Acceuil Diplomatie Cameroun| « L’Assemblée Parlementaire de la Francophonie doit demeurer le chantre et l’ambassadeur du multilatéralisme » : SM Aboubakary Abdoulaye clôt la 51 ieme session de l’APF à Yaoundé.
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Cameroun| « L’Assemblée Parlementaire de la Francophonie doit demeurer le chantre et l’ambassadeur du multilatéralisme » : SM Aboubakary Abdoulaye clôt la 51 ieme session de l’APF à Yaoundé.

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C’est en Président de chambre que Sa Majesté Aboubakary Abdoulaye a refermé, ce samedi 11 juillet 2026, les travaux de la 51e session plénière de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. En un peu moins de trois heures, au Palais de Verre Paul Biya, le Président du Sénat camerounais a salué la passation de témoin entre Hilarion Etong et Nathalie Roy, nouvelle présidente de l’APF, avant d’assigner à l’institution une mission qu’il a voulue sans ambiguïté : rester, envers et contre les tentations du repli, le chantre et l’ambassadeur du multilatéralisme.

Sous le portrait du Chef de l’État, une Assemblée qui referme un cycle

Il y avait, dans cette dernière matinée, quelque chose de la solennité tranquille des choses qui se terminent bien. Sous le portrait de Paul Biya encadré de vert, de rouge et de jaune, trois hommes occupaient le perchoir dès l’ouverture des travaux : Hilarion Etong, dont la présidence touchait à son terme, Aboubakary Abdoulaye, Président du Sénat, et Théodore Datouo, Président de l’Assemblée nationale. Cette disposition, réunissant à la même tribune les deux chambres du Parlement camerounais et la présidence sortante de l’APF, disait à elle seule ce que cette séance allait accomplir : clore, dans l’ordre et la continuité, ce qu’une semaine de travail avait patiemment construit.

Dans l’hémicycle, l’atmosphère différait sensiblement de celle, plus cérémonielle, du vendredi. Les délégués avaient repris leurs places de travail, ordinateurs ouverts, dossiers dépliés parmi les compositions florales installées au premier rang. On sentait, dans cette configuration plus dépouillée, l’empreinte d’une assemblée qui en était à trancher plutôt qu’à se présenter.

C’est dans ce cadre qu’a été annoncée, avant même que ne s’amorce la passation de présidence, l’une des décisions les plus attendues de cette clôture : le choix du Luxembourg pour accueillir la 52e session de l’APF. Le choix n’est pas anodin. C’est là, sur les rives de l’Alzette, que fut fondée en 1967 l’Association internationale des parlementaires de langue française, ancêtre de l’actuelle Assemblée. En reprenant le chemin de ses origines, l’APF referme, en quelque sorte, la boucle ouverte cinquante-neuf ans plus tôt.

Cette annonce, faite dans le cours des travaux et non dans l’un des à-côtés de la matinée, donnait le ton d’une séance où l’institutionnel primait sur le protocolaire. Restaient à accomplir les deux gestes qui allaient véritablement clore la session : le passage de témoin à la tête de l’Assemblée, et le mot de fin du pays hôte.

Car si la cérémonie d’ouverture, la veille, avait été affaire de faste et de représentation, cette dernière matinée était affaire de transmission d’un mandat, d’un héritage, et d’une parole que chacun des orateurs allait s’efforcer de porter à la hauteur de ce qu’elle devait sceller.

Le ruban bleu change d’épaule

Il y a des gestes qui disent plus que des discours. Celui-là, exécuté devant les drapeaux du Cameroun, de l’APF et du Québec dressés côte à côte, a suffi à faire basculer l’hémicycle dans les applaudissements : Hilarion Etong retirant l’insigne présidentiel pour le nouer, de ses propres mains, autour du cou de Nathalie Roy. Deux ans après Montréal, la présidence de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie changeait ainsi de continent, sans que rien, dans la fluidité du geste, ne trahisse la moindre rupture.

C’est ce même geste que le Président du Sénat camerounais allait commenter quelques instants plus tard, en évoquant le parcours de la nouvelle présidente : ministre, puis Présidente de l’Assemblée nationale du Québec depuis son élection le 29 novembre 2022, une trajectoire qu’il jugera l’avoir « prédestinée à la tâche ». Il formera le vœu que la mise en œuvre des résolutions de Yaoundé figure, sans délai, parmi les priorités de son nouvel agenda.

Mais avant de se tourner vers celle qui arrivait, l’hémicycle s’est d’abord retourné vers celui qui partait. Aboubakary Abdoulaye a salué en Hilarion Etong un « cher collègue et cher compatriote », dont il a qualifié la présidence d’exemplaire, portée par un souci constant de dialogue et de rassemblement. Il a employé un mot rare dans ce genre d’hommage protocolaire, celui d’héritage affirmant que le bilan du président sortant continuera, au-delà de son mandat, à nourrir le rayonnement des valeurs qui font la fierté de la communauté francophone.

Ce double mouvement, la reconnaissance de ce qui s’achève et l’accueil de ce qui commence, a donné à cette séquence une tonalité rare dans les instances internationales : ni la nostalgie n’y effaçait l’élan, ni l’enthousiasme de l’arrivée n’y minorait la gratitude due au sortant. L’Assemblée, en somme, se regardait elle-même changer de visage sans jamais donner l’impression de se renier.

Il faudra sans doute du recul pour mesurer pleinement la portée de cette image : celle d’un pays africain, hôte d’une session qui consacrait la fin du mandat de l’un de ses fils à la tête de l’APF, applaudissant sans réserve l’arrivée d’une présidente venue d’un tout autre continent. C’est peut-être là, dans ce contraste assumé, que la Francophonie parlementaire a le mieux démontré, ce samedi, sa vocation à l’universel.

« Nous restons des mendiants de la paix » : le Cameroun referme les travaux sur les mots de son Chef de l’État

Reprenant la parole au nom du Sénat camerounais, Aboubakary Abdoulaye n’a pas cherché à adoucir le constat qu’appelaient les deux thématiques du débat général. Sur le multilatéralisme, il a décrit un monde marqué par la pauvreté, l’exclusion et la multiplication des atteintes à ce socle qui, historiquement, portait la paix et la sécurité mondiales. Sur le climat, il a pointé sans détour le décalage persistant entre les attentes du Sud et la lenteur avec laquelle se concrétise, malgré la succession des Conférences des Parties, la solidarité tant promise.

C’est de ce constat, volontairement sans complaisance, qu’est née la phrase appelée à résumer cette clôture. Empruntant les mots mêmes du Chef de l’État camerounais, le Président du Sénat a rappelé que les parlementaires francophones demeurent des « mendiants de la paix », une formule par laquelle il a assigné à l’APF la charge de rester le chantre, l’ambassadeur, et au besoin l’avocat du multilatéralisme, envers et contre les tentations du repli.

Il a ensuite élargi son propos à une exigence plus large, presque testamentaire, adressée à l’ensemble de l’Assemblée : que le destin commun de la Francophonie emprunte les voies du dialogue, de la fraternité et de la tolérance, et non celles de la violence ou de la confrontation. Une phrase qui, prononcée en clôture d’une session tenue dans un monde qu’il venait lui-même de décrire comme dangereux, prenait des allures d’engagement plus que de simple vœu diplomatique.

Le Président du Sénat a ensuite dressé, plus sobrement, le bilan organisationnel de la semaine : le respect du calendrier malgré un ordre du jour chargé, la tenue conforme du Bureau exécutif, des concertations entre Secrétaires généraux, ainsi que des travaux du Parlement francophone des jeunes et du Réseau des femmes parlementaires. Il a appelé les dirigeants de chacune de ces instances à assurer, dans les mois à venir, un suivi effectif des résolutions adoptées à Yaoundé.

Il a également tenu à inscrire dans cette clôture l’histoire propre du Sénat camerounais, jeune chambre née en 2013, cadette de l’Assemblée nationale, mais déjà membre de plusieurs organisations interparlementaires. Il y a vu la preuve qu’un pays au parlement bicaméral encore jeune peut, en peu d’années, trouver toute sa place dans les grandes instances de la diplomatie parlementaire — un vœu qu’il a formulé pour l’avenir, appelant à un accompagnement renforcé de cette institution par la Francophonie.

Avant de déclarer clos les travaux, il a réservé sa gratitude la plus appuyée au Chef de l’État, Paul Biya, désigné comme le principal artisan du succès de la session, chargeant sa propre voix de porter jusqu’à lui le témoignage de reconnaissance de l’ensemble des parlementaires francophones réunis à Yaoundé.

Une jeunesse francophone, un numérique à conquérir, une place pour les femmes : le cap de Nathalie Roy

Investie sous les applaudissements, Nathalie Roy n’a pas attendu pour dire dans quel esprit elle entendait conduire son mandat. Elle a d’abord tourné son regard vers l’économie de l’espace francophone — près de 400 millions de locuteurs répartis sur cinq continents, dotés, a-t-elle souligné, d’un atout que peu d’espaces linguistiques peuvent revendiquer : une jeunesse nombreuse, notamment en Afrique, où l’âge moyen se situe entre 25 et 30 ans. Elle y voit un potentiel d’innovation et d’entrepreneuriat qu’il appartient, selon elle, aux parlementaires eux-mêmes de savoir accompagner, en particulier dans un monde que les incertitudes géopolitiques et les recompositions technologiques rendent chaque jour plus instable.

De cette ambition économique, elle a glissé vers celle du rayonnement de l’Assemblée elle-même, portée, a-t-elle rappelé, par l’essor continu du français dans le monde que confirment les dernières données de l’Observatoire de la langue française. Elle y voit une occasion pour l’APF d’élargir son réseau et de faire davantage entendre sa voix sur la scène internationale — une ambition qu’elle a incarnée en évoquant, depuis les Amériques, la position du Québec au cœur de la Francophonie du continent, et sa volonté de favoriser l’adhésion de nouveaux membres à l’Assemblée.

Restait un troisième chantier, plus inattendu dans la bouche d’une présidente parlementaire : celui du numérique, et de ce qu’elle a appelé, empruntant un mot tout juste entré dans le dictionnaire, la « découvrabilité » des contenus culturels francophones. Dans un monde où les algorithmes façonnent ce que l’on voit, écoute et découvre chaque jour, elle a averti que la diversité francophone risque de s’y noyer si l’Assemblée ne se dote pas d’un corpus législatif capable de la protéger, appelant l’APF à jouer, sur ce terrain, un rôle de chef de file.

À ces trois axes, la nouvelle présidente a adossé une conviction plus transversale, qu’elle a défendue avec une insistance particulière : celle de la place des femmes dans la vie politique et parlementaire. Rappelant que la femme n’est pas une minorité mais la moitié de l’humanité, elle a appelé à un effort commun entre femmes et hommes pour faire progresser, au sein des institutions francophones, une représentation plus équilibrée des instances de décision.

Elle a conclu en formant le vœu d’une Assemblée qui bâtisse des ponts plutôt que des murs, et qui privilégie, en toute circonstance, le dialogue à la confrontation. C’est sur cette note, plus programmatique que cérémonielle, qu’elle a refermé sa première intervention à la tête de l’institution — avant d’en préciser, quelques instants plus tard devant la presse, les grandes lignes, sans toutefois s’écarter du cap déjà fixé devant l’hémicycle.

Yaoundé referme un chapitre.

« Je déclare clos les travaux de la 51ème Session de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie » . À 14h17, les travaux de la 51e session plénière de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie ont été officiellement déclarés clos. En cinq jours, l’institution aura traversé l’ensemble de son spectre statutaire : réunion du Bureau exécutif, travaux des commissions générales, activités des réseaux des femmes et des jeunes parlementaires, distinctions de l’Ordre de la Pléiade, séance plénière, et enfin passation de présidence — peu de sessions récentes auront rassemblé, sur un temps aussi resserré, une telle diversité de séquences institutionnelles.

Pour le Cameroun, cette semaine restera celle d’une double reconnaissance : avoir organisé, dans la continuité de la session parisienne de 2025, des assises saluées pour la rigueur de leur tenue, et avoir vu deux de ses plus hautes autorités parlementaires, Théodore Datouo et Aboubakary Abdoulaye, élevés au grade de Grand Officier de l’Ordre de la Pléiade au cours de cette même session.

Pour l’Assemblée elle-même, cette clôture aura surtout marqué l’ouverture d’un nouveau cycle, confié à une présidente venue des Amériques, porteuse d’un programme où l’économie, le numérique et l’égalité entre les femmes et les hommes se conjuguent à l’ambition, plus ancienne, de faire de la Francophonie un espace de dialogue plutôt que de repli.

Le rendez-vous est désormais fixé au Luxembourg, terre fondatrice de l’institution, pour une 52e session qui refermera à sa manière la boucle ouverte en 1967. D’ici là, il reviendra aux sections membres, comme l’a rappelé Aboubakary Abdoulaye, d’assurer le suivi effectif des résolutions adoptées à Yaoundé sur le multilatéralisme et le climat, deux dossiers dont l’urgence, redite tout au long de la semaine, ne s’éteint pas avec la clôture de la session.

C’est ainsi, entre un héritage qu’on honore et un cap qu’on trace, que s’est refermée à Yaoundé la 51e session de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie — cinq jours après son ouverture dans les jardins du Palais de Verre Paul Biya, et à quelques encablures, désormais, d’un rendez-vous au Luxembourg.

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