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Monde| Journalisme de paix : 220 journalistes du monde entier repensent leur rôle face aux conflits

Réunis en ligne le 18 avril 2026 sous l’égide de l’ONG internationale HWPL, des professionnels des médias de près de 220 pays ont débattu d’une question qui redéfinit les fondements du métier : comment le journalisme peut-il, au-delà du récit des conflits, devenir un outil actif de construction de la paix ?

C’est dans un contexte mondial marqué par la saturation informationnelle, la montée de la polarisation et un phénomène croissant d’évitement des actualités que l’ONG internationale HWPL — Heavenly Culture, World Peace, Restoration of Light — a organisé son atelier international sur les études en journalisme de paix. Tenu en ligne le 18 avril 2026, l’événement a réuni environ 220 journalistes, chercheurs, praticiens de la résolution des conflits et représentants de la société civile venus des quatre coins du monde. Le thème retenu « Reporting Solutions in the Age of News Avoidance : Strengthening Audience Agency through Media-Civil Peace Collaboration » traduit une préoccupation profonde : un nombre croissant de citoyens se détourne délibérément de l’information, rebutés par la négativité, la polarisation et la surcharge de contenus anxiogènes.

L’atelier s’inscrit dans la continuité d’une démarche intellectuelle et institutionnelle que HWPL développe depuis plusieurs années autour du journalisme de paix. Il a notamment mis en lumière les contributions au Volume 4 de la revue académique HWPL Peace Journalism Studies, dont trois auteurs ont présenté leurs recherches devant les participants. Ces travaux constituent le socle analytique sur lequel repose la vision de l’organisation : les médias ne sont pas de simples vecteurs d’information, mais des acteurs à part entière de la construction ou de la destruction de la paix sociale. Cette conviction, portée depuis la fondation de HWPL par son président Man-hee Lee, vétéran de la guerre de Corée, irrigue l’ensemble des activités de l’organisation depuis des décennies.

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La question du cadrage médiatique a occupé une place centrale dans les échanges. Comment les rédactions choisissent-elles ce qu’elles montrent et ce qu’elles taisent ? Quelles conséquences ces choix ont-ils sur la perception que les publics ont des conflits et des sociétés qui les traversent ? Ces interrogations, familières aux théoriciens des médias, prenaient lors de cet atelier une dimension pratique et urgente. Les participants étaient invités non pas à théoriser, mais à identifier des solutions concrètes, des approches éditoriales et des pratiques professionnelles capables de réconcilier le public avec l’information tout en contribuant à un dialogue social constructif.

Le format de l’atelier — présentations de recherches, panels interactifs et sessions de questions-réponses — a favorisé un engagement authentique entre des professionnels aux contextes très différents. Des journalistes d’Indonésie, de République dominicaine et d’autres régions du monde ont partagé leurs expériences et leurs analyses, créant un espace de réflexion collective rare dans un secteur souvent fragmenté par les logiques nationales et commerciales. La présence de journalistes camerounais parmi les participants a également été signalée, témoignant de l’ancrage africain croissant de cette initiative internationale.

Le cadrage médiatique des conflits : quand les civils disparaissent des écrans

L’une des contributions les plus frappantes de l’atelier est venue de M. Achmad Yani, journaliste de l’équipe éditoriale d’Indepthnews.id en Indonésie. Sa recherche, intitulée « The Role of International Media Narratives in the De-escalation of the Thailand-Cambodia Conflict », a mis en lumière un biais structurel dans la couverture des conflits par les grands médias internationaux. Sur la base d’une analyse de dix-neuf articles issus de titres de référence, il a établi qu’environ 64 % de la couverture était centrée sur les affrontements militaires et les tensions politiques tandis que l’expérience de plus de 200 000 civils déplacés par ce conflit était quasi absente des récits médiatiques.

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Ce constat illustre une tendance lourde dans le journalisme de guerre et de conflit : la priorité accordée aux acteurs institutionnels — États, armées, dirigeants politiques — au détriment des populations civiles qui subissent pourtant directement les conséquences des conflits. Achmad Yani a insisté sur le fait que les médias façonnent la compréhension du public non seulement par ce qu’ils montrent, mais aussi par ce qu’ils omettent. Cette sélection éditoriale, souvent inconsciente, produit des récits incomplets qui réduisent des réalités humaines complexes à des affrontements binaires entre blocs antagonistes.

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L’alternative proposée par le chercheur repose sur l’intégration systématique des perspectives centrées sur les victimes dans la couverture des conflits. Il ne s’agit pas de nier la réalité des affrontements militaires ou des tensions politiques, mais d’élargir le champ du regard journalistique pour inclure les expériences, les besoins et les voix de ceux qui vivent au cœur des conflits sans en être les auteurs. Ce changement de perspective modifie profondément la nature de l’information produite : on passe d’un journalisme de positions à un journalisme de conditions humaines.

Mme Ida Yusnita, journaliste de mediabanjar-masin.com en Indonésie, a abordé la question sous un angle complémentaire, en proposant une définition exigeante de la paix. Pour elle, la paix ne se résume pas à l’absence de guerre — c’est une condition fondée sur la sécurité, l’égalité et la justice, qui exige une responsabilité collective de l’ensemble des acteurs sociaux. Dans cette vision, les médias jouent un rôle irremplaçable : ils peuvent soit renforcer les dynamiques de tolérance et de cohésion sociale, soit les éroder par des choix éditoriaux qui amplifient les fractures et les peurs.

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Son intervention a également mis en avant les conditions institutionnelles nécessaires à un journalisme de paix efficace : bonne gouvernance, politiques anti-discrimination, éducation à la tolérance et, surtout, renforcement des médias indépendants. Cette dernière exigence est particulièrement parlante pour le contexte africain, où l’indépendance éditoriale reste souvent fragilisée par des pressions économiques et politiques. Un journalisme de paix crédible suppose des rédactions capables de faire des choix éditoriaux libres, ancrés dans une déontologie rigoureuse et non dans des agendas extérieurs.

La violence discursive, nouveau front du journalisme à l’ère numérique

M. José Nicolás Arroyo Ramos, journaliste, avocat et professeur de la République dominicaine, a introduit lors de l’atelier un concept qui mérite d’être retenu par toute rédaction soucieuse de son impact social : la violence discursive. Il désigne par là une forme de communication qui amplifie la division et l’hostilité au sein des sociétés, sans recours à la force physique, mais avec des effets potentiellement aussi destructeurs sur le tissu social. Dans l’environnement numérique actuel, où les contenus émotionnels et non vérifiés se propagent à une vitesse sans précédent, ce type de violence est devenu l’un des principaux vecteurs de polarisation sociale.

Arroyo Ramos a souligné un paradoxe de l’ère numérique : jamais l’humanité n’a eu accès à autant d’informations, et pourtant la compréhension des enjeux complexes n’a jamais été aussi superficielle dans l’espace public. Les algorithmes des plateformes numériques récompensent les contenus qui suscitent des réactions émotionnelles fortes — indignation, peur, colère au détriment des analyses nuancées et des récits constructifs. Dans ce contexte, les médias professionnels sont confrontés à un choix de fond : s’adapter à ces logiques d’amplification émotionnelle pour capter l’audience, ou résister en maintenant des standards éditoriaux exigeants au risque de perdre en visibilité.

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Le journalisme de paix se présente précisément comme une réponse à ce dilemme. Il ne s’agit pas d’un journalisme naïf qui occulterait les conflits ou embellirait les réalités difficiles, mais d’une approche qui explore les causes profondes des tensions, intègre des perspectives diverses — y compris celles des acteurs les moins visibles — et s’attache à présenter des solutions constructives là où d’autres rédactions s’arrêteraient au constat du désastre. C’est ce que les spécialistes appellent le journalisme axé sur les solutions, une approche qui gagne du terrain dans les écoles de journalisme et les rédactions du monde entier.

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Pour les médias africains, et camerounais en particulier, ces réflexions résonnent avec une acuité particulière. Dans un contexte sous-régional traversé par des conflits armés, des tensions communautaires et des fractures politiques profondes, la question de la responsabilité des médias dans la formation de la perception publique est loin d’être abstraite. Les choix éditoriaux des rédactions — quels conflits couvrir, comment les présenter, quelles voix donner à entendre — ont des conséquences réelles sur la manière dont les sociétés vivent et surmontent leurs crises.

HWPL et la DPCW : inscrire la paix dans le droit international

L’atelier s’inscrit dans un cadre institutionnel plus large que HWPL développe depuis sa fondation : celui de la Déclaration pour la paix et la cessation des guerres, connue sous l’acronyme DPCW. Proclamée le 14 mars 2016 à l’issue d’un processus initié lors du Sommet mondial pour la paix du 18 septembre 2014 à Séoul — auquel ont participé 1 933 délégués de 152 pays — la DPCW est un document en dix articles et 38 clauses qui propose des normes internationales pour la prévention des conflits et le règlement pacifique des différends.

Dix ans après sa proclamation, la DPCW a franchi une étape significative dans sa reconnaissance internationale. Plusieurs instances parlementaires régionales dont le Parlement panafricain, le Parlement centraméricain et le Parlement latino-américain et caribéen ont adopté des résolutions en sa faveur. Plus récemment, la Chambre des députés du Paraguay, le Sénat de la République dominicaine et l’Assemblée nationale du Soudan du Sud ont emboîté le pas. Au sein de la société civile, près de 900 000 soutiens ont été recueillis dans 178 pays. Ces chiffres témoignent d’une dynamique qui dépasse le cadre d’une simple ONG pour toucher à la question de la gouvernance mondiale de la paix.

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La philosophie qui sous-tend la DPCW est celle d’une transition civilisationnelle profonde : passer d’un monde où les conflits se règlent par la supériorité des forces à un monde où ils se résolvent par le droit, les accords et la coopération. Ce changement de paradigme n’est pas immédiat car les conflits ne disparaîtront pas par décret, mais il suppose de construire patiemment les structures institutionnelles et culturelles qui empêchent les tensions de dégénérer en guerres.

Le rôle des médias dans cette construction est central : en formant la perception que les publics ont des conflits et des voies de sortie possibles, les journalistes participent qu’ils le veuillent ou non à l’édification ou à l’érosion de ces structures de paix. C’est dans cette perspective que HWPL a lancé la Media and Global Peace Platform (MAGP), un réseau mondial reliant journalistes et organisations de la société civile au-delà des frontières nationales. Cette plateforme vise à soutenir l’expansion du journalisme de paix comme pratique professionnelle structurée, documentée et partagée à l’échelle internationale.

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Pour les rédactions africaines engagées dans une couverture rigoureuse et responsable des réalités de leur continent, cette initiative offre un cadre de réflexion et de coopération dont il serait dommage de ne pas s’emparer.

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