Acceuil Economie & Business Cameroun| Finance Week 2026 : Yaoundé au cœur du grand débat sur l’investissement privé en zone CEMAC
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Cameroun| Finance Week 2026 : Yaoundé au cœur du grand débat sur l’investissement privé en zone CEMAC

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Réunis ce jeudi 30 avril à l’Hôtel Starland de Yaoundé, plus de 500 décideurs politiques, financiers et économiques ont ouvert la 4ème édition de la Finance Week, organisée par EcoMatin sous le thème « Investissement privé : bâtir la nouvelle puissance économique de la CEMAC ». Une matinée dense, marquée par des discours d’ouverture engagés et deux masterclasses d’une rare profondeur analytique, qui ont posé sans détour le diagnostic de système financier.

Une cérémonie d’ouverture sous le signe de la responsabilité collective

La salle de l’Hôtel Starland affichait ce matin une configuration rare : gouverneurs de banques centrales, directeurs généraux de banques et de compagnies d’assurance, ambassadeurs, hauts fonctionnaires, patrons d’entreprises et représentants d’organisations internationales, tous réunis sous le même toit autour d’une même question. La cérémonie d’ouverture s’est déroulée sous la présidence du représentant du Premier ministre Joseph Dion Ngute, Chef du Gouvernement. Le ministre des Finances Louis Paul Motaze, parrain de l’événement, était représenté par son Secrétaire Général. La Présidence de la République avait également délégué une représentante du Secrétariat Général, Mme Kubri, chargée de mission à la Division des Affaires économiques et financières — une présence que le promoteur Emile Fidieck a tenu à souligner comme un signal fort adressé à la presse nationale.

Emile Fidieck, Directeur de Publication d’EcoMatin et promoteur de la Finance Week, a ouvert les travaux avec un discours à la fois sobre et percutant. Après avoir remercié les institutions qui rendent l’événement possible, il a posé la question centrale autour de laquelle s’articulait toute la journée : qui financera la transformation de nos économies, et à quel rythme ? Pour lui, la réponse ne souffre d’aucune ambiguïté. Le prochain cycle de croissance de la CEMAC sera porté par l’investissement privé — ou ne sera pas. Une formule qui a résonné comme un appel à l’action dans une salle consciente du poids des enjeux.

Le promoteur a également lu des extraits d’une tribune signée par Célestin Guela Simo, Directeur Général d’Afriland First Bank, sponsor officiel de l’événement. Le banquier y défend une vision novatrice du rôle de la presse économique, qu’il qualifie d’infrastructure prudentielle à part entière. Il y affirme que l’économie ne se développe pas uniquement avec des capitaux ou des textes réglementaires, mais aussi avec une information fiable, accessible et intelligible. Une prise de position que Fidieck a accueillie comme une reconnaissance institutionnelle du travail de la presse économique privée.

L’allocution du représentant d’Afriland First Bank a prolongé cette dynamique. Sponsor officiel de cette 4ème édition, la banque a réaffirmé sa conviction profonde : il n’y aura pas d’émergence durable de la CEMAC sans un secteur privé fort, structuré, accompagné par des institutions financières capables de transformer l’épargne en investissement et les ambitions économiques en prospérité partagée. Trois exigences ont été mises en avant par l’institution bancaire pour que l’investissement privé devienne effectivement ce moteur : la confiance, c’est-à-dire un environnement lisible et stable ; la qualité des projets, pour que les opportunités deviennent bancables ; et l’intégration régionale, sans laquelle la CEMAC continuera de fonctionner comme une somme de marchés étroits plutôt que comme un espace économique cohérent.

La présence du Gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a été particulièrement remarquée. Fidieck lui a adressé une mention spéciale, saluant son soutien personnel au développement d’une presse économique sous-régionale crédible. La présence également de l’Ambassadeur chef de délégation de l’Union Européenne, Jean-Marc Chataigner, et des représentants de plusieurs corps diplomatiques accrédités au Cameroun, a conféré à cette cérémonie une dimension internationale qui dépasse les frontières de la zone CEMAC. La remise des Trophées EcoMatin, qui récompensent chaque année les acteurs de l’excellence économique et financière de la sous-région, a conclu cette phase protocolaire avant que les travaux de fond ne commencent.

L’atmosphère de cette cérémonie d’ouverture était celle d’une prise de conscience collective. Non pas la satisfaction d’une réunion bien organisée, mais la tension productive de ceux qui savent que les débats de cette journée engagent des décisions concrètes dont dépendent des millions de citoyens. La Finance Week a une nouvelle fois démontré qu’elle est bien plus qu’un forum économique — elle est devenue un espace de dialogue stratégique que la sous-région attendait.

Le financement classique de la CEMAC : un système « à bout de souffle » selon Evina Obam

La première masterclass de la journée a été délivrée par Richard Evina Obam, Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC). Il intervenait sur le thème : « Comment faire des Caisses des Dépôts et Consignations un outil de développement au service de la CEMAC ? » Une question que l’on pourrait croire technique, mais qui s’est révélée explosive. Dès les premières minutes, Evina Obam a choisi de ne pas faire dans la dentelle : le modèle de financement de l’économie en zone CEMAC est, selon lui, structurellement inadapté aux besoins de transformation économique des États de la sous-région.

Son diagnostic repose sur un constat en trois volets. D’abord, les limites des financements publics : les États de la CEMAC financent leur développement essentiellement sur la fiscalité, les ressources pétrolières et la dette. Or plus de 40 % des ressources propres des États sont aujourd’hui absorbées par le service de la dette. La marge d’investissement public est devenue extrêmement limitée, et les recettes fiscales reposent sur une assiette étroite, dans un contexte de fort secteur informel. Les ressources pétrolières, par nature volatiles, n’offrent aucune stabilité de programmation. La spirale est connue, mais rarement dite avec une telle netteté dans une salle réunissant les premiers responsables du système financier sous-régional.

Ensuite, les limites du financement bancaire. Le taux de bancarisation en zone CEMAC se situe entre 15 et 20 %, ce qui reflète une exclusion massive des populations du circuit financier formel. Mais au-delà de ce chiffre, c’est la structure même du crédit bancaire qui pose problème. Le système bancaire de la sous-région est, selon le DG de la CDEC, structurellement orienté vers le court terme et le financement souverain. Les États empruntent, les banques prêtent aux États — transaction moins risquée et mieux rémunérée — au détriment du secteur privé et notamment des PME. Cet effet de crowding-out est bien documenté dans la littérature économique, mais il prend ici une acuité particulière dans une sous-région où les PME constituent pourtant le cœur du tissu productif. Ces dernières se retrouvent face à un obstacle triple : manque de garanties, faible bancabilité de leurs projets et contraintes réglementaires prudentielles qui poussent les banques à la prudence.

Le troisième volet de ce diagnostic porte sur les marchés financiers. Le marché obligataire est dominé par les émissions souveraines. Les entreprises — et encore moins les PME — n’y ont pratiquement pas accès. La base d’investisseurs est étroite, la liquidité faible, et le risque de saturation est réel. À cette fragilité s’ajoute l’absence quasi-totale d’acteurs de financement de long terme : les fonds souverains sont quasi inexistants ou peu actifs, les fonds de pension embryonnaires, le capital-risque quasi absent, et la finance islamique reste marginale. Le tableau est celui d’un système financier incapable de mobiliser l’épargne domestique pour la transformer en investissements productifs durables.

Face à ce constat, le Directeur Général de la CDEC a défendu avec conviction le modèle des Caisses des Dépôts comme réponse structurante. Une caisse de dépôts est fondamentalement différente d’une banque commerciale : elle collecte et sécurise des ressources financières réglementées — fonds de retraite, consignations judiciaires, dépôts des notaires, épargne réglementée — pour les transformer en financements de long terme orientés vers des projets d’intérêt général. Elle joue un rôle contracyclique, structurant et complémentaire — elle n’est pas en concurrence avec le secteur privé, elle comble les défaillances de marché que ni l’État ni les banques ne peuvent absorber seuls. Les exemples internationaux présentés — la Caisse des Dépôts française depuis 1816, la Caisse de Dépôt et de Gestion marocaine avec ses 85 000 emplois créés via les zones industrielles, la CDC sénégalaise qui a co-financé Air Sénégal et l’Hôpital International de Dakar, ou la CDC gabonaise actionnaire de la Zone Économique Spéciale de Nkok à hauteur de 151 milliards de FCFA — illustrent ce que la CDEC camerounaise pourrait accomplir si on lui donnait les moyens de remplir pleinement sa mission.

Mais c’est sur le troisième axe de sa présentation qu’Evina Obam a visiblement tenu à frapper fort. Les CDC en zone CEMAC, a-t-il dénoncé sans ménagement, sont victimes d’un détournement de leur mission. Il a évoqué la méconnaissance délibérée de leur nature, la résistance d’acteurs nationaux qui refusent de transférer à la CDEC les fonds qui lui sont légalement dévolus, et le rôle trouble de certaines institutions communautaires ayant cherché à soumettre les caisses de dépôts à une supervision bancaire qui ne leur est pas applicable, ni en Europe, ni en Afrique de l’Ouest. La conclusion de sa masterclass était sans ambages : museler les Caisses des Dépôts, c’est museler la croissance.

Bangui face à la conjoncture : la BEAC entre vigilance monétaire et impératif de croissance

La deuxième masterclass de la matinée était très attendue. Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale, prenait la parole sur « la conjoncture économique en zone CEMAC, les défis et les perspectives ». Le Gouverneur de la BEAC est l’une des rares personnalités dont la prise de parole engage toute une sous-région — ses analyses sur l’état des réserves de change, de l’inflation et des perspectives de croissance constituent une boussole pour les décideurs économiques de six pays.

Afriland First Bank : le secteur privé, dernier recours d’une émergence encore à construire

L’intervention du représentant d’Afriland First Bank, sponsor officiel, a constitué l’un des moments forts de la matinée, non pas par son aspect protocolaire, mais par la densité de son contenu analytique. La banque a choisi de dépasser la posture de sponsor pour s’engager dans le débat de fond avec une vision structurée de ce que devrait être le rôle du système bancaire dans la transformation économique de la CEMAC. Ce positionnement tranche avec les discours convenus que l’on entend habituellement lors de ce type de manifestations.

La banque a mis en avant trois exigences fondamentales sans lesquelles l’investissement privé restera une ambition rhétorique. La confiance d’abord : l’investisseur, qu’il soit national, sous-régional ou international, a besoin d’un environnement lisible, stable et prévisible. Des règles claires, une fiscalité incitative, une justice économique crédible et un dialogue permanent entre pouvoirs publics, régulateurs et opérateurs privés constituent le socle minimal d’attractivité d’un espace d’investissement. Sans ces conditions, les capitaux — notamment les capitaux africains — continueront de fuir vers des destinations plus sécurisantes.

La qualité des projets constitue la deuxième exigence. La CEMAC ne manque pas d’idées ni d’initiatives, mais la transformation d’une opportunité en projet bancable reste un obstacle majeur pour la plupart des porteurs de projets. Afriland a insisté sur la responsabilité collective à accompagner cet effort de structuration — de l’idée au financement, du financement à la performance. C’est précisément ce rôle d’accompagnement que les banques, les fonds de développement et les institutions comme la CDEC sont appelés à jouer de manière plus systématique et moins sélective.

L’intégration régionale a été présentée comme la troisième condition non négociable. Pris isolément, chacun des marchés de la CEMAC peut paraître étroit, insuffisant pour justifier des investissements d’envergure. Mais pensée comme un espace intégré de production, de commerce et de circulation des capitaux, la sous-région représente un potentiel considérable. Afriland a plaidé pour une synergie renforcée entre banques, marchés de capitaux, investisseurs institutionnels et fonds de développement — une convergence que la Finance Week, par sa vocation même, cherche précisément à catalyser.

La banque a également énuméré les défis qui demeurent : mobilisation de l’épargne longue, approfondissement du marché financier sous-régional, financement des PME, réforme des fonds propres bancaires, structuration des grands projets, transition énergétique et transformation numérique. Ce catalogue de chantiers, s’il n’est pas nouveau, prend une résonance particulière lorsqu’il est énoncé par l’institution bancaire qui a choisi de soutenir financièrement le principal forum économique de la sous-région. Le message implicite est clair : Afriland ne se contente pas de financer l’événement — elle s’engage dans le débat et dans la durée.

Ce qui distingue l’intervention d’Afriland de celle d’un simple sponsor est précisément cette capacité à articuler une vision sur le long terme. L’Afrique centrale, a conclu le représentant de la banque, n’a pas seulement besoin de financements. Elle a besoin d’une vision financière nouvelle — dans laquelle institutions publiques, banques, régulateurs, marchés et entrepreneurs travaillent ensemble pour transformer des ressources en richesses, des ambitions en projets, et des projets en résultats concrets pour les populations.

Une matinée qui installe la Finance Week comme rendez-vous incontournable de la pensée économique sous-régionale

Au terme de cette première moitié de journée, la Finance Week 2026 a amplement justifié son statut de plateforme de référence pour le dialogue économique en Afrique Centrale. Ce qui se dégage de cette matinée, ce n’est pas une suite de discours institutionnels convenus, mais un diagnostic collectif lucide, parfois sévère, sur l’état réel des économies de la sous-région — et une volonté manifeste d’en débattre sans tabou devant les personnes mêmes qui ont le pouvoir d’agir.

Les deux masterclasses de la matinée ont posé deux pierres angulaires du débat économique sous-régional. D’un côté, Evina Obam a démontré, données à l’appui, que le système de financement de la CEMAC est structurellement inadapté et que les Caisses des Dépôts, là où on leur laisse le champ libre, produisent des résultats concrets mesurables en milliards de FCFA et en milliers d’emplois. De l’autre, le Gouverneur Sana Bangui a livré sa lecture de la conjoncture monétaire et économique, fournissant aux acteurs présents le cadre macroéconomique à l’intérieur duquel les décisions d’investissement doivent s’inscrire.

Ce qui est frappant dans la configuration de cette journée, c’est la présence simultanée de tous les acteurs de la chaîne de valeur financière : le régulateur monétaire, les banques commerciales, les marchés de capitaux, les investisseurs institutionnels, les PME, les pouvoirs publics et la communauté internationale. Ce n’est pas un hasard si EcoMatin a choisi de les réunir. C’est précisément parce que les problèmes du financement du développement en zone CEMAC sont systémiques qu’ils ne peuvent être résolus que par une action coordonnée de tous ces acteurs et que cette coordination suppose d’abord un dialogue que des espaces comme la Finance Week rendent possible.

L’après-midi promet d’être tout aussi dense, avec les interventions de Jacqueline Adiaba Nkembe sur les marchés financiers, de Mekulu Mvondo Akame sur la mobilisation de l’épargne africaine, et de Marcel Ondele sur la réforme du capital bancaire en zone CEMAC. Les CEO Talks et la cérémonie de clôture, sous la présidence du Premier ministre ou de son représentant, viendront compléter un programme conçu pour aboutir à des recommandations concrètes et des partenariats durables. La Finance Week n’est pas un miroir tendu à la sous-région pour qu’elle se contemple, c’est un espace de travail où se fabriquent, patiemment, les décisions qui changeront la donne…

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