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Cameroun| Mondial 2026 • « L’Eto’o-système » et le Professeur Owona Nguini : le crash de trop des Lions Indomptables 

Sept mois après le traumatisme de Rabat face à la RD Congo, le coup d’envoi du Mondial 2026 a agi comme un sel sur une plaie ouverte. Privé de fête alors que dix nations africaines entrent dans l’histoire, le Cameroun s’est réveillé en colère. Entre règlements de comptes par communiqués interposés, guerre froide Ministère-FECAFOOT et joutes verbales assassines entre le « quadruple ballon d’or » et le « professeur » . 

Rabat, 13 novembre 2025. Le Stade Al-Barid est trempé. Une pluie battante s’abat sur le match le plus important de l’année pour le football camerounais : une demi-finale de barrage contre la République Démocratique du Congo, une marche vers le Mondial 2026. Dans les buts, André Onana. En face, Chancel Mbemba et une équipe congolaise sans complexe, organisée jusqu’à l’os par le Français Sébastien Desabre. Le Cameroun domine. Il pousse. Bryan Mbeumo et Karl Etta Eyong tentent de percer. Rien ne rentre. La défense congolaise absorbe, résiste, attend.

Quatre-vingt-onze minutes. Brian Cipenga tire un corner dans le temps additionnel. Mbemba surgit au second poteau. Le ballon claque au fond des filets d’Onana. Un but. Un seul. 0-1. Coup de sifflet final. Les Lions Indomptables, quintuplés champions d’Afrique, rentrent à Yaoundé. La RD Congo, elle, s’en va progressivement vers le Mondial et battra le Nigeria en finale des barrages.

La douleur est immédiate, tranchante. Puis vient le silence. Les semaines passent, la CAN 2025 occupe les esprits, la vie nationale reprend son cours. Le pays se referme sur sa blessure comme on referme une plaie sans la soigner. Personne ne parle. Tout le monde sait. C’est une amnésie collective, consentie, presque organisée, celle d’un peuple qui préfère oublier plutôt que d’affronter ce qu’il a vu. Le réveil, quand il vient, est brutal.

Le Mondial s’ouvre en Amérique du Nord. Quarante-huit équipes, dix africaines,  un record. Le Maroc est là, le Sénégal aussi, l’Algérie, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Tunisie ( déjà éliminé) , l’Afrique du Sud, le Cap-Vert, la RD Congo. Le Cameroun, lui, est dans les bars de Yaoundé, de Douala, de Bafoussam, avec des maillots de l’Argentine ou du Brésil sur le dos. Ce n’est pas qu’il ait boudé le football — le Camerounais ne boude jamais le football. Mais regarder le monde jouer quand on devrait y être soi-même, c’est une humiliation qui ne se digère pas en silence. Les frustrations remontent. Les réseaux chauffent. Les plateaux s’animent. Et le 14 juin 2026, le Professeur Mathias Éric Owona Nguini pose une allumette sur la citerne.

De l’allumette à l’incendie : Owona Nguini, la FECAFOOT et la pique du président

Sur le plateau de « Libre Expression », l’émission dominicale d’Info TV, l’universitaire et politologue ne vient pas pour nuancer. Son argumentaire est construit, précis, et il porte une accusation centrale : la FECAFOOT a, selon lui, « saboté le travail de l’entraîneur ». Pas d’euphémismes. Il cite des faits qu’il dit avoir vus : des Lions en session de mise en forme sans les équipements requis, des stages mal organisés, des tenues de travail absentes lors de déplacements à Yaoundé même. « On a bel et bien vu les Lions marcher dans la ville de Yaoundé. Ils n’avaient même pas les tenues appropriées », lâche-t-il.

Sa thèse est celle d’une responsabilité plurielle — Ministère des Sports, FECAFOOT, joueurs, public à travers le conflit entre les factions dites « Eglisiens » et « Hibou » — mais c’est la Fédération qui écope du plus gros de la charge. L’émission fait le tour du pays en quelques heures.

Cinq jours plus tard, la FECAFOOT répond. Mise au point officielle, signée par Jean Marie Nkoussa, Chef du Département Communication. Le document est ferme : les accusations d’Owona Nguini sont des « contre-vérités », et la Fédération dit avoir « entièrement joué sa partition ». Pour l’étayer, elle brandit une lettre datée du 4 juin 2024 dans laquelle le président de l’instance alertait déjà le Ministère sur les écarts de Marc Brys : modification unilatérale de l’encadrement technique nommé par le Comité Exécutif, manipulation de membres du staff et de certains joueurs, refus de travailler avec le personnel FECAFOOT déployé à l’hôtel Hilton. Conclusion de l’institution : on ne peut, « si l’on veut rester cohérent et rigoureux », établir un lien entre la Fédération et l’élimination des Lions. Le dossier, selon la FECAFOOT, est fermé. Il ne l’est pas.

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Owona Nguini maintient le cap : « Dites à Samuel Eto’o et à la Fecafoot de ne pas jouer à ce jeu avec moi. Qu’ils assument clairement leur part de responsabilité avérée dans l’élimination des Lions. Je n’ai rien inventé ». Et puis Samuel Eto’o entre en scène — sans signer de communiqué, sans répondre point par point. Il choisit l’estrade et la formule. « En seulement deux mois, « l’illettré » a trouvé une solution à un problème que de grands professeurs n’avaient jamais réussi à résoudre », dit le président de la FECAFOOT, déroulant son palmarès — meilleur buteur de l’histoire des Lions, quadruple Ballon d’Or africain, meilleur buteur de la CAN.

La riposte d’Owona Nguini est sans gant : « Samuel Eto’o, tes Ballons d’Or ne peuvent suffire. Il faut te former pour gérer le football car tu es très loin d’en avoir le niveau. Tu n’as ni le capital intellectuel, encore moins le capital technique et certainement pas le capital scientifique. Gérer, ce n’est pas dribbler ». Puis une formule qui va électriser les réseaux : « L’Eto’o-système, un polluant qui infeste de manière létale le système du football camerounais : une clique de flibustiers jouisseurs, combinards et dévoyés ».

Un terrain. Quatre Ballons d’Or. Un doctorat. Et une nation qui prend des notes. L’observateur Arol Ketch, laconique, résume le paradoxe avec une précision d’orfèvre : « Owona Nguini dit que la FECAFOOT est responsable de la non-qualification du Cameroun. Celui-là répond en disant qu’il est le meilleur buteur de l’histoire des Lions. Où est le rapport ? », s’exprime t’il.

Marc Brys, le Belge que personne n’a oublié

Pour comprendre pourquoi ce débat brûle avec une telle intensité, il faut revenir à la genèse d’une cohabitation qui n’aurait jamais dû être. Marc Brys ne doit pas sa nomination à la FECAFOOT. C’est le Ministère des Sports et de l’Éducation Physique qui est allé le chercher, imposant à la Fédération un sélectionneur qu’elle n’avait pas choisi et que son président n’a jamais caché détester. Dès 2024, les tensions sont ouvertes, documentées, parfois violentes dans les formes. La guerre de pouvoir commence avant même que les éliminatoires ne débutent.

David Eboutou, sur Info TV, pose un diagnostic net : « Depuis février 2024, la gestion effective de l’équipe nationale du Cameroun a été retirée à la Fédération camerounaise. Et la Fédération s’est donc confinée au simple rôle d’organisateur, au simple rôle administratif : envoyer la paperasse à la CAF, recevoir les arbitres ». Ce n’est pas une métaphore. C’est la description d’une instance faitière réduite à la logistique pendant que son propre sélectionneur opérait en autonomie quasi-totale, fort de la bénédiction de sa tutelle ministérielle. Ceux qui ont décidé de confier la sélection nationale à Marc Brys, conclut Eboutou sans ménagements, « sont co-responsables avec ce dernier de la non-qualification des Lions Indomptables ».

Mais ce récit a ses adversaires. Jean Lambert Nang, dans une chronique dont certaines formules ont fait mouche, retourne l’accusation contre ceux qui la portent. Pendant les éliminatoires, dit-il, les défenseurs de Brys applaudissaient ses « multiples frasques » et montraient « un doigt d’honneur à la Fécafoot ». Il nomme Brys sans tendresse — « flic belge, inexpérimenté », « la Brocante belge » — et rappelle que les mêmes qui lui construisaient une statue sont aujourd’hui les plus véhéments sur la responsabilité de la Fédération. Sa chute de plume est sévère : « Ils avaient dansé pendant l’hiver belge, qu’ils nous fassent grâce des pleurs du Mbolé ».

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Le camp adverse, celui des défenseurs d’Eto’o, pousse une thèse complémentaire que le média sportif RSI formule sans ambages : la campagne actuelle contre la FECAFOOT ne serait pas une quête de vérité mais « une opération de communication politique ». L’enjeu, selon cette lecture, dépasse largement le football : il s’agirait de fragiliser Eto’o, d’affaiblir l’autonomie de la Fédération, et d’utiliser l’absence au Mondial comme arme dans une guerre de pouvoir plus ancienne. Ce que les promoteurs de ce récit « oublient de rappeler », tranche le RSI, c’est qu’après la période de confusion, la gestion de l’équipe est revenue à la Fédération, qu’un nouveau staff a été mis en place et que des résultats ont suivi. La question sous-entendue est acide : si Brys est coupable, pourquoi ne l’avoir dit aussi fortement qu’aujourd’hui ?

Emmanuel Mabouang Kessack, ancien Lion, dédouane largement le sélectionneur belge et pointe les dysfonctionnements institutionnels. Joseph Antoine Bell exprime une tristesse profonde et parle de problèmes structurels qui dépassent les hommes. L’analyste Hilaire Kamga, sur Canal Presse, refuse lui aussi les lectures univoques et insiste sur le déficit global de gouvernance — FECAFOOT, Ministère, État — comme terreau de l’échec. Et pendant que tout ce beau monde argumente, le Cameroun continue de regarder les autres jouer.

Sept mois de silence et une nation qui se déchire

Ce qui est frappant dans la séquence de juin 2026, ce n’est pas tant que le débat existe, il existait depuis novembre. C’est qu’il ait attendu le Mondial pour exploser avec une telle amplitude. L’absence des Lions était connue. La défaite contre la RD Congo était actée. Mais tant qu’aucune image ne rendait cette absence concrète, tangible, visible à l’écran trente fois par jour, quelque chose permettait à la frustration de rester contenue. Le Mondial a supprimé cette distance. Et le Cameroun, d’un seul coup, s’est souvenu.

Ce que ces sept mois de silence avaient masqué, c’est l’étendue réelle de la fracture. Le débat qui émerge n’est pas technique. Ce n’est pas une conversation entre experts sur les tactiques de Brys ou les tournées de préparation bâclées. C’est une guerre des camps, frontale, assumée, où chacun choisit son bord et l’affiche. Pierre Blériot Nyemeck, avec l’ironie de celui qui n’a jamais caché ses positions, décoche cette flèche : « Le président de la Fécafoot a gagné toutes les batailles qui l’ont opposé au Minsep. (…) Les Lions Indomptables ont été éliminés, tous ses souhaits ont été exaucés ». Léonce Awono, sur Info TV, va plus loin encore, accusant nommément le président de la FECAFOOT d’avoir « travaillé contre la qualification ».

Priscille Messene, elle, défend Eto’o sur un argument de fond : « Seuls les esprits de mauvaise foi peuvent croire qu’une victoire ou une défaite dépend d’un seul homme ». Et de rappeler les réalisations concrètes de la Fédération sous sa direction — siège propre, infrastructures, partenariats — comme autant de preuves que le bilan ne saurait se résumer à une nuit pluvieuse à Rabat.

Mais c’est l’essayiste Duke Atangana Etotogo qui formule peut-être le diagnostic le plus utile, parce qu’il dépasse les personnes pour toucher aux institutions. Une fédération sérieuse, dit-il, ne se contente pas d’expliquer. Elle assume. Elle corrige. La FECAFOOT a expliqué, longuement, documents à l’appui. Elle n’a pas encore assumé, selon lui. Et rien, dans les déclarations publiques, ne dit encore ce qu’elle entend corriger. « En 2030, on rejouera le même match : Minsep contre Fecafoot, 0-4 », écrit-il. Ce score imaginaire dit tout ce qu’il y a à dire sur le risque réel.

Le Mondial continue. Les dix équipes africaines jouent. Le Cameroun, lui, débat. Et quelque part entre les certitudes d’Eto’o, les anathèmes d’Owona Nguini et les silences prudents de ceux qui préfèrent ne pas choisir, une question demeure, sans réponse officielle : comment fait-on pour que ça n’arrive plus ?

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