Politique

Cameroun|« Tes PV n’ont jamais existé » : Bibou Nissack dément Cabral Libii sur l’alliance manquée de 2018

Depuis sa cellule de la Prison centrale de Yaoundé, l’ancien porte-parole de Maurice Kamto reprend, huit ans après, le dossier d’une rencontre secrète entre les deux camps de l’opposition au lendemain de la présidentielle de 2018. « Tes PV n’ont jamais fait l’objet d’aucun intérêt pour le MRC », écrit-il au député Cabral Libii, qu’il accuse d’avoir inventé cette histoire de procès-verbaux pour masquer un autre silence — celui du PCRN sur ses propres résultats en 2025.

Un rendez-vous secret, deux versions

Tout part d’une vidéo. Diffusée par un média baptisé « JAD » et retranscrite pour les besoins de sa lettre, une sortie récente de Cabral Libii évoque une rencontre survenue en 2018 entre lui et Bibou Nissack, alors porte-parole de Maurice Kamto. Le député y affirme avoir remis, ce jour-là, des procès-verbaux (PV) de l’élection présidentielle dont il disposait. C’est cette phrase, et elle seule, qui pousse Bibou Nissack à rompre depuis Kondengui « la réserve et le mutisme épistolaires » qu’il dit s’imposer depuis son incarcération.

Le prisonnier ne conteste pas l’existence de la rencontre, il en confirme au contraire chaque détail matériel : la date, au lendemain du scrutin ; le lieu, le siège de campagne de Cabral Libii et de son mouvement « Onze millions de citoyens », à Nkolndongo ; l’heure, en soirée ; jusqu’au véhicule qui l’y a conduit et qui l’a ensuite mené directement rendre compte à Maurice Kamto. Ce qu’il conteste, c’est l’objet de l’entrevue. Selon lui, il ne s’est jamais agi de PV, mais d’une tentative d’alliance politique.

Sa version : au lendemain du scrutin, Cabral Libii avait déclaré publiquement que « c’est un candidat de l’opposition qui a gagné cette élection ». Une phrase que Bibou Nissack interprète alors comme une ouverture, et qu’il va aussitôt soumettre à Maurice Kamto pour obtenir une « autorisation d’entrer en négociation d’alliance ». Il obtient cet aval, dit-il, malgré les réserves du candidat déclaré vainqueur, échaudé par les précédentes tentatives de rapprochement restées sans suite.

La rencontre, telle que la décrit Nissack, se limite alors à un aparté entre les deux hommes, une fois l’état-major de Cabral Libii congédié. Il y présente ses compliments au député pour sa performance électorale, le qualifie de « faiseur de roi » et plaide pour une alliance. En retour, écrit-il, Cabral Libii consacre « d’interminables minutes » à énumérer ses griefs contre deux cadres du MRC, avant de conclure par une condition : que Maurice Kamto « convoque le peuple camerounais » pour résoudre le contentieux électoral. Nissack en repart, dit-il, « la joie à son comble ».

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C’est la suite de cette histoire, plus que la rencontre elle-même, qui constitue le cœur de son argumentaire. Quelques semaines plus tard, Kamto lance effectivement son « Plan National de Résistance Pacifique », remplissant, selon Nissack, la condition posée par Cabral Libii. Un second rendez-vous est fixé, cette fois au quartier Elig-Essono. Nissack affirme s’y être rendu, avoir attendu, appelé « frénétiquement » un numéro qui « sonnait dans le vide » et être reparti bredouille. « Après m’avoir posé ce lapin, tu n’as plus jamais répondu à mes appels téléphoniques », écrit-il, situant cet épisode comme le point de rupture définitif entre les deux hommes, jusqu’à son arrestation deux ans plus tard, en septembre 2020.

La bataille des chiffres : 13 662, 11 000, et les PV qui manquent en 2025

Si Bibou Nissack s’attarde sur cette chronologie, c’est pour mieux disqualifier, chiffres à l’appui, la version que Cabral Libii aurait donnée dans sa récente sortie médiatique. L’ancien porte parole du désormais ancien président du MRC relève d’abord une contradiction interne : selon lui, le député aurait évoqué, dans sa déclaration, la remise de 11 000 PV. Or, rappelle Nissack, sur son propre compte Facebook, le 4 novembre 2018 — soit quelques jours après les faits qu’il décrit —, Cabral Libii avait publiquement revendiqué en détenir 13 662. Un écart que Nissack présente comme la preuve que le récit du député a évolué avec le temps.

À cette incohérence de chiffres, l’ancien porte-parole ajoute un argument de vraisemblance matérielle. Un tel volume de documents, avance-t-il, n’aurait pu être transporté et remis en mains propres, seul à seul, lors d’un entretien à huis clos : « Cela aurait nécessité à mes côtés la présence d’une véritable petite armada de militants. Un camion aurait aussi été indispensable ». Il ajoute un argument institutionnel : si des PV avaient réellement dû changer de mains ce jour-là, l’interlocuteur naturel n’aurait pas été lui, mais le président du parti Univers, sous l’étiquette duquel Cabral Libii s’était présenté à l’élection.

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Nissack revient également sur la nature exacte de la proposition portée à l’époque par Maurice Kamto pour dénouer la crise post-électorale : un recomptage des voix sous supervision internationale, adossé selon lui à la mise à disposition des bulletins de vote — et non des procès-verbaux. « Si tu avais donc même essayé de me remettre tes PV, j’aurais fermement refusé », écrit-il, estimant que la confusion entre bulletins et PV n’est imputable qu’à Cabral Libii lui-même.

De cette démonstration, l’auteur de la lettre tire une conclusion qui dépasse le seul différend de 2018 : selon lui, l’épisode resurgi huit ans plus tard servirait aujourd’hui un autre objectif. « Tu inventes un faux débat sur un faux partage de PV en 2018, afin de tenter de couvrir et justifier un vrai débat sur le refus de rendre publics les tiens en 2025 », écrit-il, en référence à une controverse qui avait agité l’opinion camerounaise après la dernière présidentielle : une partie du public réclamait alors la publication des procès-verbaux détenus par le PCRN, parti de Cabral Libii, restés non divulgués.

Ce rapprochement entre les deux scrutins permet à Bibou Nissack de formuler ce qu’il présente comme la ligne de conduite constante du député, à travers deux élections et sept ans d’écart. « Fait marquant, en 2018 Maurice Kamto conduisait une coalition, et toi non ! En 2025 Issa Tchiroma Bakary conduisait une coalition, et toi non ! », résume-t-il, y voyant la preuve que Cabral Libii se serait, selon ses mots, toujours tenu à l’écart des tentatives d’union des forces de l’opposition camerounaise, hier comme aujourd’hui, alors que la présidence du MRC vient tout juste de changer de mains après le départ de Maurice Kamto.

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