Arrêté en avril pour immigration illégale, l’activiste panafricaniste demeure en détention à Pretoria. La justice sud-africaine a refusé sa libération sous caution. Le 14 juillet sera l’audience sur l’extradition réclamée par le Bénin. Un dossier aux ramifications judiciaires, migratoires et diplomatiques qui ne cesse de se complexifier.
Le verdict est tombé le 19 juin 2026 : pas de liberté sous caution pour Kemi Seba. Le juge sud-africain a tranché sans ambiguïté, invoquant un risque de fuite trop élevé pour envisager une remise en liberté avant l’audience du 14 juillet, date désormais centrale dans ce feuilleton judiciaire à multiples tiroirs. L’activiste aux 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux, connu pour ses diatribes radicales contre la France et les puissances occidentales, reste donc incarcéré à Pretoria avec ses deux coaccusés : son fils et François Van der Merwe, ressortissant sud-africain aux profils pour le moins contrastés dans cette affaire.
Tout commence le 13 avril 2026, dans un centre commercial de Pretoria. Kemi Seba — de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, 45 ans, né franco-béninois avant de se voir retirer sa nationalité française en 2024 — est interpellé alors qu’il tente de quitter clandestinement l’Afrique du Sud en direction du Zimbabwe, en compagnie de son fils. Leurs visas sont expirés. Le troisième homme arrêté ce jour-là, François Van der Merwe, militant d’extrême droite afrikaner, est soupçonné d’avoir reçu des fonds en provenance de Moscou pour faciliter ce déplacement.
Le juge, lors de l’audience du 19 juin, a d’ailleurs souligné que ces mêmes personnes pourraient, en cas de liberté retrouvée, aider Seba à prendre la fuite une nouvelle fois. Trop de questions restent sans réponses, a-t-il estimé — à commencer par celle-ci : pourquoi le Zimbabwe ? Et Kemi Seba et Van der Merwe se connaissaient-ils via des relations communes en Russie ?
Deux dossiers, une même cellule
Le juge a tenu à poser un cadre clair : les deux procédures qui pèsent sur Kemi Seba ne se confondent pas. « Aujourd’hui, il est uniquement question d’immigration illégale », a-t-il rappelé à l’audience. Car derrière le volet migratoire se profile une affaire autrement plus lourde : une demande d’extradition formulée par le Bénin, pays dont Seba est originaire, qui le réclame pour incitation à la violence et blanchiment d’argent. Ces accusations sont liées à son soutien présumé à la tentative de coup d’État survenue le 7 décembre 2025 contre le président Patrice Talon — un événement que l’activiste avait publiquement célébré depuis l’étranger. Deux mandats d’arrêt internationaux ont été émis à son encontre par Cotonou.
Pour l’heure, la justice sud-africaine se refuse à statuer sur cette demande d’extradition. Elle limite strictement son examen au séjour irrégulier sur le territoire. Ce n’est que le 14 juillet que le dossier d’extradition sera formellement ouvert — une date qui était déjà connue des avocats de la défense, ce qui rendait toute libération anticipée peu probable à leurs yeux. En attendant, Kemi Seba dort en prison. Son fils aussi. Van der Merwe également.
L’affaire avait connu un premier rebondissement médiatique dès le 20 avril, au lendemain d’une audience au tribunal de première instance de Pretoria. Des informations avaient alors circulé selon lesquelles l’activiste aurait déposé une demande d’asile politique en Afrique du Sud. Démentis immédiats de son organisation. Le coordinateur international et numéro deux de l’ONG Urgences Panafricanistes, Hery Djehuty, avait précisé à l’agence Anadolu que ces propos émanaient d’une déclaration isolée d’un avocat de la défense, ne reflétant en rien la position officielle de l’équipe juridique. L’avocat en question avait depuis été révoqué. Mais la demande d’asile existe bel et bien dans le dossier — et pourrait peser dans la balance le 14 juillet.
Un profil qui brouille les lignes
Comprendre l’affaire Kemi Seba, c’est d’abord comprendre le personnage et ses contradictions. À la tête de l’ONG Urgences Panafricanistes, il s’est construit une audience massive sur le continent en dénonçant le néocolonialisme français et les pouvoirs africains qu’il juge inféodés à Paris. Franco-béninois de naissance, il se voit retirer sa nationalité française en 2024. Mais c’est un passeport diplomatique nigérien octroyé par le gouvernement militaire au pouvoir depuis le coup d’État de 2023 qu’il présente désormais à la frontière. Un document qui n’a pas suffi à le protéger de l’arrestation, mais qui complique singulièrement le tableau juridique.
La présence de François Van der Merwe dans le dossier ajoute une couche d’étrangeté à l’ensemble. Un militant suprémaciste blanc, soupçonné de connexions russes, arrêté aux côtés d’un activiste panafricaniste pourfendeur de l’Occident : l’alliance est pour le moins atypique, et elle alimente les interrogations des enquêteurs autant que les spéculations dans les milieux qui suivent l’affaire de près. La question des financements russes, évoquée dans le dossier, n’a pas encore reçu de réponse officielle.
Du côté béninois, le silence est pour l’instant de mise sur la décision de Pretoria. Mais Cotonou ne relâche pas la pression : une délégation a été dépêchée, un procureur spécial suit le dossier. Le Bénin veut son extradition. La défense de Seba, elle, met en avant la crainte de persécutions politiques en cas de retour forcé au pays. L’absence d’accord d’extradition formel solide entre Pretoria et Cotonou pourrait, selon certains observateurs juridiques, jouer en faveur de l’activiste. Le 14 juillet tranchera, ou renverra à une prochaine date.









