EN DIRECT

Société

Cameroun | ONAC-Eventify : « une convention gagnant-gagnant » pour le développement de l’architecture

Dans une salle aux allures de manifeste — bannière bleue de l’Ordre en toile de fond, drapeau camerounais en sentinelle — deux parapheurs ont changé de mains. L’Ordre National des Architectes du Cameroun et l’agence Eventify ont officiellement scellé leur alliance autour du Prix Ramsès. Derrière la sobriété du geste, une ambition déclarée : transformer le regard des Camerounais sur leurs propres villes, et rendre à l’architecte la place que la loi lui reconnaît depuis 1975, mais que la réalité des chantiers lui refuse encore.

Un accord né d’une question

Tout part d’une interrogation que Sandrine Ngom, directrice générale d’Eventify, formule avec une franchise désarmante : pourquoi, dans un pays qui compte des architectes qualifiés, les villes camerounaises ne donnent-elles pas envie d’être photographiées ? C’est de cette question — posée à voix haute, assumée qu’est née l’idée du Prix Ramsès en 2024, concours national d’architecture visant à mettre en lumière des projets concrets, ancrés sur des sites réels, pensés pour être construits. Dès la première édition, l’Ordre National des Architectes du Cameroun (ONAC) est dans la boucle. Deux ans de collaboration informelle, deux éditions réussies, et une évidence s’impose : il faut formaliser.

Ce 18 mars 2026, à Yaoundé, Jean Christophe Ndongo, président de l’ONAC, et Sandrine Ngom, DG d’Eventify, apposent leurs signatures sur une convention de partenariat devant une salle de journalistes et de collaborateurs. Les parapheurs verts passent de mains en mains, les regards se croisent, les poignées de mains scellent ce que les mots avaient déjà établi. La convention n’est pas un acte de circonstance. Elle est, selon les deux signataires, « le socle d’un projet pensé dans la durée ».

La répartition des rôles est claire et complémentaire. L’ONAC apporte sa technicité institutionnelle : rédaction des termes de référence, constitution des jurys, mobilisation de la communauté des architectes inscrits à l’Ordre, garantie de la légitimité scientifique et professionnelle du processus de sélection. Eventify, de son côté, fournit la plateforme, la logistique, la communication, les relations publiques et la mobilisation des partenaires et sponsors. « C’est une convention gagnant-gagnant », résume Jean Christophe Ndongo. « On leur donne de la matière à communiquer sur notre métier ».

Lire aussi:  Nigeria| Succession de drames : Plus de 30 morts dans des bousculades lors des distributions alimentaires.

Ce que le Prix Ramsès dit de l’architecture camerounaise

Le concours ne se limite pas à récompenser de beaux dessins. Jean Christophe Ndongo y tient : les projets primés sont des propositions concrètes, liées à des sites identifiés, portées par de jeunes architectes camerounais qui y démontrent leur savoir-faire. Le principe même du concours d’architecture — choisir un projet, et non un architecte — est au cœur de la philosophie de l’ONAC. Le maître d’ouvrage se retrouve ainsi face à plusieurs visions, plusieurs réponses à un même programme, et peut retenir la proposition la plus adaptée à son site et à ses ambitions. La SIC pour la première édition, le CHC pour la deuxième : des institutions publiques comme premiers commanditaires, un signal fort.

Derrière la compétition, il y a aussi un combat plus souterrain que le président de l’ONAC n’esquive pas. Depuis la loi de 1975, réadaptée en 1990, nul ne peut exercer la profession d’architecte « sans être inscrit à l’Ordre ». Pourtant, la réalité des chantiers camerounais raconte une tout autre histoire : « très peu de bâtiments construits aujourd’hui respectent les procédures normales », concède Ndongo. Le Prix Ramsès s’inscrit donc aussi dans ce combat pour la normalisation de la profession — non par la contrainte seule, mais par la démonstration de l’excellence de ce qu’elle peut produire.

Sandrine Ngom enfonce le clou avec une formule qui résonne : « On a tendance à penser que l’architecture, c’est une affaire de riches ». Eventify entend casser ce mythe. Au-delà des concours annuels, la plateforme Ramsès évoluera vers des formats multiples , mini-concours en cours d’année, et tous les trois ans un concours inter-pays réunissant les meilleures propositions des trois éditions précédentes. L’objectif affiché : démystifier le métier d’architecte, montrer qu’une construction sans architecte n’est pas une économie, c’est une impasse.

Lire aussi:  Cameroun| Vision 4-CNC : jusqu’où va l’autorité du régulateur ?

Une dynamique qui dépasse le concours

Ce que la convention formalise va plus loin qu’un calendrier d’événements. Dans chaque cabinet d’architecture, rappelle Sandrine Ngom, sommeillent des projets d’utilité publique, des idées à haute valeur sociale que personne ne voit parce que personne ne les raconte. La plateforme Ramsès ambitionne de changer cela : donner de la visibilité non seulement aux lauréats d’un concours, mais aux architectes camerounais dans leur ensemble, à leurs projets, à leur quotidien professionnel. « On va leur donner cette parole, cette visibilité », dit-elle. Une agence de communication au service d’une profession entière, le glissement est assumé.

Jean Christophe Ndongo y voit une aubaine pour un secteur qui, malgré une vitalité réelle portée par les jeunes générations, peine encore à se faire entendre dans les espaces de décision. « Il y a une véritable dynamique au sein de l’architecture camerounaise », reconnaît-il, en appelant les autorités à privilégier davantage les concours d’architecture dans les commandes publiques. Choisir un projet par concours, c’est choisir une vision, une intégration dans la ville, une cohérence avec l’environnement. C’est, dit-il, « ainsi que nous construirons des espaces durables et adaptés à nos réalités ».

Yaoundé, Douala, Garoua, Bafoussam : les villes camerounaises attendent. Deux parapheurs verts ont peut-être commencé à leur répondre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Articles similaires