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Cameroun| «Peuple de Dieu, n’aie pas peur» : Léon XIV quitte le Cameroun avec 200 000 fidèles comme dernier souvenir

Ce samedi 18 avril, pour sa dernière messe camerounaise, Léon XIV a rassemblé 200 000 fidèles à la base aérienne 101 de Yaoundé, dont le président Paul Biya en personne. Quatre jours après son atterrissage à Nsimalen, le Pape est reparti pour l’Angola en laissant derrière lui un pays qu’il a traversé de Yaoundé à Douala en passant par Bamenda, avec un seul fil conducteur : dire la vérité, sans détours, à ceux qui gouvernent comme à ceux qui souffrent.

Il est encore tôt ce samedi matin. Et déjà, des brouettes. Des brouettes poussées par des fils, des filles, des voisins pour acheminer jusqu’à la base aérienne de Yaoundé ceux dont les jambes ne suivent plus mais dont la foi, elle, tient encore. Certains arrivent en marchant. D’autres sont portés. Aucun n’est resté chez lui. Rien ne doit empêcher qu’on y assiste personnellement.

Au total, 200 000 fidèles se rassemblent sur le site, selon les estimations. Une chorale de près de 1 000 personnes anime la célébration. Dans les rangs officiels, une présence remarquée : le président Paul Biya, 93 ans, doyen mondial des chefs d’État en exercice, est là avec son épouse. C’est la première fois au cours de ce séjour papal que le chef de l’État camerounais assiste à une célébration eucharistique présidée par Léon XIV.

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Sa présence à cette messe d’adieu referme une boucle ouverte le 15 avril au Palais de l’Unité, lors du premier discours du Pape, celui sur la corruption, la gouvernance et la responsabilité des dirigeants. L’atmosphère est à la fois solennelle et festive, dans ce mélange propre aux liturgies africaines que Léon XIV a appris à reconnaître et à aimer au fil de ces quatre jours. Les percussions, les chants polyphoniques, la ferveur d’une foule qui sait qu’elle vit un moment qui ne se reproduira pas de sitôt, tout cela forme le décor d’une messe de clôture qui sera aussi, dans les faits, l’un des temps forts du pontificat naissant de ce premier pape américain de l’histoire.

«La foi ne sépare pas le spirituel du social»

Léon XIV prend appui sur l’Évangile du jour ( le récit de la tempête apaisée selon saint Jean, chapitre 6 ) pour livrer une homélie en français qui tient à la fois du discours pastoral et du manifeste social. Le choix du texte n’est pas anodin. Après quatre jours passés à nommer les crises, les violences, la corruption et les prédateurs extérieurs, le Pape choisit de conclure sur une image de barque dans la tempête. L’image parle d’elle-même. «La foi ne nous épargne ni les tumultes ni les tribulations, et parfois la peur peut sembler l’emporter», dit-il d’emblée, sans angélisme, sans promesse de ciel serein.

Puis il pose l’assurance fondamentale : «Même dans ces moments-là, Jésus ne nous abandonne pas ». Il décline ensuite les trois versions évangéliques de l’épisode — Marc, Matthieu, Jean — pour en extraire une lecture qui enrichit progressivement le message : la tempête n’est pas supprimée, elle est traversée. Dieu ne résout pas les crises à la place des hommes. Il les accompagne au milieu. Sur les «eaux» de la tradition juive , ces symboles du chaos, des forces du mal, du danger, Léon XIV construit une lecture politique autant que spirituelle.

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«L’exhortation « n’ayez pas peur » prend une dimension plus large, y compris sur le plan social et politique, comme un encouragement à affronter ensemble les problèmes et les défis en particulier ceux liés à la pauvreté et à la justice, avec un sens civique et de responsabilité civile». Cette phrase prolonge le discours du Palais de l’Unité par une autre voie, non plus l’interpellation directe des gouvernants, mais l’exhortation collective des citoyens à ne pas déléguer leur responsabilité.

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Il va plus loin encore sur les structures : «Les efforts individuels et isolés ne suffisent pas au salut d’une communauté. Une décision commune est nécessaire, qui intègre la dimension spirituelle et éthique de l’Évangile au cœur des institutions et des structures, en faisant de celles-ci des instruments pour le bien commun, et non des lieux d’intérêts, de conflits, ou le théâtre de luttes stériles », dit t’il.

Il cite ensuite la première lecture du jour — les Actes des Apôtres et la première crise de l’Église primitive, résolue non par la force mais par la concertation, la prière et la création de nouveaux instruments au service des plus fragiles. «Parfois, la vie d’une famille et d’une société exige aussi cela : le courage de changer les habitudes et les structures, afin que la dignité de la personne reste toujours au centre et que les inégalités et les marginalisation soient surmontées ». La sobriété du propos n’en diminue pas la portée.

«Faites même des vents contraires des occasions de croissance»

La conclusion de l’homélie prend un tour plus tendre, plus personnel, celui d’un homme qui sait qu’il dit au revoir. «Maintenant, nous nous disons au revoir. Chacun va retourner à ses occupations habituelles, et la barque de l’Église poursuit son chemin vers le but, par la grâce de Dieu et l’engagement de chacun ».

Puis vient ce qui restera sans doute comme la phrase la plus belle de toute la visite camerounaise, celle que Léon XIV a placée comme dernier cadeau avant de monter dans l’avion : «L’Église camerounaise est vivante, jeune, riche de dons et d’enthousiasme, vivante dans sa diversité et merveilleuse dans son harmonie. Faites même des vents contraires, qui ne manquent jamais dans la vie, des occasions de croissance dans le service joyeux de Dieu et des frères, dans le partage, l’écoute, la prière et le désir de grandir ensemble ».

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Cette formule sur les «vents contraires» est d’une précision d’orfèvre dans le contexte camerounais. Ce pays qui a souvent des vents contraires en abondance comme la crise anglophone, le chômage des jeunes, les violences de l’Extrême-Nord ou les tensions postélectorales de l’automne dernier à Douala. Le Pape ne les nie pas. Il dit qu’ils peuvent être transformés. C’est une pédagogie de la résilience, délivrée sans condescendance, à une Église qu’il a vue à l’œuvre pendant quatre jours et qui l’a visiblement impressionné.

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Avant de conclure, Léon XIV remercie l’archevêque de Yaoundé, les pasteurs, les autorités civiles, et adresse «une pensée particulière aux malades, aux personnes âgées et aux moniales qui ont offert leurs prières» — ces absents de la messe, ceux qui n’ont pas pu venir, mais dont la présence invisible a accompagné chaque heure de ce voyage. Avant de partir , le souverain pontife a demandé au peuple de Dieu de « rester fermement uni au Christ Seigneur ! Avec la force de son Esprit».

Mgr Mbarga et la promesse des jeunes

L’archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Mbarga, prend la parole pour les remerciements finaux. Sa formule dépasse le cadre protocolaire habituel des discours d’adieu. Devant le Pape et sous les acclamations des fidèles, il transmet un engagement solennel : «En communion avec vous, les jeunes du Cameroun s’engagent à consolider, avec leurs familles et les communautés chrétiennes, musulmanes et traditionnelles, la paix au Cameroun ».

Cette mention explicite des communautés musulmanes et traditionnelles aux côtés des chrétiens dans un discours d’adieu dit quelque chose sur ce que cette visite a confirmé : que le Cameroun sait construire une identité commune entre ses différents composants. C’est précisément ce que Léon XIV avait salué dès son premier discours au Palais de l’Unité, cette «Afrique en miniature» dont la diversité est «un trésor, et non une fragilité».

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Léon XIV répond en renouvelant sa gratitude envers l’Église locale et les autorités civiles. La cérémonie s’achève dans la ferveur. Le Pape bénit la foule une dernière fois. Puis il quitte le site. Direction l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen.

14h45 : Luanda

L’avion pontifical décolle de Nsimalen en milieu de journée après une cérémonie D’au revoir à très haute intensité. À 14h45 heure locale, il se pose à l’aéroport international de Luanda, capitale de l’Angola — troisième étape d’un voyage apostolique de onze jours à travers quatre nations africaines. Le Cameroun reste derrière, avec le message de paix, sa colombe lâchée à Bamenda, ses 120 000 personnes sous le soleil de Japoma, ses malades visités à Bassa, ses étudiants interpellés à l’UCAC, et peut-être ses gouvernants sommés, au Palais de l’Unité, de «briser les chaînes de la corruption ».

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Quatre jours. Quatre villes. Un seul et même message décliné sans relâche, avec une franchise sans précédent. En Angola, un autre pays aux ressources immenses et aux inégalités profondes attend le premier pape américain de l’histoire. Quatrième producteur de pétrole d’Afrique, troisième producteur mondial de diamants, avec plus de 30% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté.

Le profil du pays dit déjà quel type de discours Léon XIV y prononcera. À Luanda comme à Yaoundé, comme à Bamenda, comme à Douala : la même parole, sur la même route, portée par le même homme qui n’a pas encore fini de parler..

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