Accueil Diplomatie Monde| Trump et les présidents africains : le poids des mots, le choc de la photo
Diplomatie

Monde| Trump et les présidents africains : le poids des mots, le choc de la photo

Partager
Partager

En recevant cinq de ses homologues du continent à la Maison-Blanche, le 9 juillet dernier, le président américain a une nouvelle fois fait montre de cette morgue propre aux riches incultes. Mais les intéressés auraient pu refuser de se prêter à une mise en scène qui allait forcément se retourner contre eux.

La photo est récente, et somme toute assez troublante. On y voit Donald Trump, président des États-Unis, assis triomphal derrière le Resolute Desk, dans le Bureau ovale. Derrière lui, debout, alignés comme des figurants disciplinés, cinq chefs d’État africains : le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le Libérien Joseph Boakai et le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló.

C’était le 9 juillet, en marge d’un dîner à la Maison-Blanche. L’unique homme assis, c’est lui. Tous les autres, pourtant censés porter la voix d’un continent, sont relégués à l’arrière-plan d’un théâtre diplomatique dont ils ne sont ni les acteurs ni les metteurs en scène.

Ce cliché n’est pas une simple maladresse protocolaire. Il résume à lui seul une hiérarchie implicite et brutale, celle d’un monde où l’Afrique, toujours représentée mais rarement actrice, doit se conformer à la scénographie du dominant.

Trump y trône avec cette morgue propre aux riches incultes, entouré de dirigeants qui cautionnent malgré eux, par leur présence figée, l’idée d’un ordre diplomatique déséquilibré. Remplacez Trump par un président français, portugais ou britannique : aurait-on toléré pareille mise en scène en Afrique ? L’humiliation subie quelques mois plus tôt par Volodymyr Zelensky, pourtant chef d’un État européen en guerre, avait provoqué la stupeur. Ici, la résignation semble devenue la norme.

Lire aussi:  Monde| Focac 2024 : La Chine s'engage à donner 50 milliards de Dollars à l'Afrique.

Et s’ils avaient dit non ?

Imaginons un autre scénario si ces chefs d’État africains avaient décliné cette disposition… S’ils avaient simplement dit : asseyons-nous tous ? Rien de dramatique ne se serait produit. Mais cet acte simple aurait marqué une rupture.

Symboliquement, il aurait affirmé une souveraineté assumée, une dignité qui ne négocie pas sa posture. Cela aurait rompu avec cette mise en scène récurrente d’une Afrique toujours en attente, toujours reconnaissante. Une Afrique qui ne prend jamais l’initiative de son image.

Savoir refuser ce qui offense

Géopolitiquement, le contexte était propice. Trump avait déjà insulté le continent par ses propos méprisants. Une réaction coordonnée aurait provoqué un débat mondial sur la manière dont on regarde, reçoit et, parfois, humilie les dirigeants africains. Cela aurait été un geste fort, comparable à ceux que savent poser la Chine, l’Inde ou le Brésil, qui savent refuser ce qui offense.

Politiquement enfin, ce geste aurait été salué par des millions d’Africains fatigués des mises en scène humiliantes. Dans un monde où les symboles comptent, se lever pour exister n’a de valeur que si l’on choisit aussi quand se tenir debout ou assis.

Le récit d’une Afrique docile

Ce refus manqué est une leçon car poser pour une photo, ce n’est jamais neutre. Ce jour-là, en s’alignant derrière un homme qui a publiquement rabaissé leur continent, ces dirigeants ont, à leurs corps défendant, contribué à valider un récit qui n’est pas le leur. Celui d’une Afrique subalterne, silencieuse, docile.Une autre histoire reste à écrire.

Les photos peuvent être recadrées, les gestes réinventés. À condition que l’Afrique accepte enfin de poser, non pas au second plan mais bien au premier, et pourquoi pas debout, mais pour elle-même et parce qu’elle l’aura choisi.

Lire aussi:  RDC| Violences à Goma : Nairobi convoque un sommet, Guterres hausse le ton

Afrik inform ☑️

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Articles connexes
General Birame Diop,CEDEAO 2026,Presidence Commission CEDEAO,Bassirou Diomaye Faye CEDEAO,Sommet Freetown CEDEAO
DiplomatiePortrait

Sénégal| 10 choses à savoir sur Birame Diop : Le général qui prend les commandes de la CEDEAO 

Il a commandé les armées, conseillé António Guterres et géré la défense...

Macky Sall,secrétaire général ONU,éditorial,Bassirou Diomaye Faye,Rafael Grossi
Diplomatie

Monde| Édito : Pourquoi Macky Sall a désormais les moyens de ses ambitions à l’ONU

Le processus de sélection du prochain Secrétaire général des Nations unies entre,...

Zlecaf,zone de libre-échange continentale africaine,libre circulation Afrique,suppression visa Afrique,intégration africaine
Diplomatie

Afrique| 10 points pour comprendre la Zlecaf, moteur de la nouvelle vague d’ouverture africaine

Tchad, Togo, Congo-Brazzaville, Ghana, Kenya... les annonces de suppression de visas se...

Macky Sall,Bassirou Diomaye Faye,Sénégal,secrétaire général ONU,soutien officiel
DiplomatiePolitique

Monde| ONU : Bassirou Diomaye Faye engage officiellement le Sénégal derrière la candidature de Macky Sall

Trois jours après avoir reçu son prédécesseur au Palais de la République,...

CEDEAO 2026,Bassirou Diomaye Faye CEDEAO,General Birame Diop,Presidence CEDEAO Senegal,Commission de la CEDEAO
Diplomatie

Afrique de l’Ouest| CEDEAO : L’heure sénégalaise

À Freetown, l'histoire s'est accélérée pour le jeune pouvoir sénégalais. En s'adjugeant...

0 vues