Le président français a choisi la franchise pour dresser un constat amer sur la présence économique française en Afrique. Lors d’une réunion avec les ambassadeurs français à l’Élysée le 8 janvier, le président a insisté sur le retrait massif des banques françaises du continent, une réalité qu’il qualifie de « vide stratégique » laissé au profit d’autres puissances internationales. BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale, autrefois surnommées « les trois vieilles » par les Africains, ont largement réduit leur empreinte, laissant un marché financier en plein bouleversement.
Sans détour, il a attribué ce désengagement à un mélange de réglementations européennes jugées paralysantes et d’une aversion au risque exacerbée, notamment dans un contexte de contrôle strict de la conformité. Selon lui, cette frilosité a ouvert la voie à des acteurs étrangers, tels que la Chine, la Turquie ou les pays du Golfe, qui occupent désormais l’espace économique et commercial laissé vacant. La France, a-t-il averti, ne peut se contenter d’une présence diplomatique ou militaire si elle ne réactive pas simultanément sa force économique.
Ce diagnostic s’inscrit dans une stratégie plus large : Macron pointe un déséquilibre structurel entre la diplomatie politique, qui a su évoluer ces dernières années, et la diplomatie économique, où le déficit de suivi se traduit par une perte d’influence sur le continent africain. Pour le président, la situation est claire : la France a manqué un tournant stratégique crucial, et ce manque d’anticipation risque d’entraîner un recul durable dans la course internationale à l’investissement africain.
Les banques françaises, autrefois moteurs du financement de l’économie africaine, ont peu à peu abandonné des secteurs stratégiques, notamment l’industrie, les infrastructures et les PME locales. Le retrait, souvent justifié par la complexité réglementaire et la prudence excessive, a eu pour effet immédiat de réduire l’offre de financement pour les entreprises africaines ambitieuses, augmentant leur dépendance aux capitaux étrangers moins attentifs à la coopération locale.
Pour Emmanuel Macron, ce constat n’est pas une fatalité : il appelle à un réveil stratégique. La France doit retrouver son rôle de partenaire économique crédible, non pas par le biais d’institutions historiques immobilisées, mais par le soutien direct à ceux qui incarnent l’audace entrepreneuriale et la volonté de croissance locale.
Repenser le rôle des PME et start-up
Dans son discours, Emmanuel Macron a insisté sur l’importance de soutenir les acteurs économiques « qui ont faim », c’est-à-dire les PME, start-up et ETI africaines prêtes à s’engager dans des projets à forte valeur ajoutée. Selon lui, l’avenir de la présence française sur le continent repose sur cette approche pragmatique et ciblée, qui privilégie l’innovation, l’adaptabilité et le partenariat respectueux.
Cette stratégie contraste avec l’ancienne approche, où les grandes banques et multinationales françaises dominaient par leur taille mais se montraient souvent peu réactives face aux nouvelles opportunités. Aujourd’hui, le président appelle à des coalitions inédites entre acteurs économiques, diplomatiques et financiers, afin de contourner les limitations traditionnelles du bilatéralisme et renforcer l’impact des investissements français.
L’exemple du prochain sommet Afrique-France à Nairobi, prévu en mai 2026, illustre cette volonté de changement. Emmanuel Macron a invité le Premier ministre indien Narendra Modi et le chancelier allemand Friedrich Merz à ses côtés, symbolisant une diplomatie économique multipolaire. Ce choix reflète la nécessité de mutualiser les risques et d’assurer une présence économique française plus robuste face à des concurrents asiatiques de plus en plus puissants.
Le président a également appelé à un accompagnement renforcé des entreprises françaises et africaines sur le terrain, via des dispositifs ciblés « pays-secteur », afin de maximiser l’efficacité des investissements et de sécuriser les opérations économiques. Cette approche pragmatique vise à corriger le déficit d’influence causé par des décennies de retrait stratégique et à revitaliser la coopération économique.
Enfin, Macron a souligné que la réussite de cette nouvelle approche dépendra de la réactivation des leviers financiers et de l’assouplissement des contraintes administratives, notamment pour les jeunes entrepreneurs et les structures à forte capacité de création d’emplois. Sans ces mesures, la France risque de rester spectatrice de l’influence grandissante d’acteurs étrangers sur un continent en pleine expansion.
Le paradoxe français : diplomatie politique vs économie
Le président a mis en lumière un paradoxe majeur : si la France a su adapter sa diplomatie militaire et politique, elle peine à traduire cette présence en retombées économiques concrètes. La modernisation du partenariat d’égal à égal, prônée par Paris, se heurte à un vide laissé par les banques historiques, qui se sont retirées pour des raisons de compliance et de prudence.
Cette absence stratégique crée un déséquilibre face aux concurrents étrangers, qui investissent massivement dans des secteurs clés comme les infrastructures, l’énergie ou la finance numérique. Emmanuel Macron a averti que ce retard pourrait devenir irréversible si les institutions françaises ne se mobilisent pas rapidement pour soutenir les entrepreneurs et acteurs économiques africains.
Le locataire des champs Elysées a également pointé la responsabilité des réglementations européennes, qu’il a qualifiées de « paralysantes » et parfois contre-productives. Selon lui, l’obligation de conformité ne doit pas conduire à l’abandon de marchés entiers, sous peine de voir la France perdre un rôle historique qu’elle occupait encore il y a quinze ans.
Macron a appelé à une révision en profondeur des mécanismes de soutien, y compris financiers et institutionnels, afin de créer un écosystème capable de rivaliser avec les puissances émergentes et de protéger l’influence française. Il a insisté sur le fait que le continent africain ne pouvait être un simple terrain de jeu diplomatique sans présence économique tangible.
La compétition internationale s’intensifie
Face à ce retrait, des acteurs internationaux ont occupé le vide laissé par les banques françaises. La Chine, par exemple, a multiplié les investissements dans les infrastructures, la finance et l’énergie, tandis que la Turquie et les pays du Golfe exploitent les opportunités commerciales locales. Ce réalignement de l’influence économique modifie profondément le paysage financier africain.
Pour Emmanuel Macron, la France ne peut se permettre d’être spectatrice. Il appelle à une réactivation urgente de la présence bancaire, combinée à un soutien ciblé aux PME et start-up audacieuses. Selon lui, l’avenir de l’influence française sur le continent passe par un engagement direct et pragmatique, capable de rivaliser avec des puissances étrangères bien implantées.
Cette approche implique une coordination étroite entre l’État, les institutions financières et les acteurs économiques, afin de construire un modèle d’investissement agile, moins bureaucratique et plus proche des réalités locales. L’objectif est clair : reconquérir le terrain perdu et renforcer la crédibilité économique française sur le continent.









