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Cameroun| Axe Ngaoundéré–Meiganga : une gifle, un poste détruit, 11 000 camions bloqués.

Il aura suffi d’une gifle pour que tout bascule sur l’un des axes les plus stratégiques du Cameroun. À Meiganga, où les postes de contrôle sont depuis longtemps synonymes de rackets, de tensions et d’humiliations quotidiennes, la colère a trouvé sa brèche. L’altercation violente entre un gendarme et un camionneur a agi comme un détonateur sur un terrain saturé d’injustices. Très vite, les transporteurs ont déferlé sur le poste de contrôle, rejoints par des riverains exaspérés. Sous la pression d’une foule chauffée à blanc, les gendarmes ont détruit eux-mêmes leur propre structure, redoutant que le tumulte ne dégénère en affrontement meurtrier. La Nationale numéro 1 s’est alors figée, prise dans une onde de choc brutale.

À quelques kilomètres de là, la tension a gagné Lokoti, où des jeunes armés de machettes ont instauré un blocus total, interdisant toute circulation. Camions frigorifiques, bus interurbains, voitures personnelles : tout est immobilisé dans un silence lourd, seulement brisé par les plaintes des moteurs coupés et les appels des voyageurs désemparés. Des familles ont étalé des nattes sur le bitume pour passer la nuit, tandis que certains transporteurs, comme ceux acheminant des médicaments vers les hôpitaux de Ngaoundéré, redoutent déjà les conséquences dramatiques de ce blocage prolongé. Sur l’asphalte surchauffé, les regards mêlent résignation et rage contenue.

Les autorités locales ont tenté d’enrayer la spirale. Le préfet de la Mbéré, puis au petit matin le gouverneur de l’Adamaoua, Kildadi Taguiéké Boukar, se sont relayés pour calmer les esprits. Mais face aux camionneurs, ces discours semblent usés, trop souvent entendus, jamais suivis d’effets. Les transporteurs, à bout de patience, exigent désormais la présence du ministre des Transports lui-même, convaincus qu’aucune autre voix ne pourra porter leurs revendications. Ce soulèvement n’est pas une simple crise passagère : il est l’expression d’un système de corruption routière devenu insupportable, et qui aujourd’hui se retourne contre ses propres fondements.

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Dans ce chaos, un dernier fil d’humanité subsiste. Les habitants du quartier Nandéké ont apporté vivres, eau et couvertures aux voyageurs coincés, transformant une nuit d’angoisse en moment de solidarité improvisée. Mais la situation reste d’une ampleur inédite : plus de 11 000 camions et bus sont alignés de Meiganga jusqu’à Garoua-Boulaï, paralysant un corridor vital pour tout le pays et pour la sous-région. Alors que les phares des poids lourds dessinent un ruban lumineux à perte de vue, une question plane au-dessus de la Nationale 1 : combien de temps encore ce volcan social restera-t-il contenu avant que la crise ne prenne une dimension nationale ?

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