représente une menace directe.

Le chef de l’État va plus loin en alertant sur les conséquences systémiques de cette dérive. Les crises, souligne-t-il, « ont des conséquences négatives sur le développement de nos pays et le bien-être de nos populations ». Derrière la diplomatie, ce sont les sociétés qui paient le prix des déséquilibres géopolitiques.

Le spectre de l’effondrement du système international

Paul Biya franchit un cap lorsqu’il évoque explicitement le risque d’un effondrement global. « Si nous continuons dans cette spirale, […] il y a lieu de craindre que le système international, que nous avons mis tant de temps et d’efforts à bâtir, ne finisse par s’effondrer ». Cette phrase, prononcée devant le corps diplomatique, résonne comme une mise en garde solennelle.

Le « système international » évoqué renvoie à l’architecture née de l’après-Seconde Guerre mondiale : Nations unies, droit international, coopération multilatérale, mécanismes de règlement pacifique des différends. En évoquant sa possible disparition, Paul Biya met en lumière la fragilité d’un édifice longtemps considéré comme intangible.

Ce discours s’inscrit dans une continuité. Le président camerounais rappelle avoir déjà, par le passé, lancé « un appel vibrant en faveur du dialogue et de la conciliation ». Une constance diplomatique qui tranche avec l’escalade verbale et militaire observée dans plusieurs régions du monde.

Le rejet de la violence comme mode de régulation

« La voie des armes et de la violence est très souvent une voie sans issue » . Cette affirmation constitue le cœur moral du discours présidentiel. Paul Biya y oppose une vision fondée sur la paix durable, qu’il présente comme la seule capable de garantir « la survie de l’humanité ».

Dans un contexte international où les démonstrations de force tendent à redevenir des outils politiques assumés, cette prise de position rappelle l’attachement du Cameroun à une diplomatie de retenue. La guerre, selon le chef de l’État, ne produit que des impasses, même lorsqu’elle est présentée comme une solution rapide ou nécessaire.

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Le président insiste sur le caractère collectif de la responsabilité. La paix ne relève pas d’initiatives isolées, mais de l’engagement de « la communauté internationale », et plus encore des Nations unies. L’Organisation apparaît ici comme le dernier rempart face à la tentation de l’unilatéralisme.

« Il est de la responsabilité de la communauté internationale et tout particulièrement des Nations unies d’y veiller », martèle-t-il. Une phrase qui sonne comme un rappel à l’ordre adressé aux grandes puissances, invitées à respecter les cadres qu’elles ont elles-mêmes contribué à bâtir.

Un plaidoyer assumé pour un multilatéralisme renforcé

Paul Biya ne se contente pas de dénoncer. Il propose une orientation claire : renforcer le rôle de l’ONU. « C’est pourquoi je ne cesserai de plaider pour un renforcement du rôle de notre organisation commune », affirme-t-il devant les diplomates.

Ce plaidoyer intervient à un moment où l’efficacité et la légitimité des Nations unies sont régulièrement remises en question. Blocages au Conseil de sécurité, rivalités entre grandes puissances, multiplication des coalitions parallèles : autant de signes d’un multilatéralisme sous tension.

Pour le Cameroun, cette organisation reste pourtant centrale. Elle constitue un espace où les États, quels que soient leur poids militaire ou économique, peuvent faire entendre leur voix. En plaidant pour son renforcement, Paul Biya défend implicitement les intérêts des pays en développement, souvent marginalisés dans les rapports de force bilatéraux.

Un discours plus large, une constance diplomatique

Au-delà de ce passage central, Paul Biya a également évoqué, plus brièvement, le rôle du Cameroun sur la scène internationale, saluant les partenariats diplomatiques et réaffirmant l’engagement du pays en faveur du développement, de la paix et de la concorde entre les peuples. Il a notamment rappelé que le Cameroun accueillera cette année la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, présentée comme une nouvelle occasion de défendre les vertus du multilatéralisme.

Un rappel qui vient clore un discours où, sous les formules protocolaires, s’est exprimée une vision claire : celle d’un monde à la croisée des chemins, et d’un Cameroun qui entend continuer à plaider pour la coopération plutôt que la confrontation.

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