Société

Brésil| COP30 à Belém : entre avancées sociales et recul sur les énergies fossiles

Alors que le G20 se tenait en Afrique du Sud, un autre événement diplomatique majeur mobilisait près de 200 États à Belém, au Brésil : la 30ᵉ Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP30). Pendant douze jours, les négociateurs ont tenté de concilier ambitions environnementales et réalités géopolitiques, sans parvenir à un texte pleinement satisfaisant sur les énergies fossiles, mais en obtenant des avancées inédites sur la justice sociale et la transition équitable.

Une COP symbolique au cœur de l’Amazonie

Belém, capitale de l’État du Pará, a accueilli la COP30 du 10 au 22 novembre 2025, sur les rives de l’estuaire des fleuves Tocantins et Pará, à la porte de la forêt amazonienne. Cette ville de 1,5 million d’habitants, habituellement peu habituée aux événements internationaux, s’est transformée en centre névralgique de la diplomatie climatique. Les préparatifs ont été marqués par des difficultés logistiques : prix des hôtels exorbitants, afflux massif de délégations et nécessité de solutions innovantes, comme la mise à disposition de bateaux de croisière pour loger certaines équipes.

Le choix de Belém n’était pas anodin. Le Brésil, 8ᵉ producteur mondial de pétrole, cherche à projeter une image de leader climatique malgré ses ambitions pétrolières et ses projets controversés, comme le développement du gisement offshore de la Marge équatoriale. Ce paradoxe a nourri un débat intense sur la crédibilité des engagements brésiliens, entre volonté d’utiliser les recettes pétrolières pour financer la transition énergétique et pressions des ONG environnementales dénonçant l’incompatibilité avec la protection de l’Amazonie.

Avant l’ouverture officielle, les 6 et 7 novembre, le président Lula a réuni plusieurs chefs d’État pour un sommet pré-COP. Il a appelé à une « sortie juste et ordonnée des énergies fossiles » tout en soulignant la nécessité de mobiliser des financements massifs pour l’adaptation des pays en développement. Ce double message — urgence climatique et pragmatisme économique — a donné le ton des négociations, où la diplomatie a alterné entre fermeté scientifique et concessions politiques.

La nomination d’André Corrêa do Lago comme président de la COP a été saluée par la société civile. Diplomate expérimenté, il a permis de canaliser les discussions sans être directement lié à l’industrie pétrolière, renforçant la légitimité du Brésil dans un rôle de médiateur entre les pays développés et les nations émergentes. Pour de nombreux observateurs, cette décision a évité un effritement complet des négociations face aux tensions géopolitiques croissantes.

Enfin, la ville elle-même est devenue un symbole de cette COP : un lieu fragile, soumis aux effets du changement climatique, et pourtant capable de rassembler la communauté internationale autour d’objectifs communs. L’expérience logistique et symbolique de Belém illustre les défis pratiques et politiques d’une COP dans un pays en développement confronté à ses propres contradictions environnementales.

Un accord minimal sur les énergies fossiles

Le texte final adopté à Belém, le 22 novembre, reflète la complexité des compromis internationaux : il ne mentionne pas explicitement la sortie des énergies fossiles, contrairement à la COP28 de Dubaï. Les discussions ont été ralenties par l’opposition d’acteurs majeurs — Chine, Russie, Arabie saoudite — et par les priorités divergentes des pays en développement, pour lesquels le financement climatique était plus pressant que la réduction des combustibles fossiles.

Le texte se contente de rappeler les engagements volontaires, sans fixer d’objectifs contraignants. Une série de réunions internationales est programmée pour 2026 afin de renforcer la sortie progressive des énergies fossiles, mais aucune date ou mécanisme contraignant n’a été adopté. Pour de nombreux experts, cette approche « à minima » illustre les limites du système de gouvernance multilatéral dans un contexte géopolitique fragmenté, où chaque décision doit passer par le consensus.

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Les ONG et certains pays ont vivement critiqué ce recul. Le président colombien Gustavo Petro a exprimé sa déception, rappelant que la science est claire sur le rôle central des combustibles fossiles dans la crise climatique. La FIDH et ses partenaires ont dénoncé la « fuite devant les responsabilités » et ont insisté sur la nécessité d’intégrer les droits humains dans toute transition énergétique.

Pour le Brésil, le compromis était indispensable. Le pays doit concilier sa croissance économique, sa production pétrolière et sa responsabilité environnementale. Lula a défendu ce texte en soulignant qu’il constitue « un point de départ » et qu’il permettra aux pays volontaires d’élaborer des feuilles de route spécifiques pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles. L’accord minimal illustre ainsi le dilemme central de la COP30 : comment avancer sur l’urgence climatique quand les intérêts nationaux restent divergents.

Triplement des financements pour l’adaptation : une victoire partielle

Malgré l’absence de décisions ambitieuses sur les énergies fossiles, la COP30 a permis de consolider les financements pour l’adaptation climatique dans les pays en développement. Le document « mutirão » fixe un objectif de tripler ces aides à l’horizon 2035, soit environ 120 milliards de dollars par an. Toutefois, des ambiguïtés persistent sur l’année de référence et sur la distinction entre financements pour adaptation et atténuation, laissant planer un doute sur la réalité du soutien à venir.

Cette avancée est jugée essentielle par les pays vulnérables, qui subissent déjà les conséquences directes du changement climatique, telles que la montée des eaux, les sécheresses et la perte de biodiversité. L’alliance de 39 petits États insulaires ou côtiers a qualifié ce triplement de « gain nécessaire » tout en soulignant que l’accord reste insuffisant face aux besoins réels.

Pour les pays développés, cette mesure a constitué un compromis politique. La commissaire européenne Wopke Hoesktra et la ministre française Monique Barbut ont reconnu que l’acceptation du texte s’inscrivait dans une logique pragmatique : soutenir l’adaptation sans accroître de manière trop contraignante leurs engagements financiers. L’Europe, déjà accusée de freiner le financement climatique, a ainsi pu sortir « propre » des négociations.

Parallèlement, le Brésil souhaite utiliser ses ressources pétrolières pour cofinancer les initiatives de transition énergétique. Le président Lula a défendu cette approche comme un moyen d’assurer une transition « équitable » tout en mobilisant les investissements nécessaires pour atteindre les objectifs de zéro déforestation nette d’ici 2030. L’enjeu reste de taille : transformer des promesses en mécanismes concrets, vérifiables et adaptés aux réalités locales.

Enfin, le triplement des financements pose la question de la gouvernance et du contrôle : comment garantir que les fonds atteignent effectivement les communautés vulnérables et respectent les principes de justice climatique et sociale ? C’est précisément sur ce point que le rôle des ONG et de la société civile devient crucial, en veillant à ce que le texte reste plus qu’un simple document symbolique.

Droits humains et transition juste : un texte inédit

La COP30 a marqué une avancée significative en matière de droits humains et de transition juste, avec l’adoption d’un Mécanisme d’Action garantissant que la transition écologique soit équitable et protège les droits humains, le travail et l’environnement. Ce texte, salué par la FIDH, reconnaît notamment les droits des Peuples Autochtones, l’économie des soins et l’inclusion de la société civile dans la définition des politiques climatiques.

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Ce mécanisme constitue une première mondiale dans l’histoire des COP. Il met au cœur de la transition des valeurs sociales et éthiques, en affirmant que toute action climatique doit respecter l’égalité de genre, le dialogue social et les droits des communautés marginalisées. Pour Joaquín Nieto, vice-président de la FIDH, ce texte est « une première victoire pour les droits humains et la planète ».

Les négociations ont également abouti à l’insertion, pour la première fois, d’une référence explicite aux défenseur·es de l’environnement dans un texte onusien sur le climat. La reconnaissance de l’autodétermination des Peuples Autochtones et de leur consentement libre, préalable et éclairé face aux projets liés aux combustibles fossiles constitue un signal fort, même si sa mise en œuvre dépendra de l’engagement réel des États.

Malgré ces avancées, le texte sur la transition juste ne comble pas les lacunes sur les énergies fossiles. Maddalena Neglia, de la FIDH, alerte sur le danger de promesses volontaires insuffisantes face à un réchauffement déjà supérieur à 1,5°C. Hugo Gabbero, également de la FIDH, insiste sur la nécessité d’une transition complète, financée et respectueuse des droits humains, pour éviter des catastrophes irréversibles.

Ainsi, la COP30 se distingue paradoxalement : elle échoue à imposer des limites concrètes aux énergies fossiles mais établit un cadre novateur pour intégrer justice sociale, droits humains et équité dans l’action climatique internationale.

La gouvernance climatique sous tension

L’un des enseignements majeurs de la COP30 est la fragilité persistante du système multilatéral. Seuls 10 pays avaient soumis leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) pour 2035 avant la date limite, révélant l’écart entre ambition déclarée et mise en œuvre réelle. Le consensus nécessaire à l’adoption des décisions ralentit l’action, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques marquées : arrivée de gouvernements conservateurs, hésitations européennes et relance du charbon en Chine.

La présidence brésilienne a tenté d’insuffler une dynamique en fixant deux priorités : stopper la déforestation d’ici 2030 et créer des ressources financières innovantes, par exemple via une taxe sur les billets d’avion ou sur les patrimoines. Les mécanismes de finance carbone adoptés à Bakou pourraient faciliter l’atteinte de ces objectifs, mais l’incertitude persiste quant à leur mobilisation concrète.

Pour Christian de Perthuis, fondateur de la Chaire Économie du climat, la COP30 illustre la difficulté d’aligner objectifs nationaux, impératifs scientifiques et pression de l’opinion publique. Même lorsque des avancées sont obtenues, elles sont souvent symboliques et nécessitent un suivi rigoureux pour devenir effectives.

L’accord minimal sur les énergies fossiles et la triplication partielle des financements démontrent que la gouvernance climatique mondiale fonctionne encore par compromis, parfois au détriment de l’efficacité. Cependant, la reconnaissance des droits humains et la transition juste apportent un souffle nouveau, offrant une base pour de futures négociations plus ambitieuses.

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