À Ebolowa, l’élection du président du Conseil régional du Sud a tourné au désaveu cinglant du Comité central du RDPC. Alors que le parti au pouvoir misait sur Alo’o Bikoro, les conseillers régionaux ont massivement plébiscité Éric Gervais Ndo, candidat pourtant non adoubé par la hiérarchie. Un acte de défiance qui révèle les profondes fissures entre la base militante et le sommet du pouvoir.
Ce qui s’est joué ce 17 décembre 2025 à Ebolowa dépasse de loin une simple élection régionale. C’est un acte politique fort, un bras d’honneur à l’autorité verticale et centralisée du RDPC, qui s’est vu désavoué publiquement par ses propres militants. Au cœur de la rébellion : Éric Gervais Ndo, candidat que Yaoundé ne voulait pas voir émerger, mais qui, porté par la volonté de la base, a triomphé du candidat « imposé », Alo’o Antoine Bikoro.
UNE RÉVOLTE INTERNE À VISAGE DÉCOUVERT
Tout était orchestré pour que la victoire revienne à Bikoro. Le Comité central avait mis en branle sa traditionnelle mécanique de verrouillage : mot d’ordre venu d’en haut, pressions locales, consigne officielle transmise via un pli scellé, et, en guise d’assurance ultime, une communication signée Jacques Fame Ndongo, rappelant à l’ordre les militants quant à la « discipline du parti ».
Mais cette fois-ci, la sauce n’a pas pris. Les conseillers régionaux du Sud, dans un acte rare de courage politique, ont choisi de rompre avec l’automatisme des consignes. En se rangeant massivement derrière Éric Gervais Ndo, ils ont adressé un message cinglant à Yaoundé : le temps des injonctions unilatérales est révolu.
UNE ÉLECTION QUI SONNE COMME UN RÉFÉRENDUM CONTRE LE SYSTÈME
Le vote massif en faveur d’un candidat non adoubé par la hiérarchie centrale est bien plus qu’un fait politique local. Il s’apparente à un référendum contre le mode de gouvernance interne du RDPC, perçu de plus en plus comme autoritaire, verrouillé et sourd aux aspirations de la base.
Comment expliquer qu’en 2025, un parti qui prétend incarner la démocratie et la stabilité soit encore gouverné par des consignes descendantes, érigées en diktats ? L’échec de Bikoro est l’échec d’une logique politique dépassée, celle qui méprise le terrain, nie le débat interne, et prend les militants pour des exécutants sans voix.
L’AUDACE D’ÉRIC GERVAIS NDO, SYMBOLE D’UNE GÉNÉRATION QUI NE VEUT PLUS SUBIR
Face à ce système, Éric Gervais Ndo a choisi de résister. Il n’a pas plié, il n’a pas renoncé. Porté par un réseau local solide, une crédibilité construite hors des circuits classiques du pouvoir, et le soutien tacite d’un électorat excédé par les impositions, il a incarné l’alternative. Son élection est le fruit d’une bataille politique acharnée, mais surtout d’un ras-le-bol général.
C’est un signal fort envoyé à la haute direction du RDPC : la base militante n’est plus prête à avaler des pilules amères sous couvert de discipline. L’heure est au réveil, à la réappropriation de la parole politique locale.
LE RDPC FACE À SA CRISE INTERNE
Ce camouflet ne sera pas sans conséquences. Déjà fragilisé par une perte de légitimité dans certaines régions, le RDPC voit émerger au grand jour ses fractures internes. Si le sommet ne revoit pas sa manière de faire, les prochaines échéances électorales pourraient révéler d’autres rébellions.
À Ebolowa, le rideau est tombé sur un théâtre politique longtemps joué d’avance. Mais cette fois, le scénario a été réécrit par la base. Et ce nouveau chapitre pourrait bien inspirer d’autres régions à briser le silence, à leur tour.

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