Analyse de Christophe Mien Zok sur les dysfonctionnements des conseils régionaux
Dans une analyse sans complaisance, le journaliste Christophe Mien Zok revient sur les dysfonctionnements observés lors de la session de plein droit des conseils régionaux issus des élections du 30 novembre 2025.
Si la majorité des régions a respecté les consignes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), les incidents enregistrés dans la région du Sud, bastion historique du parti, soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la discipline, la cohésion et l’avenir politique du parti au pouvoir.
Une discipline globalement respectée, sauf exceptions
Conformément à ses statuts et à ses traditions, le RDPC a désigné des mandataires dans les dix régions afin de superviser la mise en place des exécutifs régionaux. Malgré quelques tensions relayées sur les réseaux sociaux, les directives du parti ont été largement respectées.
Dans la plupart des régions, les candidats officiellement investis par le RDPC ont été élus avec des scores confortables, traduisant la confiance accordée par les militants aux instances dirigeantes et au président national du parti.
Dans la région de l’Est, un candidat non investi a bravé la discipline du parti en maintenant sa candidature. Il a été clairement battu, confirmant la primauté de la ligne officielle du RDPC.
Le Sud, un cas préoccupant pour le RDPC
La situation la plus préoccupante reste celle de la région du Sud, où la session de plein droit a été reportée sine die par le gouverneur, représentant de l’État. En cause : le rejet par certains conseillers régionaux du « pli fermé » du Comité central, autrement dit des choix opérés par la hiérarchie du parti.
Quelle que soit l’issue de ce bras de fer, le signal envoyé est mauvais, voire dangereux. Le Sud, région natale du président Paul Biya et longtemps considérée comme le socle granitique du RDPC, donne aujourd’hui l’image d’un espace de contestation interne.
Des précédents qui interrogent
Ces incidents ne sont pas isolés. Déjà en 2020, lors des élections municipales, Sangmélima n’avait pas fait preuve d’unité exemplaire. Bengbis avait ensuite suivi cette tendance lors du renouvellement des bureaux des organes de base.
Après le Dja-et-Lobo, c’est désormais la Mvila qui attire l’attention. Cette défiance interne, proche de la rébellion, interroge sur les motivations profondes de certains acteurs et sur les risques de réactions en chaîne au sein du parti.
Discipline et démocratie : un équilibre fragile
Il convient toutefois de rappeler que la discipline et l’investiture sont inscrites dans les textes du RDPC comme des garanties de cohésion.
Les militants ont le droit d’exprimer leurs ambitions et frustrations, mais sans mettre en péril l’unité du parti. L’investiture n’exclut pas le débat démocratique, mais elle impose un cadre.
Un septennat sous haute tension politique
À l’entame d’un septennat déjà marqué par des turbulences, le RDPC est attendu sur sa capacité à afficher un visage uni, apaisé et rassembleur. Les incidents du Sud et de l’Est doivent être considérés comme de véritables signaux d’alerte, à l’approche des prochaines échéances électorales.
Huit régions ont néanmoins scrupuleusement respecté les consignes du parti. Dans l’Adamaoua, le RDPC a repris la présidence du Conseil régional, tandis qu’un changement est intervenu dans l’Extrême-Nord. Ailleurs, la continuité a prévalu.
Femmes, jeunes et attentes nationales
La promesse du président Paul Biya de consacrer ce septennat aux femmes et aux jeunes reste encore timide dans la composition des exécutifs régionaux. Toutefois, l’espoir demeure, alors que les Camerounais attendent toujours le remaniement ministériel annoncé depuis plusieurs mois.
C’est dans ce climat d’attente que la rédaction marque une pause de deux semaines, avant de retrouver ses lecteurs le 5 janvier 2026.









